Mercredi 12 mai 2021

Vers un nouveau Nouveau Centre ?

Le rapprochement entre Nicolas Sarkozy et François Bayrou s’est opéré après les régionales de mars dernier. Que signifie-t-il pour l’un comme pour l’autre ? Ira-t-il jusqu’à l’entrée de François Bayrou au Gouvernement lors du prochain remaniement ?

 

Pour favoriser sa réélection en 2012, Nicolas Sarkozy analyse… et fait son marché.

L’agrégation de presque tous les partis de droite dans le grand magma de l’UMP sert une stratégie de premier tour, mais laisse sans réserves pour le second. Aujourd’hui, deux candidatures indépendantes sont UMP-compatibles en termes d’électorat : Dominique de Villepin et François Bayrou. Deux autres candidatures se disputeraient également le centre droit : celle d’Hervé Morin et celle de Jean-Louis Borloo. Pour l’UMP sarkozyste, ces quatre candidatures centristes, doivent théoriquement, soit se rallier dès le premier tour, soit appeler à voter au second. Pratiquement, François Bayrou apparaît comme celui qui a le meilleur rapport intentions de vote / ouverture. Il faut dire que l’affaire Clearstream relègue « Abus de pouvoir » au rang d’incartade passagère.

Impopulaire, comme aucun Président de la République ne le fut avant lui, Nicolas Sarkozy ne peut plus compter sur les divisions du Parti Socialiste, longtemps orphelin de François Mitterand, incapable jusqu’alors de se rassembler et de se rénover. Dans un contexte social rendu particulièrement explosif par la réforme des retraites et le plan de rigueur budgétaire attendus à l’automne, les primaires ouvertes annoncées par les socialistes, ainsi que l’accord de gouvernement entre Europe Ecologie et le PS, appellent une réaction politique de Nicolas Sarkozy à la mesure du danger.

Le rapprochement de Sarkozy vers Bayrou dans l’optique 2012 commence donc dès 2010 avec des signes « ostentatoires ». Ce rapprochement pourrait être pour le Chef de l’Etat le symbole recherché d’une rupture avec la première partie de son quinquennat. L’auteur d’ « Abus de Pouvoir », incarne en effet la défense du modèle républicain français, tant malmené depuis par Nicolas Sarkozy : un gage rassurant donc, pour une partie de l’électorat de droite, ébranlé, qui pourrait, aux prochaines présidentielles, préférer le discours républicain, volontiers néo-gaulliste, de Dominique de Villepin.

Sous les conseils de Brice Hortefeux, Nicolas Sarkozy a donc montré quelques signes de magnanimité apaisée et cordiale. Premier signe : le 22 juin 2010, le Président se rend à Bordères, véritable emblème des racines du « paysan » Bayrou. Les commentateurs retiendront cette visite « intime » dans l’environnement du Béarnais plutôt que l’officielle inauguration d’une usine. François Bayrou joue pendant cette visite l’attitude centriste : à l’écart mais dans l’environnement immédiat, avec des applaudissements remarqués mais à contre-temps, content et critique à la fois.

Un mois plus tard, selon la vieille technique de l’approbation-gadget, le ton est donné : le président consent à considérer le Béarnais rebelle, et celui-ci s’en félicite, que du bonheur.

Retour sur les faits :

1-Dimanche 11 juillet, François Bayrou intervient médiatiquement pour dire qu’il est « normal et urgent que le président de la République s’exprime »; S’agissant des conflits d’intérêts, il suggère de les « codifier » et de créer une « autorité indépendante » et « pluraliste » sur ce sujet, pour que le responsable politique « ne soit pas soumis aux soupçons ».

2-Lundi 12 juillet, Intervention télévisée du président de la République, qui déclare: « Je demanderai à une commission représentant toutes les familles politiques de réfléchir dès la semaine prochaine à la façon dont on doit ou non compléter ou modifier la loi pour éviter dans l’avenir toute forme qui pourrait (déboucher sur un) conflit d’intérêts ».

3-Lundi 12 juillet, sitôt l’intervention télévisée terminée, Marielle de Sarnez, bras droit de François Bayrou et fer de lance il y a juste un an des assises de l’alternance, accuse réception de la considération présidentielle en se félicitant « qu’il ait repris l’idée de François Bayrou d’une commission pluraliste sur les conflits d’intérêts ».

Après les régionales, François Bayrou analyse… et se range.

Le 7 septembre 2009, aux Universités de Rentrée du Mouvement Démocrate à la Grande Motte, François Bayrou proposait une «offre publique de dialogue» à l’opposition, afin de bâtir une «alternance crédible» d’ici aux présidentielles de 2012. «Il faut rendre la chance de l’alternance possible et crédible pour tous les Français, alors qu’en ce moment ils n’y croient plus du tout», disait-il. Il lançait également un avertissement sans équivoque: « Tous ceux qui diront : « Je n’accepterai de parler avec vous que le jour où vous m’aurez rallié, ou vous vous serez renié » (…) ils travaillent – qu’ils le veuillent ou non – pour que le régime actuel dure dix ans ».

