Lundi 10 mai 2021

Pierre Serne, l’écologie crédible

Pierre Serne, normalien et agrégé d’Histoire, vice-président délégué aux Transports du conseil régional d’Ile-de-France, livre son analyse sur le rôle du politique face à la crise systémique où économie, social et écologie sont liés.

Peux tu nous resituer ton engagement historique aux côtés d’EELV ?

 

Issu d’une famille militante très ancrée dans la politique, orientée clairement à gauche, je suis né d’un père qui était un élu et je deviens rapidement militant au PS, dès l’âge de 17 ans…

je suis resté quatre-cinq ans au PS et je suis devenu très critique sur ses méthodes ; la fin du deuxième septennat de François Mitterrand, sur fond de déclin de l’appareil dirigeant et d’affaires politico-financières, était peu propice au renouvellement des mentalités ; pour un militant, le PS ne proposait rien d’enthousiasmant sur la forme et il donnait l’image d’un parti gestionnaire : sans vision et sans projet de changement. Je pars ainsi déçu par le PS et par le militantisme en 1994. Je reste alors « trois-quatre ans dans la nature », orphelin politique et frustré d’actions militantes ; paradoxe apparent, je me sens inutile en ne militant pas.Tout au long de mon premier parcours, j’avais déjà croisé pas mal de « Verts » et j’avais plutôt des « atomes crochus » avec eux ; cela dit le ni-gauche-ni-droite d’Antoine Waechter ne me plaisait pas mais c’est justement le moment où Dominique Voynet ancre les Verts sur la gauche. Il faut mentionner une date importante dans mon parcours ; 1997 : à l’issue de la dissolution ratée opérée par Jacques Chirac, la gauche regagne le pouvoir à l’Assemblée Nationale et aboutit au gouvernement de Lionel Jospin ; les Verts sont alors prêts à participer à la gestion du pays, tout en gardant une certaine liberté de ton critique face au PS ou à Jean-Pierre Chevènement par exemple. Mon attrait pour les Verts se concrétise davantage avec mon installation à Vincennes et je fais ma demande d’adhésion aux Verts d’Ile-de-France qui me demandent d’organiser avec quelques autres nouveaux adhérents (beaucoup d’anciens du PS écoeurés par leur parti d’origine) un groupe local sur Vincennes-Saint-Mandé. Je tombe alors sur des gens très motivés et il règne une très bonne entente ; j’y découvre des pratiques différentes de celles du PS. J’évolue ainsi sur un très bon terrain : l’ambiance du militantisme y est efficace et sympathique.

Quel fut l’autre « déclic » de ton engagement politique  et quels projets portes-tu dans le cadre de ton action ?

J’avais au départ une vision parcellaire de l’écologie politique, ancrée tout d’abord sur ses dimensions éthiques et sur la nécessité de faire de la politique autrement ; ensuite, j’ai pu avoir une vue plus complète des choses en me formant à mon travail de terrain et d’élu ; j’ai ainsi travaillé sur des thématiques sensibles comme le nucléaire, la nature, la question des prises de responsabilités en politique… A partir des années 2000, de par mon engagement aux côtés de Dominique Voynet et d’Yves Cochet, ce qui n’était au départ qu’un travail d’expertise politique est devenu un corps de doctrine plus solide et homogène. De par mes fonctions de conseiller auprès de Denis Baupin à Paris puis mes responsabilités sur les transports au Conseil Régional d’Ile de France, j’ai acquis des compétences sûres dans le domaine des transports urbains, et ses multiples thématiques sous-jacentes, comme le report modal de la voiture vers les autres modes de transport, le développement et l’amélioration des transports publics dans le cadre de la lutte contre le dérèglement climatique. Les initiatives concrètes que nous portons sont un bon moyen de lutter contre la pollution un volet majeur de notre action. Je peux aussi mettre à profit mon militantisme associatif, notamment dans les deux organisations liées à l’environnement que sont Agir pour l’environnement et la Fondation Danièle Mitterrand France Liberté. Nous y débattons et nous travaillons des questions liées aux biens communs tels que l’eau, au nucléaire, mais aussi aux libertés publiques et fondamentales.

Quel avenir envisages-tu pour l’écologie politique ?

Cette question et celle de la transformation écologique de la société se recoupent étroitement. Il faut convaincre les gens de la justesse de nos projets ; de même, il faut acquérir une majorité culturelle sur ces questions. Lorsque l’on est en capacité de peser sur les échelons de pouvoir pour mettre en œuvre les sujets sensibles de l’écologie, on mesure très crûment le décallage que l’on discerne entre la gravité de la crise écologique et l’évolution lente des mentalités, ne serait-ce qu’au niveau des élus et des experts. Aussi, les décisions prises, qui minorent les degrés d’interaction entre la crise écologique et la crise économique et sociétale,  ne sont pas assez rapides. Devant la vitesse du dérèglement climatique, les décisions,  qui auraient pourtant dû être prises 15 ans plus tôt, et qui sont prises 15 ans trop tard, sont devenues totalement obsolètes ! Pourtant, la demande sociale sur ces questions existe réellement : le degré actuel d’évolution des mentalités milite en faveur du changement global des comportements. Aujourd’hui, on a affaire à des cycles de décision trop lents : sans évolution notable dans la prise de décision politique, on raisonnera sur l’après-pétrole seulement lorsqu’il n’y aura plus de pétrole ; de même, alors qu’il aurait fallu anticiper de 20 ans des plans de reconversion pour la filière automobile, la fin de cette filière risque de s’imposer d’elle-même lorsque les citoyens apprendront son extinction par la vigueur des plans sociaux imposés aux salariés des usines. Ce même schéma et cette même logique sont reproductibles à l’ensemble de la filière nucléaire. Notre priorité est de rendre la vision que nous portons plus crédible, plus globale encore, et plus efficace rapidement.


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