Mardi 15 juin 2021

Produire plus pour employer moins

Les sociétés du CAC 40 engrangent des bénéfices de plusieurs dizaines de milliards d’euros, du même ordre que les chiffres « d’avant la crise »,  tandis que le chômage a fait un bond de 50 000 inscrits en quelques mois.

Cette contradiction est difficilement soutenable et compréhensible pour les citoyens, à juste titre. Cependant d’un point de vue économique l’analyse est plus claire. Plus froide aussi. Notre société a fait le choix de la productivité pour produire des richesses, mais cette productivité produit aussi du chômage. Dans cette logique, le chômage français serait-il structurel ?

La productivité, un moyen pour soutenir la croissance

Pour commencer, la productivité se définit en quelques mots comme le rapport entre la quantité de travail produite (chiffre d’affaires, niveau de production…) et l’investissement qui a été utile pour la produire (budget, effectifs, volume horaire de travail…). D’après cette définition, la France est la première au monde, viennent ensuite l’Allemagne, le Japon, les pays du Nord de l’Europe. Ainsi, d’après le Comité d’Orientation des Retraites, le gain de productivité a été de 2,3 % en moyenne entre 1980 et 2007. Cela veut dire que pour un même coût, on produit deux fois plus en 2007 qu’en 1980, en France. Pour les uns, à savoir l’Allemagne et le Japon, le choix de la productivité comme modèle de développement économique découle de la deuxième Guerre. A la suite de ce conflit, il a fallu reconstruire les pays et les Japonais ou les Allemands se sont dévoués au travail, ne comptant pas leurs heures, et ayant probablement intégré dans leur inconscient collectif la notion de sacrifice pour la nation, par le travail. Pour des pays tels que la France ou les pays du Nord, la productivité est un moyen de dégager un surplus de richesses pour financer l’Etat-Providence, lequel s’il nous est indispensable et non discutable, a un coût. Ainsi, même s’il s’agit d’une évidence, le choix d’une productivité forte est fait pour produire de la croissance, des richesses.

Le chômage comme revers de la médaille

Cependant, dans une société où les entreprises ont l’obsession de dégager les plus grands bénéfices avec un minimum d’investissements, il faut se souvenir qu’un volet de ces investissements est le personnel. Ainsi, dans une entreprise où tout est fait pour économiser sur le coût de la production, il n’y a pas de place pour tout le monde, le chômage y est structurel, installé, durable.  Il est inhérent aux choix économiques en place. Ce modèle s’est développé progressivement tout au long des Trente Glorieuses. Pendant cette période, dans la mesure où le France, l’Europe, étaient à reconstruire, il y avait en permanence des marchés à conquérir et de ce fait, le plein emploi était assuré malgré la présence de cette productivité naissante…Le modèle était soutenable. Actuellement, notre monde économique est en transition, la concurrence de pays comme la Chine, les pays d’Amérique du Sud est telle que l’augmentation du PNB français est forcément faible d’une année sur l’autre (à peine 1,6 % pour l’année à venir). D’autre part, là où les entreprises allemandes, y compris de petite taille, ont misées sur l’export et la recherche des marchés où qu’ils soient, le capitalisme à la Française est englué dans ses corporatismes, ses immobilismes, son manque d’audace, sa volonté d’un développement économique par le marché intérieur, avec en plus une mise à l’écart des PME. Dans ce contexte les conséquences d’une société productiviste redeviennent visibles : le chômage s’installe à un niveau élevé.

Le capitalisme financier et la destruction des politiques sociales comme facteurs aggravants

A cette logique se greffe le besoin pour les entreprises d’une rentabilité accrue sans cesse augmentée. Ainsi, le capitalisme français s’appuie sur ce principe de productivité pour dégager encore plus de revenus sous la contrainte continue des marchés. Cette situation explique le scandale des licenciements alors que les entreprises dégagent des profits importants. D’autre part, l’incurie des politiques de l’emploi, dont la constitution lamentable du Pôle Emploi en est un épiphénomène édifiant d’inadaptation, est clairement un signe envoyé vers les citoyens, les marchés : l’Etat refuse dorénavant de traiter le problème du chômage (réduction des versements envers les bénéficiaires, durcissement de leur condition de maintien, réduction de leur période de versement…). Globalement, les travailleurs sont devenus des entités antagonistes de l’Etat qui met en place les politiques sociales, et de leurs entreprises qui sont susceptibles de les licencier n’importe quand. Le problème encore une fois est un problème de répartition des richesses générées par les gains de productivité qui ne bénéficient aujourd’hui qu’aux actionnaires des entreprises et aux investisseurs.

Le choix économique de la productivité est générateur d’un chômage structurel, chômage et productivité étant en fait les faces de la même médaille. Ainsi, plus qu’ailleurs, il faut une augmentation importante de la richesse nationale pour réduire de manière notable le chômage en France. En effet, lors d’une reprise économique, dans un premier temps, les entreprises cherchent à encaisser le surcroît de charge avec les effectifs en place. Le modèle productiviste génère des inégalités aujourd’hui et les entreprises françaises seraient bien inspirées de se placer dans une optique de dynamique de croissance, de rechercher de nouveaux marchés, d’innover. Ainsi, même si cela apparait comme évident, encore est-il important de le rappeler, la seule politique de relance de l’emploi qui soit viable est celle de la recherche et de l’innovation…du développement durable diraient certains, associée sans doute à une réflexion sur la sortie de nos sociétés du modèle de la productivité.


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