Mercredi 12 mai 2021

Rupture dans la politique étrangère américaine

En déclarant comme souhaitable de revenir aux frontières de la Palestine de 1967, Barack Obama rompt avec un demi-siècle de politique étrangère américaine.

Même si les réactions israéliennes, entre autres, ont été suffisamment virulentes pour que le président américain fasse marche arrière, cette déclaration montre bien un homme assumant son destin politique.

Les années Bush ou la politique étrangère américaine traditionnelle

La politique étrangère de ces années, qui sont d’ailleurs aussi bien celles du père que du fils, sont directement héritées de celles de l’administration Reagan. Ces exercices politiques sont caractérisés par l’action de présidents républicains technocrates, porte-paroles des intérêts des « faucons», eux-mêmes n’hésitant pas à mêler sans questionnement éthique, intérêts économiques et politiques. Il s’agit de la finance et de l’industrie de l’armement pour Ronald Reagan, ceux des énergies fossiles pour Bush.

Par ailleurs ces politiques sont celles d’une Amérique forte, « virile » dirait un Woody Allen moqueur, d’une nation qui affirme assumer son rôle de meneur du monde libre, qui ne fait aucun effort de communication envers ses propres alliés, ne serait-ce que pour les ménager. Cette logique a été menée à son apogée avec la découverte de cette note émanant du Pentagone et expliquant que la politique étrangère américaine se devait d’être imprévisible, et à la limite de l’agressivité, de manière à susciter le doute ou la peur des alliés des Etats-Unis, de mette au pas une partie de l’électorat américain. Le Président français actuel n’a rien inventé à ce sujet.

Dans ce contexte, la politique étrangère américaine est faite par les lobbies, imposée à l’administration américaine par les relais de ses lobbies (Eglises chrétiennes réformées, complexe militaro-industriels…)  et s’adresse aux dirigeants des États étrangers. Georges Bush fils s’en prend ostensiblement à Saddam Hussein, Ben Laden, tandis que Georges Bush père va cueillir Noriega chez lui. A l’opposé, Osni  Mubarak est soutenu et financé en Egypte ; la famille royale saoudienne et l’administration américaine ont des politiques au Moyen-Orient intimement liées.

À aucun moment les présidents américain de cette période ne s’adressent aux peuples. Il s’agit clairement d’une politique de réseaux et d’influence, arrogante diraient certains aux objectifs unilatéraux.

La Révolution Obama

Les Etats-Unis ont toujours défendus leurs intérêts partout dans le monde, comme le ferait d’ailleurs n’importe quelle autre nation. Cependant, depuis l’élection d’Obama, des inflexions sont apparues, dont l’importance confine en fait à de véritables ruptures. D’abord et avant tout, Obama s’exprime seul pour ce qui est relatif à la vision qu’il a du monde ou de certaines situations qui nécessitent une projection vers l’avenir. Il semble avoir cette capacité à se projeter, à avoir une vision assumée de son action. Ainsi, par sa prise de position sur les frontières palestiniennes, il pose déjà le débat, qui ne manquera pas de se tenir prochainement à l’ONU et qui verra peut-être l’avènement de la Palestine.

En comparaison les interventions d’Hilary Clinton sont quasi d’ordre technique : elle réagit devant certains évènements…mais quand il s’agit de la vision de l’avenir, Obama s’exprime seul. Il n’y a aucun Donald Rumsfeld, ou Condoleeza Rice pour interférer avec son action. Il assume pleinement son destin.

Par ailleurs, après les années calamiteuses de la politique étrangère de G. W. Bush, qui est largement apparue comme guerrière, interventionniste, impérialiste, il garde le profil bas lors de l’intervention en Libye. Même s’il y a fort à parier que malgré le story telling de l’Elysée, les USA sont aux commandes dans cette intervention, il ne veut surtout pas que cette intervention apparaisse comme une intervention américaine de plus contre le monde arabe. Au contraire même, lorsqu’il intervient en Egypte, c’est en commençant par rappeler que le peuple a le droit à l’émancipation, la liberté, la prospérité. Jamais il n’est question de fustiger une attitude irresponsable favorisant l’émergence de l’intégrisme religieux, comme l’ont été les sous-entendus dans les discours de l’intelligentsia européenne, à aucun moment il n’a été question de soutenir ouvertement Israel quand celui-ci exprimait son inquiétude à la chute de Moubarak et de la déstabilisation potentielle, conséquente, de la région.

Un tournant dans la politique israélienne des Etats-Unis

Enfin, Obama n’hésite pas, devant l’inefficacité de certaines actions, comme les relations Israel Palestine, à faire bouger les lignes ; en s’opposant de la sorte aux lobbies s’exerçant à l’intérieur des USA, et sans toujours réussir à faire avancer concrètement le débat. Dans les faits, on peut lui reprocher d’être parfois plus dans le positionnement que l’action, voir le cynisme. Mais sur un autre registre,  le fait est qu’il ait réussi à faire adopter la loi sur la protection sociale ; qui a tout point de vue relève d’un acte foi, de civilisation, terriblement osé et dangereux pour lui, mais fondateur. De plus en politique, la parole est action, et dans son cas, le simple fait de dire les choses, comme il l’a fait pour la Palestine permet de faire avancer le sujet.

Pour finir, Barak Obama et sa politique étrangère sont clairement en rupture par rapport aux politiques étrangères américaines précédentes que ce soit sur la forme ou sur le fond. Sur la forme, il n’hésite pas à assumer seul ses positions, sur le fond, il se démarque de ses prédécesseurs au sujet du monde arabe par exemple. Il apparait en tout cas comme l’homme d’État ayant véritablement intégré le fait que le monde était en mutation, qu’il fallait intégrer cette mutation dans  son action politique, qu’il était de son devoir de l’anticiper, et d’entrainer les autres avec lui…A quand l’Obama français ?

 


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