Mercredi 12 mai 2021

Septembre 2011, réactions en chaîne au Moyen-Orient

Ce mois peut être à la fois celui de la naissance de la Palestine, de la chute du leader Syrien Bashar-El-Assad, de la déstabilisation du Liban et d’une immense pression migratoire sur la Turquie. Le risque d’un embrasement en chaîne du Moyen-Orient est réel.

Ces évènements vont entraîner la remise en cause des équilibres actuels du Moyen-Orient, même s’il y a fort à parier que les diplomaties locales et Occidentales sont déjà en train de s’activer afin que ce mois se passe au mieux.

La naissance de la Palestine et la réaction d’Israel

La naissance de la Palestine est à l’ordre du jour de la prochaine session de l’ONU en  Septembre 2011. Les diplomaties Occidentales fourbissent déjà leurs armes. Ainsi Barak Obama s’est prononcé pour des futures frontières palestiniennes comme étant celles de 1967, déclaration consolidée par les positions françaises. Toutes les chancelleries occidentales veulent en être, la France y voyant probablement l’occasion de redevenir un acteur avéré dans la région, les représentants de l’autorité palestinienne profitent de la situation pour aller chercher des appuis partout où ils semblent être ; ainsi elles étaient à Paris il y a moins de deux mois.

Devant cette convergence des opinions occidentales et palestiniennes, Israel n’a pas d’autre choix que de déclarer les prendre en compte. Mais la vérité est que le leader de l’exécutif israélien, Benyamin Netanahu  n’aura probablement pas d’autre choix que de se poser vis-à-vis de son électorat comme une victime des pressions internationales, sous-entendant qu’il n’a pas le choix de ses décisions, qu’il les subit. Dans ces conditions, la partie radicale de l’électorat israélien risque de se braquer, des mouvements violents dans les colonies ne sont pas à exclure.

Encore une fois le comportement des Etats-unis sera central, Obama aura-t’il le courage d’assumer et d’imposer des décisions qui vont à l’encontre de la politique Américaine, traditionnelle, dans la région. Le succès du processus  d’indépendance de la Palestine est à au moins à ce prix, mais ce n’est pas tout.

La reconfiguration de la Syrie

Bashar-El-Hassad ne peut rester à la tête de la Syrie encore longtemps. Le gouvernement syrien, en sous-estimant la résistance populaire, s’est emprisonné dans un processus de répression sanglant qu’il ne pourra maintenir longtemps sans susciter des réactions fortes, voire des interventions de la communauté internationale, la perte totale de crédibilité de son chef. Il y a fort à parier que l’appareil politico-sécuritaire syrien, détenu par le frère de Bashar-El-Hassad va laisser faire celui-ci encore un peu, de manière à épurer les opposants, puis elle le déposera. Au regard de la séquence des évènements en Syrie, ce changement de dirigeant pourrait se faire en Septembre également. À cette occasion, il s’agira pour le nouveau régime d’arrêter le flux des migrants qui suscite déjà de nombreuses inquiétudes que ce soit en Turquie ou au Liban. Il s’agira probablement également de faire des concessions à la population syrienne, ou en tout cas de faire comme si. Les finances de l’État, jusque là orientées pour une large part vers le maintien d’une administration politico-militaro-sécuritaire devront s’orienter vers l’aide sociale, l’investissement dans la société civile, ce qui ne se fera pas sans heurts.

Si de plus l’Iran a tendance à revoir son financement inconditionnel de la Syrie, ne serait-ce que pour éviter l’effet tâche d’huile, la Syrie, par ricochet, pourrait revoir son financement du Hezbollah libanais.

La destabilisation du Liban

Si la position du Hezbollah est mise en péril, il  n’aura de cesse que de le recouvrer et un financement direct par l’Iran est très probable. En effet, l’Iran a été le premier état à féliciter le Hezbollah pour son avènement au pouvoir. Le Hezbollah a verrouillé le peuple libanais, le parlement libanais, le gouvernement, a acquis à sa cause certains grands clans du pays. Seul le président lui résiste encore mais sa position est de plus en plus fragile.

Par ailleurs, la commission internationale chargée d’enquêter sur l’assassinat  de Rafik Harriri devrait  rendre publiques ses conclusions entre la fin de l’été et courant septembre. Ces conclusions ont déjà fait l’objet de nombreuses fuites et on sait qu’elles accusent le Hezbollah. Ce faisceau d’évènements va obliger ce dernier à réagir,… peut-être violemment. L’arrivée de transfuges syriens venant gonfler ses rangs ne pourra que le pousser dans ce sens.

Dans cette situation un équilibre étrange s’établit dans ce pays où les Shiites ont pris le pouvoir politique, les Sunnites, le pouvoir financier, soutenu en cela par les pays de la péninsule arabique, les chrétiens commencent à se replier sur eux-mêmes ou à fuir le pays. Curieusement, cet équilibre centré sur le pouvoir du Hezbollah est probablement ce qui protège le plus d’une invasion syrienne qui pourrait s’établir pour affaiblir les tensions internes en Syrie (via le Hezbollah, la Syrie est fortement implantée au Liban).

Cependant cette position de force du Hezbollah, ne peut qu’être perçue comme une menace par Israel. Devant ses positions intenables face à la Palestine et le risque que constitue le Hezbollah, Israel peut décider d’envahir à nouveau le Liban. A la suite, toute négociation sur les frontières de la Palestine serait automatiquement suspendue, le temps du règlement de la question libanaise. En fait, seule la position pour l’instant inconnue du nouveau gouvernement égyptien, et qui soutenait jusque là Israel, peut faire hésiter Israel… Mais ce n’est pas tout…

Le difficile équilibre turc

L’équilibre ténu de la société turque est à l’origine lié à sa constitution laique largement contrebalancée par une influence très forte de la culture islamiste populaire. En termes géopolitiques, la Turquie est parfaitement à l’aise dans une alliance avec Israel : cette alliance lui permet de peser lourdement face aux puissances arabes de la région, de raviver son alliance avec les États-unis, de se positionner comme un allié de la Communauté Européenne, un intermédiaire militairement sur-armé entre l’Occident et le monde arabe, protégeant les frontières Est de la communauté Européenne, la Méditerranée de toute « invasion russe ».

Une guerre Israel – Liban entrainerait une radicalisation de l’électorat extrémiste, islamiste, sur lequel d’ailleurs le premier ministre turc a construit sa victoire aux législatives. Dans ces conditions il n’aurait d’autre choix que de prendre des distances claires avec Israël, d’autant plus que si les migrants syriens ne peuvent plus entrer au Liban, ils n’auront pas d’autre choix que de tenter de rejoindre la Turquie, ce qui ne manquera pas de braquer les populations locales. Plus que jamais, Israel serait isolé dans la région. Plus que toute autre région du monde, le Moyen-Orient est un jeu de dominos en équilibre particulièrement instable.

Pour finir, aussi terrible que soit le constat, il semblerait que l’avènement le plus serein possible de la Palestine, passe potentiellement par un soutien de l’Occident au Hezbollah, à la Syrie, par l’octroi de contre-parties, à la Turquie , à Israel …Si le propos est sans doute extrême, il n’en demeure pas moins que l’avènement de la Palestine ne se fera pas facilement. Il appartient aux grandes puissances de préparer au mieux cette transition. Le mois de septembre risque d’être celui de tous les dangers pour la région, y compris celui du non-avènement de la Palestine.

Crédit photo : GEOATLAS – (c) GRAPHI-OGRE


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