Mercredi 12 mai 2021

Police-justice : un bras de fer orchestré par l’Elysée

Un Etat de droit bafoué

La chronique judiciaire en France ressemble aujour’hui à un déplorable mille-feuille médiatique soumis à des appétits de pouvoir très voraces :

grâce aux actualités, la masse des faits divers colportée par nos divers supports d’informations est aujourd’hui soigneusement collectée par l’Etat-UMP pour organiser une stratégie sécuritaire inquiétante. Alors qu’une bonne justice et une bonne police constituent normalement des garants traditionnels de l’Etat de droit, le pouvoir en place est en train de vouloir démanteler ces deux piliers fondamentaux de la démocratie pour des fins abjectes. Le pire n’est hélas peut être pas derrière nous car le président de la République actuel paraît vouloir instrumentaliser la police pour mieux la retourner contre les magistrats ; comme bien d’autres ministères parisiens dont les effectifs dans la fonction publique se réduisent comme un peau de chagrin, la place Beauvau et la place Vendôme semblent être devenues de dociles appendices du pouvoir de l’Elysée. Avec une réduction drastique de la carte judiciaire, un engorgement des tribunaux, une crise des établissements pénitentiaires, et une multiplication des faits divers devant une police alarmée, des questions graves doivent se poser : comment maintenir les équilibres de la paix au sein de la société civile française ? Que veut exactement le pouvoir en place ? Reprenons peut être la chronologie des faits :

 

Une étincelle explosive : l’affaire Laetitia

 

Dans la nuit du 18 au 19 janvier 2011, Laetitia Perrais est portée disparue dans la ville de Pornic en Loire-Atlantique. Le 01 février 2011, le corps de Laetitia est retrouvé en morceaux ; le principal suspect, Tony Meilhon, avait affirmé en garde à vue l’avoir tuée accidentellement ; une fois prouvée, la culpabilité du suspect, qui a suscité une vive émotion dans la région, a relancé le débat sur le suivi judiciaire et la récidive. Le 3 février 2011, les ministres de l’Intérieur et de la Justice ont épinglé la veille les défaillances des acteurs de la chaîne pénitentiaire et prévenu qu’il y aurait des sanctions ; les professionnels et les syndicats dénoncent eux le manque de moyens. Le jour même, lors d’une allocution prononcée au Commissariat central d’Orléans aux côtés de policiers et de gendarmes, le chef de l’Etat promet à son tour des sanctions contre les magistrats et les policiers. Le 4 février 2011, les audiences sont suspendues dans les tribunaux nantais en signe de protestation contre les déclarations offcielles et le président de l’Union Syndicale des Magistrats (USM) appelle à une action nationale commune le 10 février 2011. Il est bien évident que le manque de moyens des magistrats et des policiers ne saurait en rien enlever à l’horreur du drame qui s’est produit en Loire-Atlantique ; cependant un signe inquiétant persiste : l’escalade médiatico-politique a une fois de plus franchi un nouveau seuil et les principes de l’Etat de droit tombent alors dans les oubliettes de la chronique médiatico judiciaire. La séparation des pouvoirs exécutif et judiciaire est alors court-circuitée par les interventions présidentielles, une volonté pernicieuse toujours à l’affût de nouvelles mannes électorales.

 

Une stratégie gouvernementale perfide : mettre dos à dos la justice et la police.

 

On ne peut que s’interroger sur cette volonté présidentielle de mettre en sommeil les revendications syndicales de la police et de la justice. Mais à cette volonté de mise en tutelle s’ajoute également une volonté de division des fondements de notre démocratie, plus perfide : la Justice et la Police sont mises dos à dos, comme si l’Elysée fuyait à bon prix ses responsabilités. Alors que l’exercice de l’autorité judiciaire est bafouée de plein fouet par le chef de l’Etat (dossiers à pléthore, effectifs réduits …), et qu’il devrait en être le garant en sa qualité de Président du Conseil Supérieur de la Magistrature, la stratégie gouvernementale paraît se tourner désormais contre l’indépendance des juges. Pendant ce temps, les difficultés s’accumulent en France avec des conditions carcérales dramatiques et des policiers en plein désarroi dans les zones sensibles. Le fait divers arrive mais il y a une nouveauté présidentielle qui s’attaque désormais aux magistrats et aux policiers : les ministères de la Justice et de l’Intérieur totalement inféodés viennent alors à la rescousse de l’Elysée pour soutenir la zizanie présidentielle, toujours à l’affût de l’audimat. Le fait divers devient ainsi un fait politique et tous les moyens sont bons pour faire rejaillir la division entre les corps constitués. Récupérer une opinion publique en salissant une institution établie est loin d’être à l’honneur de notre démocratie. Dans ce contexte plus qu’houleux pour les pouvoirs publics, le chef de l’Etat mutlipliera certainement encore ces prochains mois ses loghorrées sécuritaires et il n’hésitera certainement pas à faire flèche de tout bois pour parvenir à ses fins : être réélu ou faire réélire son camp en 2012.


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