Mercredi 12 mai 2021

Notre Dame des Landes à l’État brute

François Hollande prendra-t-il le risque de voir l’opinion se déchirer sur l’avenir de Notre Dame des Landes ? Loin d’être un „sujet secondaire“, comme le souhaitait Harlem Désir il y a un mois encore, le projet d’aéroport de l’agglomération nantaise est devenu un sujet national.

Il divise désormais en profondeur la pays, et notamment la gauche.  Ce sont en effet deux visions irréconciliables de l’avenir de la France qui partagent partisans et opposants  à l’Aéroport du Grand Ouest : pour les premiers ni le dérèglement climatique ni la raréfaction accélérée du pétrole et son cortège de récessions annoncées, ne remettent en cause notre modèle de développement, pour les autres il n’est tout simplement plus possible de faire comme si on ne savait pas.

 

Moins de six mois après une élection présidentielle, où l’écologie comme l’environnement semblait être la dernière préoccupation des Français, le Gouvernement pensait  logiquement pouvoir passer en force.  La décision de donner l’assaut pour évacuer définitivement  les occupants de la ZAD, zone d’aménagement différé, le „kyste“, comme l’a appelé le Ministre de l’Intérieur,  le week-end du 23 au 24 novembre est prise. Le nombre de blessés graves par usage disproportionné de flash-ball ou des grenades de désencerclement finira par être rendu public, grâce à la lettre d’indignation d’un médecin au préfet. Finalement, la grande opération d’évacuation est un échec, la situation s’est enlisée et les comités de soutien aux „ZADistes“ fleurissent dans toute la France… Au point que le Gouvernement a dû créer dans l’urgence une commission du dialogue, tout en s’empressant de répéter qu’il ne „s’agissait pas d’une reculade » et que l’aéroport serait de toute façon construit.

„Un investissement archaïque“…

…avertissait Nicolas Hulot dans une interview au journal Le Parisien fin novembre 2012. Comment pourrait-il en être autrement, puisque le premier projet d’aéroport à Notre Dame des Landes date de 1967, bien avant le premier Sommet de la Terre, le protocole de Kyoto, les lois Grenelle I et II, bien avant la crise ? Alors qu’en peu de temps la flambée inéluctable du prix du pétrole a déjà modifié les habitude des français sur les routes, qui peut croire qu’un nouvel aéroport soit économiquement rentable pour les cinquante cinq ans à venir, durée de la délégation de service publique octroyée par l’État au groupe privé Vinci ? Car, il s’agit bien d’un nouvel aéroport, puisque l’usine Airbus qui utilise la piste  de piste de l’aéroport de Nantes Atlantique ne veut pas déménager.
Archaïque, ce projet l’est également par le peu de cas qui est fait des terres agricoles, comme des zones humides dans l’analyse économique bénéfice-coût. Le site du futur  aéroport est en effet située à 97% en zone humide et sa construction entrainerait la destruction du bocage et des forêts, l’artificialisation de milliers d’hectares de terres agricoles et la destruction des mares et de l’habitat d’espèces protégées comme la salamandre tachetée ou le triton crêté. Situées de surcroît en amont, en „tête“ de bassin versant, ces zones humides qu’irriguent une multitude de petits cours d’eau jouent un rôle clé dans l’alimentation du bassin de la Vilaine : leur bétonnage bouleverserait l’équilibre hydrographique particulièrement complexe de cette zone, créant par exemple des risques d’inondation.

…pour un projet juridiquement difficile à défendre ?

Bien sûr, à la fois le Premier Ministre et le Président de la République, se réfugient derrière „la force du droit“ pour justifier aux yeux de l’opinion publique l’usage de la force ou le refus d’une remise à plat du dossier!  Habile manière de tenter de faire oublier  que le projet  a été opportunément déclaré d’utilité publique, un an avant  la loi Grenelle I, à laquelle il contrevient  par l’artificialisation massive des espaces naturels et des terres agricoles. Mais aussi, de faire oublier que le projet  pourrait bien être déclaré contraire  à plusieurs directives européennes : directives  „oiseau“ et „habitat“, et directive-cadre sur l’eau.
Si aucun artifice ne permet cependant au projet d’aéroport de se soustraire à la loi sur l’eau de 2006  et à son mécanisme de „compensation“ pour la destruction de zones humides sensibles,  ce mécanisme, critiqué, n’ a encore jamais été appliqué .  Le principe est clair : Vinci et la DREAL devront compenser la destruction de chaque hectare de ces zones humides et du service écologique qu’il procure gratuitement par la création artificielle d’un hectare du même service écologique ailleurs ou de deux hectares d’un service écologique naturel ailleurs. Dans la pratique, recréer des zones humides détruites, à supposer que l’on sache le faire, pourrait bien tourner au casse-tête.

De la lutte contre un projet d’aéroport à la construction d’un autre monde

Si la voie juridique contre le projet est  prometteuse et les recours contre la déclaration d’utilité publique loin d’être épuisés, tous les adversaires du  projet craignent avant tout le passage en force et la mise devant le fait accompli.  La manoeuvre est trop bien connue. A quoi cela sert-il que le projet d’aéroport soit reconnu dans deux ou trois ans comme illégal au regard du droit européen et la France condamnée, si le chantier est  avancé, parce que le préfet, c’était dire l’État, aura autorisé le début des travaux, ce mois-ci ou même dans six mois? L’occupation par des militants altermondialistes ou écologistes radicaux de la ZAD, des terres, des fermes et des bois dont on a exproprié les propriétaires en prévision des premiers travaux n’a rien d’un squat ordinaire .  Bien sûr,  il s’agit de retarder le plus possible le début du chantier, pour que toutes les voies de recours, y compris au niveau européen,  puissent  aller à leur terme avant que l’irréparable ne soit commis, mais aussi, depuis trois ans, il s’agit de construire jour après jour un mode de vie basé sur un rapport différent à la consommation et à la nature :  écoconstruction, potagers collaboratifs, récupération réparation, forge, „free-shop“… On y est bien loin de l’image simpliste d’une guérilla bocagère menée par de jeunes anarchistes contre l’État.  D’autant que des liens se sont créés avec le temps avec les paysans menacés d’expulsion, et opposés depuis des décennies au projet d’aéroport.

Le gouvernement Ayrault a mis en fait en place un gigantesque compte à rebours en lien avec les programmations du groupe Vinci : avant le démarrage des travaux de l’aéroport prévu pour 2013 et sa mise en service pour 2017, il n’est pas évident que la minuterie scandaleuse de ce projet ait quelque chose d’irréversible : outre qu’elle puisse devenir un redoutable détonateur politique qui deviendrait fatal à l’actuel Premier Ministre avant les échéances municipales de 2014, NDDL restera de toute façon le « signal fort » d’une nécessaire et incontournable transition écologique et sociale du monde actuel.

CREDIT PHOTO @ http://zad.nadir.org/ – à Notre Dame des Landes

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