Jeudi 21 octobre 2021

Nathalie Machon, recherche (volontaires) pour la biodiversité

Professeur d’écologie au Muséum national d’histoire naturelle, à Paris, ses travaux portent sur les moyens de concilier activités humaines et préservation de la biodiversité.

Pourquoi suivre l’évolution de la biodiversité ?

 

On sait de façon plus ou moins diffuse que des espèces sont en train de disparaitre (tigre, ours…). On se rend compte aussi, en comparant quelles espèces on pouvait facilement observer quand on était petit et celles qu’on voit maintenant, que même la nature qui nous environne s’appauvrit (beaucoup de batraciens disparaissent par exemple). Le but de mon travail est de quantifier cette tendance de façon objective

pour essayer de la relier à des phénomènes de plus ou moins grande ampleur (gestion locale ou changements climatiques par exemple). Dans les villes, les espèces végétales peuplent de nombreux micro-habitats : les pieds des arbres d’alignements, les pelouses, les friches… Certaines villes ont abandonné l’utilisation des produits phytosanitaires (herbicides, insecticides…) ou opèrent la gestion différenciée de leurs espaces verts. Elles ont besoin de savoir quelles sont les retombées de telles modifications de leurs pratiques. Les suivis de la biodiversité ont pour objet de répondre à ce type de questions.

 

Pourquoi faire appel au grand public dans vos travaux ?

Les équipes de recherche n’ont pas les moyens d’opérer toutes seules ces suivis faute de personnel et de ressources financières suffisantes. Nous nous tournons donc vers les citoyens de bonne volonté pour nous aider dans nos programmes. Selon le cas, nous faisons appel à des personnes plus ou moins compétentes sur le plan naturaliste : « Vigie-flore » s’adresse à des botanistes bénévoles, « sauvages de ma rue » est fait pour un public totalement néophyte. Mais les projets ne consistent pas à « se servir » des bénévoles uniquement comme des pourvoyeurs de données. En contrepartie, nous apportons de l’information aux observateurs et sommes très à l’écoute de leurs demandes afin de pouvoir satisfaire leur curiosité.

Avec le projet « sauvages de ma rue » nous avons trois objectifs : (1) un objectif scientifique auquel nous répondons par analyse des données, (2) le but de (re)connecter les citadins avec la nature et (3) de relier les citoyens avec le monde des scientifiques.

Quels sont les résultats obtenus et attendus ?

Les projets qui concernent la flore sont très récents. Ils n’ont pas encore permis, comme pour les oiseaux de fournir des indicateurs de la qualité de la biodiversité sur l’ensemble du territoire français. Les premiers résultats qui arrivent donnent une idée de la répartition des espèces les plus communes. En croisant les données avec des données cartographiques, on a pu montrer des relations entre qualité des communautés végétales et utilisation des sols ou fragmentation des habitats. On a également pu aider des industriels à évaluer la sensibilité de sites de chantiers potentiels en fonction des types d’habitats visés (milieux plus ou moins anthropisés).

Pour le programme sur la flore des trottoirs, outre son objectif pédagogique, nous espérons décrire les liens entre les structures urbaines ou le mode de gestion appliqué et la qualité des communautés végétales. Une phase d’évaluation de la qualité des données est en cours afin de prendre en compte les erreurs commises par des bénévoles plus ou moins habitués à observer et reconnaitre des objets naturels. Avec ce projet, nous voulons donner aux collectivités territoriales des directives pour mettre en œuvre les méthodes de gestion qui préserveront au mieux la biodiversité.

 

Pour en savoir plus

Deux projets de sciences participatives étudiant la flore de France :

  • Vigie-flore est un observatoire des plantes communes. Les botanistes volontaires participent à un programme dont le but est de suivre l’évolution de l’abondance des espèces végétales les plus communes en France.

    http://www.vigie-flore.fr

  • Les sauvages de ma rue, permet aux citadins de reconnaître les plantes sauvages qui poussent dans les rues de leur quartier.

    http://sauvagesdemarue.mnhn.fr

Les autres programmes de Vigie Nature sont ici : >http://vigienature.mnhn.fr/


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