Mardi 15 juin 2021

Retraites : pourquoi en 2010 ?

Annoncée, dès février comme la réforme majeure du quiquennat de Nicolas Sarkozy, la réforme des retraites vient d’être dévoilée mercredi. Une réforme éminemment politique…

Bien que présentée comme une réforme technique, au terme de plusieurs mois d’un exercice de communication complexe, où le Président de la République s’est effacé derrière le Ministre du Travail, elle est un élément clé de la stratégie du candidat Nicolas Sarkozy pour l’élection présidentielle de 2012. Il reste en effet, bien peu de doute quant à sa candidature à un deuxième mandat, depuis sa sortie remarquée devant les parlementaires de la majorité : mi-2011 « on ne fera que de la politique ».

 

Ni la gauche, ni les syndicats, ni même les Français , anxieusement sondés , ne s’y sont trompés, la mesure phare de cette réforme est le recul de l’âge légal de départ à la retraite à 62 ans en 2018 : un profond changement de société, pourtant totalement absent du débat de la campagne présidentielle de 2007. Pourquoi alors, ne pas combler des déficits, encore faibles, par des mesures transitoires et faire d’une future grande réforme des retraites, un axe majeur du programme de l’UMP pour la présidentielle en 2012 ? Certaines voix discordantes au sein de l’UMP s’en étonnent.

 

Nicolas Sarkozy et ses conseillers ont cependant fait le choix tactique risqué de bousculer à la fois les Français et l’échiquier politique. Sans doute, le Président de la République cherche-t-il d’abord à éviter un débat de campagne présidentielle glissant, qui ne manquerait pas de porter en pleine lumière toutes les facettes, tant économiques que démographiques et sociales, du problème que pose la (re)construction d’un système de retraite viable. Ce qui aurait pourtant le mérite de mettre parfaitement en évidence le modèle de société, que chaque projet présidentiel de réforme du système de retraite sous-tend.

 

Par ce choix politique, en apparence courageux et volontariste, le Chef de l’Etat, pourrait aussi essayer de construire au près des Français l’image d’un homme politique soucieux de la résorption des dettes publiques en des temps particulièrement difficiles. Il pourrait ainsi espérer réussir le tour de force de faire oublier le symbole même de son quinquennat: le bouclier fiscal. Encore faudrait-il bien sûr que la réforme proposée soit jugée équitable par les Français ; ceux-ci sont très majoritairement hostiles à « la retraite à 62 ans ».

 

Ce choix très tactique de Nicolas Sarkozy, chamboule déjà les horizons politiques des uns et des autres en vue de 2012. Pour le moment, Martine Aubry sort renforcée face aux autres présidentiables du PS, alors que se crée un front uni des partis de gauche. Curieusement, l’UMP semble au contraire se diviser, déchirée entre une aile libérale toujours adepte de la retraite par capitalisation, qui doute sérieusement de l’efficacité financière de la réforme, et une aile gaulliste, toujours farouchement opposée au bouclier fiscal, pour qui la réforme proposée est surtout socialement injuste.


Ajouter un commentaire




*

Devenez Rédacteur !

L'actualité politique vous intéresse ?
Vous avez un scoop, un combat, un projet, une analyse à partager ?



Il sera publié dans les 24h

Newsletter

L'inscription à la Newsletter mensuelle vous permet de rejoindre le réseau Écologie Démocrate


Les flux