Le « Parlement de l’alternance », pour lequel François Bayrou n’avouait pas qu’il s’en sentait le président, était bien l’aboutissement naturel de son opposition au pouvoir actuel. Las, la gauche française, des Verts au Front de gauche, en passant par les socialistes à l’exception de Ségolène Royal, n’en a pas voulu.

L’échec d’une alliance avec le Parti Socialiste scelle le retour inéluctable du MoDem aux fondamentaux du centre-droit, dont celui de l’ancrage à droite. Il s’agit dès lors pour François Bayrou, président d’un parti laminé aux régionales en mars dernier, de rassembler le moment venu la nébuleuse centriste et d’étouffer dans l’oeuf la candidature présidentielle de son ancien bras droit, Hervé Morin. Avant tout, l’enjeu pour l’ancien candidat à la présidentielle, est de revenir sur le devant de la scène médiatique… à quel prix ?

Le retournement ne peut passer inaperçu. Lors du débat sur l’épineuse réforme des retraites, François Bayrou tout en émettant quelques critiques sur le projet du Gouvernement, prend bien soin d’approuver le recul de l’âge légal de départ à la retraite, tout en dénonçant ostensiblement l’attitude irresponsable du Parti Socialiste et « la mélanchonisation » de Martine Aubry. Il critique l’âge du taux plein proposé par l’UMP à 67 ans, mais à aucun moment il ne propose un financement par le capital et pas seulement par le travail.

Plus toublant encore, au lendemain de l’intervention au journal de TF1 d’Eric Woerth, englué dans d’évidents conflits d’intérêts, le président du MoDem s’est ému de la

souffrance du Ministre du Travail, sans poser la question de la contre-partie obligatoirement consentie par le gouvernement en échange des aides financières du Premier Cercle.

Une hypothèse folle ?

Le rapprochement a été démenti avec force par François Bayrou dans les media et en interne dans une lettre adressée spécialement aux adhérents du Modem le 4 juin 2010. Faisant référence à ses rencontres avec le Président de la République depuis avril dernier, il se justifie : « Cela signifie-t-il une quelconque connivence avec le pouvoir actuel ? Je vois bien la manœuvre qui tente de le faire croire. Mais ceux qui conduisent cette intoxication se mettent le doigt dans l’oeil et il convient, charitablement, de les détromper… »

Les intérêts objectifs de chacune des parties permettent d’avancer l’hypothèse d’un rapprochement de circonstance qui pourraient même culminer avec l’entrée au Gouvernement de François Bayrou lors du futur remaniement ministériel, prévu à l’automne. Que cela aboutisse ou non, François Bayrou fait monter les enchères. Le mois de septembre sera un mois clé pour lui. Décidé à peser dans le débat sur les retraites, il a programmé son université de rentrée le dernier week-end de septembre. Juste avant l’annonce du nouveau gouvernement.

Le 30 mai 2007, François Bayrou fustigeait ainsi sur RTL ses anciens condisciples qui venaient de fonder le Nouveau Centre :

« Il y a dans cette appellation deux abus de langage. Ce n’est pas nouveau parce que se rallier au pouvoir alors qu’il vient d’être élu, alors qu’on le critiquait la veille en des termes extrêmement virulents, c’est très ancien, hélas même un peu archaïque. Ce n’est pas le centre, parce que la définition du centre c’est qu’il est indépendant et capable de travailler avec des autres grands courants démocratiques du pays. Donc, un centre qui n’est que d’un seul côté, ce n’est pas un centre ». S’il rentrait au gouvernement, il pourrait fonder le nouveau Nouveau Centre…

 

 



3 Commentaires

  1. Comments  bozzonne jean-pierre   |  Lundi 2 août 2010 à 6 h 48 min

    Je vois qu’il y en a qui me lise avec intérêt ;-)

  2. Comments  Ch de Crémiers   |  Lundi 2 août 2010 à 23 h 15 min

    Trop fort ce Jean-Pierre…Sinon, Bayrou semble plutôt assez ferme contre l’invraisemblable délire présidentiel sur le retrait de la nationalité ?

  3. Comments  Louise B.   |  Mardi 3 août 2010 à 7 h 54 min

    C’est un républicain tout de même; il ne pouvait pas ne pas réagir à de tels dérapages!

    Avec son discours très ferme, limite sécuritaire et autoritariste, mais profondément républicain, il serait parfait au ministère de la ville en remplacement de Fadela Amara :-*

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