Lundi 10 mai 2021

Six mois après, l’Allemagne face à un tournant

Les élections régionales en Rhénanie du Nord Westphalie (Etat le plus gros d’Allemagne, avec 18 millions d’habitants) sont décisives tant pour l’Allemagne que pour l’Europe. En effet, la perte probable de cet Etat par la coalition CDU-FDP (la même qu’au national) lui fera perdre en même temps la majorité au Bundesrat (la chambre haute allemande et codécisionnaire législative), ce qui sera déterminant dans la tenue de la politique à venir.

 

Un fort mécontentement de la population

Le mécontentement est fort en Allemagne sur la coalition actuelle : les libéraux, entêtés dans leur volonté de baisses d’impôts, sur fond d’une politique clientéliste et de soupçon de corruption, ont chuté à un tel point dans l’opinion qu’ils pourraient même ne pas dépasser les 5%. Les sorties de son leader contre les allocataires sociaux renforcent l’image populiste de ce parti.

La population allemande a le mérite de ne pas être schizophrène : en période de crise et de difficultés budgétaires, elle refuse les baisses d’impôts.

Plus généralement, la coalition au pouvoir ne fait rien. Elle est engluée en Afghanistan, entêtée dans la politique de continuation du nucléaire civil, elle laisse la réforme de la santé à l’abandon, elle fait dans la demi-mesure pour réformer le système financier. Elle est tétanisée par toute décision et navigue à vue.

Le soutien à la Grèce, symbole de l’inaction politique

Symptomatique de cette inaction est le comportement navrant de Merkel face à la situation en Grèce. Il va de soi que les chrétiens-démocrates (à l’inverse de la CSU bavaroise) sont pour le soutien, sous conditions, à la Grèce. Les libéraux ont choisi, pathétiquement, de ne pas décider. Mais la population ne supporte pas à juste titre de devoir aider des Etats qui n’ont pas fait les efforts colossaux réalisés par les allemands pour s’assainir (notamment en termes de compression du pouvoir d’achat, des retraites, sans oublier la reprise en main de l’Allemagne de l’Est). Toute aide sera sous conditions, mais la coalition est tellement paralysée par les enjeux qu’elle prèfèrerait ne rien faire jusqu’à l’élection.

Ne rien faire, en ce moment est terrible pour l’Europe. C’est donc piteusement qu’Angela Merkel a décidé de se soumettre, car heureusement, si elle manque de ligne directrice, elle garde une once de responsabilité.

Dans leur grande lucidité, les électeurs du Nord-Ouest de l’Allemagne vont sanctionner cette absence de politique. Il est loin d’être certain que la coalition au pouvoir se mette enfin au travail.

Pour aller plus loin :

 



3 Commentaires

  1. Comments  F Chiron   |  Mardi 18 mai 2010 à 11 h 37 min

    Les élections ont eu lieu et ont confirmé ce que nous écrivions : SPD et CDU au coude-à-coude avec 34,5%, Verts très hauts à 12,5%, libéraux à 6,5% et Gauche à 5,5%.
    Désormais, aucune coalition ne peut diriger, sauf une grande coalition entre SPD et CDU ou une coalition rouge-verte-rouge qui crée de nombreuses dissensions internes aux partis concernés.
    A suivre donc…

  2. Comments  Nicolas M.   |  Samedi 29 mai 2010 à 20 h 13 min

    Reconnaissons-le: le système politique allemand est quasi bloqué par la conjoncture politique. L’émergence de la gauche extrême »: Die Linke à plus de 5% fait que le système habituel des coalitions à deux devient de plus en plus impraticable car il devient de plus en plus rares que deux partis soient majoritaires. Cela est empiré par le contrepoids trop important des Länder

  3. Comments  J.B. Joret   |  Mercredi 9 juin 2010 à 13 h 00 min

    Je ne trouve pas le système aussi bloqué que cela. Ce système est plus démocratique que le système Francais où 20% des electeurs sur 50% de votants (soit < 10% de la population Francaise) choisissent le PS ou l’UMP. Au final c’est une minorité qui décide tout. En Allemagne le fait d’obliger les partis a négocier et travailler ensemble aboutit à un résultat et une gouvernance beaucoup plus représentative. Vous avez l’impession que cela va plus mal en Allemagne qu’en France ?

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