Mercredi 12 mai 2021

Sommet de Nagoya pour la biodiversité. Décevant.

Cela faisait vingt ans que se préparait le sommet mondial 2010 pour la biodiversité. Un accord a été signé le 29 octobre dernier. Réelle avancée ou coup d’épée dans l’eau ?

L’accord a été salué de tous les superlatifs. Le communiqué officiel emploie cinq fois le mot « historique ». « Nous allons discuter sincèrement de l’avenir de la Terre pour trouver une solution. Transmettre une Terre belle, avec une biodiversité riche, aux prochaines générations est un désir partagé partout dans le monde. »  Ainsi accueillait Ryu Matsamoto, le ministre japonais de l’environnement, les 193 États signataires de la Convention sur la diversité biologique issue du Sommet de la Terre de Rio en 1992.

L’accord de Nagoya comporte trois volets décidés au sommet de la Terre de Johannesburg en 2002 :

- Un plan stratégique pour la biodiversité. L’objectif est de freiner d’ici 2020 le rythme des disparitions des espèces en augmentant les aires protégées de la planète. On estime que plus d‘un mammifère sur cinq, plus d’un amphibien sur trois et plus d’un oiseau sur huit sont menacés. De même, aujourd’hui seules 13% de la surface terrestre et 1% de la surface maritime sont protégées. L’accord de Nagoya promet de passer à 17% de la surface terrestre et 10% de la surface maritime.

Ce premier volet, directement lié à la préservation de la biodiversité, a permis de sanctuariser quelques lambeaux de terre et de mer de plus… La délégation européenne arrivée à Nagoya avait pour objectif de parvenir à « enrayer la perte de biodiversité d’ici 2020″. A l’issue de Nagoya, l’objectif a été « downsized« . L’’objectif global repris dans le Plan stratégique adopté stipule que les parties s’engagent à « prendre des actions efficaces pour arrêter la perte de biodiversité afin d’avoir des écosystèmes résilients capable de fournir leurs services ».

- Un accord sur le financement de cette stratégie. Le montant, évalué à 200 milliards de dollars n’a pas été adopté. Au final, les parties ont convenu de ne pas s’engager sur des montants mais de mettre en place un processus visant à chiffrer les besoins de financement d’ici 2012. C’est plus prudent.

- Un protocole de partage des bénéfices. Ce protocole représente le volet le plus sensible. Non pas du fait de son influence sur la biodiversité, mais il était brandi comme un préalable indispensable contre menace de veto par les pays du Sud, notamment par le Brésil. Afin d’éviter les pratiques de biopiraterie, il réglemente le partage des bénéfices tirés par les industries de la pharmacie et des cosmétiques sur les ressources génétiques des pays du Sud (animaux, plantes, micro-organismes). C’est parce qu’un accord a effectivement été trouvé sur ce volet que Nagoya, contrairement à la Conférence de Copenhague, a été considérée comme un succès.

Après Nagoya, il est possible de prendre du recul. Peut-on parler de succès lorsqu’aucune contrainte n’est imposée aux États signataires ? Peut-on parler de succès lorsque, même pour un accord sans contrainte, les États-Unis ont refusé de signer ?

Peut-on toujours parler de succès lorsque la principale avancée concerne le principe (non chiffré et non contrôlé) de partage des bénéfices, toujours considérés comme infinis, et non la reconnaissance du caractère fini des ressources naturelles ? Selon Sylvain Angerand, chargé de mission aux Amis de la Terre, « L’idée de mettre sous cloche quelques lambeaux de biodiversité induit que l’essentiel des ressources peut continuer d’être surexploité, alerte-t-il. Au-delà des mots, on est très loin de remettre en cause les modes de production intensifs ou de reconnaître le droit à tous, partout, d’accéder aux ressources. »

Cela fait des milliers d’années que l’Homme croit vivre dans une immense pâtisserie, où il peut puiser dans le pot de confiture sans compter. Il est possible de calculer, pour avoir des repères, en fonction du taux de renouvellement des ressources, que la consommation mondiale d’énergie a dépassé cette année, le 20 août, soit en 7 mois et vingt jours, ce que la nature nous a « donné » à dépenser pour une année. A cause notamment du CO2 produit, comme vient de l’affirmer l’Académie des Sciences en France, contredisant les thèses des climato-sceptiques.

L’après Nagoya se dessine de manière trouble. L’ONU, qui avait pour objectif de réhabiliter aux yeux de l’opinion publique le système multilatéral mis à mal par Copenhague en prévision du sommet de Cancun, a redoré son blason à Nagoya. Au prix d’une bipolarisation du monde entre les biopirates et les piratés, entre les riches et les pauvres, entre le Nord et le Sud. La finance ne tardera pas à créer des droits à pirater, comme elle a inventé des droits à polluer. Des droits avec des acheteurs d’un côté et des vendeurs de l’autre, toujours les mêmes.

Le caractère fini des ressources et des espèces de notre planète est peut-être la meilleure amorce d’une solidarité entre les peuples, d’une solidarité qui amoindrit les clivages au lieu de les exacerber. Nagoya en est resté au marchandage.

Photo : Ville de Nagoya (Japon)



2 Commentaires

  1. Comments  LENOIR   |  Dimanche 28 novembre 2010 à 20 h 03 min

    Trop d’humains, trop d’aspirations à se protéger de la nature et à accumuler par crainte de l’avenir.

    Tout ce que vous déplorez est la conséquence de cette demande sociale et psychologique de toujours plus.

    Sans parler de l’envie insupportable à la vue de ceux qui ont plus.

    Amicalement,

    Yves Lenoir

  2. Comments  Marie-Amélie Bertin   |  Vendredi 28 janvier 2011 à 16 h 57 min

    A lire aussi, un bel article
    sur la récupération financière de la protection de la biodiversité (sur owni):
    http://owni.fr/2011/01/26/biodiversite-capitalisme/
    Un cynisme et une irresponsabilité qui font frémir. :sad:

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