Jeudi 21 octobre 2021

Marie-Monique Robin, lanceuse d’alerte en or

« Décortiquer les dogmes. » Tel est le fil rouge qui guide l’action de la journaliste d’investigation Marie-Monique Robin depuis vingt- huit ans. Après les Moissons du Futur, elle prépare l’interrogatoire du système économique avec « Sacrée croissance ! »

Comment a été accueilli « Les moissons du futur », le film et le livre ?

Le film a été diffusé dans près de 200 salles en France à l’automne 2012, les salles étaient combles et les projections ont été suivis de débats très denses. Quant au livre, c’est déjà un best seller ! C’est heureux de constater l’évolution du public au fil des années. Avec « Le monde selon Monsanto » et « Notre poison quotidien », le public a pris conscience de la réalité qui se cache derrière les ingrédients toxiques que nous ingérons tous les jours. Cela a permis de mobiliser contre l’industrie des pesticides et de l’agroalimentaire. Avec « Les moissons du futur », le public a basculé vers une mobilisation pour un autre mode de production et d’alimentation, l’agro-écologie.
 

Qu’est-ce que l’agro-écologie ?
« Les moissons du futur », le film et surtout le livre, montrent qu’il existe une autre alternative que le système productiviste de l’industrie agroalimentaire actuelle. L’agro-écologie se fonde sur la biodiversité et l’équilibre des écosystèmes et implique un nouveau système économique de l’alimentation. Pour s’instaurer, elle a besoin de volonté politique. Car il faut changer beaucoup de choses : investir dans l’achat des arbres, dans la formation… Le gisement d’emploi est énorme. L’agro-écologie permet de produire mieux et plus, d’employer plus de personnes, de ne pas détruire l’écosystème, d’avoir un bilan carbone neutre… et de ne plus acheter les semences, ni les pesticides auprès des industriels.

Comment évolue l’opinion publique sur l’agro-écologie ?

Il y a une grande inertie des politiques, ils ne prennent pas de risques. Pourtant, les liens étroits qui unissent la crise écologique,financière, sociale,  sanitaire, énergétique, climatique, ou la crise de la biodiversité sont clairement identifiés. Les gens comprennent qu’il faut changer de cap, car ils sentent que toutes ces crises sont liées. Lors des débats qui suivent la projection de mon film, il y a aussi souvent des paysans conventionnels qui sont inquiets:  le prix des engrais et des pesticides est indexé sur le prix du pétrole et du gaz et la facture ne va pas cesser d’augmenter…  Ils disent qu’ils voudraient bien changer de système et qu’ils ont besoin d’aide.Côté politique, Joël Labbé,  sénateur EELV,  organise le 8 avril  un colloque au Sénat sur l’agro-écologie qu’il m’a demandé de coordonner, il y a eu une projection de mon film au Parlement européen, j’ai rencontré des ministres belges . De son côté, Stéphane Le Foll, ministre français de l’agriculture, sollicité par Rue89, a refusé de me  rencontrer… Après la conférence nationale sur l’agriculture du 18 décembre, j’attends de voir quelles mesures le ministre va prendre pour soutenir la conversion des paysans qui sont prêts à franchir le pas ou pour développer l’agroforesterie en France.

Que pensez-vous de la réforme de la PAC ?
Encore une fois, la volonté politique est indispensable, et en ce qui concerne la PAC, elle manque sérieusement. La réforme de la PAC prévoit 400 000 fermes en moins en Europe. Il y a un problème crucial de manque de foncier. La spéculation immobilière qui conduit à l’artificialisation des sols, en croissance continue depuis des années, ajoutée à l’arrivée des exploitations pour les agrocarburants, fait du foncier une ressource dangereusement rare pour les paysans et pour l’alimentation humaine, et cause en plus une détérioration écologique critique.

Quel est votre nouveau projet ?
Mon travail consiste à ouvrir les « boîtes noires », à révéler ce qui se cache derrière les vérités établies.  Dans mon prochain film et livre, je m’attaquerai au dogme de la croissance. De même qu’il y avait le dogme de « la dose journalière admissible « (DJA) dont  j’ai montré l’inefficacité dans Notre poison quotidien, ou celui de « l’impossibilité de nourrir le monde sans pesticides », il y a aussi celui de la croissance économique infinie. Pourquoi la croissance du PIB a-t-elle été érigée en dogme ? Peut-on continuer à prôner la croissance, dans un monde menacé par le réchauffement climatique et l’épuisement des ressources naturelles? Quelles sont les alternatives au productivisme ? Les alternatives véritables doivent provenir d’un autre système de pensée où le « plus » et remplacé par le « mieux », où le profit n’est plus le seul but des entreprises, mais aussi le « Buen vivir », où la compétition le cède à la collaboration. A l’instar des Moissons du futur, la production de ce film qui me conduira de nouveau aux quatre coins du monde peut être soutenue par le préachat du DVD : c’est un soutien important, car les souscripteurs me permettront de réaliser le film dans les meilleures conditions, sans avoir recours aux banques.

Soutenir et s’informer avec m2r Films. Avec nos remerciement à Marie-Monique Robin pour cet entrevue exclusive.


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