Mardi 15 juin 2021

Un gouvernement à l’écoute des citoyens

« On n’a plus le droit de mettre les gens sur écoute… le bruit que tu viens d’entendre, c’est les oiseaux qui se posent sur le fil ». Ainsi s’exprimait cyniquement Josselin Beaumont, alias Jean-Paul Belmondo…

 

…dans le film culte de George Lautner, Le Professionnel, sous la plume acerbe de Michel Audiard.

Mais c’était en 1981… le moyen-âge en somme, en termes de  télécommunications comme d’éthique, la période trouble de la Françafrique, celle où François Mitterrand faisait clandestinement écouter Carole Bouquet par pure convenance personnelle. Cela ne saurait arriver dans notre monde moderne, depuis qu’en 1991 une loi encadre régoureusement les écoutes effectuées au nom de la sûreté de l’État. Et encore moins en l’an IV de la « République irréprochable » vantée par le candidat Sarkozy…

Vraiment ?

Le Canard Enchaîné de cette semaine démontre sans ambiguité qu’il s’agit là d’une chimère. Des écoutes téléphoniques illégales ont bien été effectuées dans le but d’identifier le « traître » David Sénat, proche conseiller du ministre de la Justice, ayant livré des informations au journal Le Monde sur l’affaire Woerth-Béttancourt. Et ce, malgré les dénégations appuyées de la Direction de la Police et des services du Premier Ministre, qui, la main sur le coeur, jurent avoir agi conformément à la loi de 1991.

Comment détourne-t-on la loi en conservant toutes les apparences de la légalité ? Petit tutoriel en trois étapes :

1) Utiliser sans vergogne l’ambigüité résultant de l’obsolescence technique des textes : La loi de 1991 a été écrite, par définition, plusieurs années avant que les téléphones portables n’envahissent notre vie quotidienne. Ainsi, lorsque l’article 20 autorise les policiers, au nom des « intérêts nationaux » à surveiller comme bon leur semble « les transmissions empruntant la voie hertzienne », ce n’est bien sûr pas les factures détaillées (« fadettes », pour les intimes) de téléphone portable que le législateur avait dans l’esprit, mais bien plutôt les écoutes au hasard sur les ondes, automatisées à l’aide de mot-clés, dans le but d’intercepter d’éventuelles communications entre terroristes. Qu’importe ! aux yeux du profane, et même de la direction de l’opérateur téléphonique, l’article 20 permettra de transformer les listings téléphoniques en open bar.

2) Neutraliser l’organisme de contrôle : en transformant, l’air de ne pas y toucher, la demande d’autorisation systématique et préalable par la Commission Nationale de Contrôles des Interceptions de Sécurité (CNCIS) par un contrôle optionnel a posteriori, l’arrêté du Premier Ministre, qui reprend le texte écrit par la président de la CNCIS, dépouille cette dernière de toute autorité.

3) Oublier d’informer les gêneurs potentiels : bizzarement, deux membres de la CNCIS, le sénateur UMP Hubert Haenl et le sénateur PS Daniel Vaillant, présents à l’assemblée du 21 janvier dont le fameux texte consitutue le compte-rendu, n’en ont gardé aucun souvenir et se disent choqués d’un tel procédé. Le nouveau Président de la commission, Hervé  Peletier, rédacteur du compte-rendu, était aux abonnés absents lorsque des explications lui ont été demandées…

A noter que ce scandale se situe au-delà des clivages politiques – les membres tant UMP que PS de la commission n’apprécient pas vraiment d’être ainsi ridiculisés.

Rachida Dati, invitée de Dimanche+ le 26 septembre, outre son désormais fameux lapsus, a commis un impair certes moins amusant, mais autrement plus scandaleux, en déclarant qu’il était parfaitement normal qu’un organisme, public ou privé, recherche le coupable d’une violation du secret professionnel. Fusse au mépris de la loi et en détournant la moyens de l’Etat à des fins privées ?

Nous connaissons tous l’histoire de cette grenouille qui survit lorsqu’on la plonge dans l’eau bouillante, car elle trouve l’énergie instantannée de bondir hors du bocal, mais qui meurt lorsqu’on la chauffe à petit feu.
Se pourrait-il que dans ce pays, un jour, à force de chauffer l’eau un peu trop, nous trouvions collectivement la force de bondir hors de cette pseudo « République Irréprochable » ?

Crédit image: Paris Match


Ajouter un commentaire




*

Devenez Rédacteur !

L'actualité politique vous intéresse ?
Vous avez un scoop, un combat, un projet, une analyse à partager ?



Il sera publié dans les 24h

Newsletter

L'inscription à la Newsletter mensuelle vous permet de rejoindre le réseau Écologie Démocrate


Les flux