Lundi 10 mai 2021

Montée du populisme en Europe, sommes-nous devenus racistes ?

Le constat est sévère : toutes les récentes élections en Europe montrent une montée des partis populistes. Doit-on en conclure à une montée du racisme chez les peuples européens ?

Un état des lieux triste

Belgique, Pays-Bas, Danemark, Suède, Autriche, République Tchèque, Suisse : nombreux sont les Etats d’Europe qui voient monter sur leur sol les populistes, avec des scores au-delà de 20%: le parti nationaliste flamand en Belgique, le FPÖ à Vienne, le PVV de Geert Wilders aux Pays-Bas, ou le DPP au Danemark sont désormais à des étiages tels que leur coopération dans les gouvernements locaux est même ouvertement envisagée. Même le Royaume de Suède, pays de la social-démocratie, n’y échappe pas, avec l’entrée remarquée des „Démocrates“ de Suède au Parlement.

Un message unique envers un électorat potentiellement nombreux.

Cette forte montée des populismes en Europe ne saurait être mise sur le dos de populations devenues soudainement fascistes, comme veulent nous faire croire certaines bonnes consciences.
Plus encore, à y regarder en détail le message électoral fourni (message qu’on retrouve chez Marine Le Pen en France, voire même dans le cadre du débat actuel sur l’intégration en Allemagne), il est significatif de voir que la pierre angulaire du discours actuel de l’extrême-droite est celui de la lutte contre l’islamisation de nos sociétés (sauf en Flandre, mais toujours lié à des problèmes communautaires), non pas dans sa dimension raciale, mais dans sa dimension culturelle. En témoigne le résultat du referendum contre les minarets en Suisse. Et c’est toute la nouveauté de ce discours qui n’ostracise pas l’islam contre une supposée identité chrétienne de l’Europe, mais qui pose la question de l’identité européenne dans sa dimension laique et sécularisée (Marine Le Pen notamment) que la présence de l’Islam en Europe remettrait en cause.

La peur de l’autre s’est déportée sur une défiance globale vis à vis de l’Islam, certains se demandant si ceux qui s’en réclament ont bien intégré les valeurs de l’Europe.

Une irresponsabilité coupable des gouvernements en place.

La situation est délicate car les gouvernants, funambules de la tolérance, peinent à trouver un nouvel équilibre entre le respect dû aux nouvelles populations et celui dû aux autochtones. Il s’agit donc de savoir respecter l’autre tout en se respectant soi-même et regarder les problèmes sans les éluder à l’image du débat en Allemagne de savoir si les valeurs de l’Islam sont compatibles avec celles de la Constitution*. Ce débat, beaucoup de forces politiques le refusent et, de peur d’être accusées de racisme, font preuve d’une politique de l’autruche vis-à-vis de comportements ou agissements inacceptables pour de nombreux européens. Une pusillanimité de moins en moins comprise, à l’heure où les gouvernements demandent à leurs peuples de lourds sacrifices.On pourrait même se demander si, à des fins électoralistes de court terme, certains politiques ont soit joué le jeu de cette tolérance relativiste afin de s’attirer les voix de certaines communautés, soit choisi de stigmatiser une frange de la population, jouant le rôle du pompier pyromane.A force de refuser de répondre aux peurs des populations européennes, la classe politique classique laisse celles-ci tomber dans les bras de ceux qui leur apportent les réponses les plus simplistes, mais les moins rassurantes pour des démocrates.

L’Histoire de l’Europe comme garde-fou.

L’Europe a le droit de mettre des règles, ou simplement de faire respecter celles déjà existantes: L’Europe est tolérante, elle n’est en revanche ni laxiste ni béni-oui-oui et il y a tout à perdre à laisser-faire. L’Europe doit exiger de ses dirigeants d’appliquer ces principes.
Comme souvent, l’exemple pourra venir d’Allemagne : le terme germanophobie vient d’arriver là-bas dans le débat, de la part de la CDU comme des Verts, pour parler d’une frange de la population qui ostracise un public allemand, là où il se trouve minoritaire (à l’école par exemple). Ces 2 partis préfèrent dénoncer un état de fait plutôt que de laisser à l’extrême-droite le soin de le faire. La douloureuse Histoire allemande sert d’aiguillon et de piqûre de rappel.Car si les électeurs des partis populistes ne sont pas fascistes ou racistes pour autant, c’est loin d’être forcément le cas pour leurs nouveaux représentants élus, qui pourraient en effet régler la question de l’Islam comme d’autres par le passé ont réglé des questions ethniques ou religieuses.

*en Allemagne, les enfants peuvent avoir des cours de religion à l’école : actuellement, beaucoup de Länder réfléchissent à la mise en place d’un enseignement de l’Islam.
Photo : Schneider, Tageblatt



3 Commentaires

  1. Comments  europium   |  Mardi 19 octobre 2010 à 6 h 50 min

    Je ne crois pas aussi en une montée du fascisme ou du racisme en Europe au sens strict du terme. Il existe évidemment à la base un socle de fascistes et de racistes à l’extrême droite . En ce qui me concerne cette montée de l’extrême droite à plusieurs origines.

    Le monde vit une réelle crise et comme l’histoire le montre la tentation nationaliste, du replis sur soi , du rejet de la classe politique bien-pensante (sociale démocrate ou conservatrice) qui est jugée comme responsable est un réflexe classique. C’est en partie un vote sanction de la classe populaire contre les élites.

    La recherche du bouc émissaire par la stigmatisation de l’étranger est aussi un réflexe classique en période de crise. Ce que l’on oublie c’est quand période de croissance l’étranger est toujours le bienvenu…

  2. Comments  europium   |  Mardi 19 octobre 2010 à 6 h 53 min

    suite du commentaire précédent…..

    En période de crise il y a toujours une montée soit de l’extrême gauche ou de l’extrême droite. L’électorat recherché par les partis extrémistes est le même. Actuellement ce sont les partis d’extrême droite qui font recette…..

    A cette période de crise s’ajoute un nouveau phénomène très anxiogène, la médiatisation permanente de l’émergence des nouvelles économies, de la toute puissance de la chine, etc….La vieille Europe de par son mode fonctionnement ne semble pas trouver de solutions qui laissent à penser que son avenir est assuré…. Aux politique de rassurer les citoyens européens.

  3. Comments  dunoyer   |  Lundi 13 décembre 2010 à 16 h 20 min

    On veut simplement etre maitre chez nous et rester ce que nous sommes : des Européens!!!!!!!!!!

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