Mercredi 12 mai 2021

Merkel en quête de lien

« Ils sont certes là et pourtant ne sont pas là. Il leur manque le sens général ». Héraclite le sombre désignait il y a 2500 ans ses contemporains qui poursuivaient dans l’espace public leurs intérêts, sans penser au sens commun.

Cela ne s’adressait surement pas à la coalition autour d’Angela Merkel. Et pourtant : 8 mois durant a-t-elle refusé de gouverner, de peur d’une sanction justifiée en Rhénanie du Nord-Westfalie. Elle était certes là et pourtant pas là.

 

Certainement, le Ministre CSU de la Défense a découvert la situation « de guerre » en Afghanistan. L’opposant interne à la coalition, la CSU, a bien sûr passé son temps à gêner le Ministre FDP de la santé. La Chancelière est restée coie et se tut. Un tel silence est unique depuis 1949. En comparaison à sa première successeur dans une coalition chrétienne-libérale, Helmut Kohl apparait avoir été un réformateur frénétique. Elle est lestée par le vice-Chancelier, ministre des Affaires étrangères, et chef du FDP, dont le parti au programme d’une ligne (baisses d’impôts, baisses d’impôts) a chuté dans les abysses sondagières. La CDU est elle tombée à 30%. Et le débacle après la démission du Président Horst Köhler est arrivé.

Les 3 précédents présidents avaient la stature et le caractère pour représenter l’Etat pendant les ères Kohl et Schröder. Par pur calcul politique, Merkel avait poussé Horst Köhler, un expert financier inconnu, qui n’a compris qu’après sa réélection en 2008 qui l’avait soutenu. En effet, alors même que l’urgence sonnait et que Köhler pensait démissionner suite à la critique médiatique, celle-ci n’a même pas fait le chemin de 500 mètres jusqu’au château Bellevue, siège du Président. Elle préféra l’appeler : par deux fois il avait critiqué la coalition. Merkel l’avait laché. Ses regrets après sa démission n’y changeaient rien.

Que Merkel perde un de ses derniers experts financiers est anecdotique. Qu’elle ne soutienne pas, 6 mois durant et pour ne pas perdre les élections, son ministre des Finances Wolfgang Schäuble dans l’élaboration d’un plan de rigueur, et ceci en pleine crise de déficits, est à la limite de la fidélité politique. Qu’elle danse le tango avec les grands patrons de l’industrie de production électrique en prolongeant la rente nucléaire de 14 ans pendant que le peuple manifeste lui fait ni chaud ni froid. Que la réforme de la santé proposée par le ministre FDP est la copie de papiers circulant dans l’industrie pharmaceutique ou l’assurance-privée ne la gène pas.

Ce qui semble important est que tous ses rivaux internes l’ont quittée : Öttinger, Premier Ministre du Bade-Württemberg (Stuttgart), à Bruxelles. Koch, Premier Ministre de Hesse (Francfort), en retraite volontaire. Wulf, Premier Ministre de Basse-Saxe (Hanovre), à la Présidence de la République. von Beust, Maire de la villeEtat d’Hamburg, démissionné après l’échec de la réforme de l’éducation.

Merkel est seule à gouverner, et la CDU, et le pays. Malheureusement, elle a perdu cette force qui était la sienne pendant la coalition avec le SPD. Et fatalement, d’autres défaites électorales se profilent. Ce n’est pas une fin de règne, mais une montée de col extrêmement douloureuse.


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