Mercredi 12 mai 2021

L’OPA de la politique par les banques

Le Gouvernement grec de Georges Papandréou a été remplacé par l’ancien vice-président de la BCE, le Premier Ministre italien a proposé sa démission au profit d’un ancien cadre dirigeant de Goldman Sachs. L’Europe filiale des banques ?
Dans la zone euro, le diktat des marchés, relayé par Merkel et Sarkozy est tel, qu’il ne laisse plus aucun degré de liberté aux dirigeant politiques, aucune initiative. Que ce soit à juste titre ou non, les marchés ont réussi en une semaine, ce que les peuples n’ont pas réussi en dix ans. Les dirigeants grec ou italien ne sont pas tombés à cause de leurs errements quant à gestion des deniers publics, de la corruption généralisée qu’ils ont favorisée dans leur pays respectifs, mais à cause de l’impatience des marchés. Le constat est inquiétant

L’obstruction de la démocratie en Grèce, la perte totale de souveraineté en Italie.

La vague de colère des dirigeants d’Europe occidentale qui s’est abattue sur Papandréou à l’annonce de la proposition du référendum est incompréhensible. Le Premier Ministre grec fait face à une des décisions les plus importantes de l’histoire récente de la Grèce. Soit les grecs acceptent le dernier plan de rigueur qu’on leur impose et ils entrent dans un hiver social et économique pour une dizaine d’années, soit ils sortent de la zone euro. La décision est forte, le référendum s’impose, il est même étonnant qu’il n’ait pas eu lieu avant. Par ailleurs, Papandréou renvoie tous les acteurs de la crise grecque dos à dos. Le peuple d’abords, qui déclare vouloir rester dans la zone euro, mais qui se braque au moindre effort à fournir, le couple Merkel-Sarkozy qui entend imposer ses volontés sur un claquement de doigt, à tous les peuples européens, et qui se moque éperdument de mettre un pays à feu et à sang, comme la Grèce, après un énième plan de rigueur, qui conduit des dizaines de milliers de gens dans la rue, il rappelle aux marchés que les politique mènent le destin d’un pays…Ou il a cru le faire, car moins d’une semaine après, il devait remettre sa démission. Les dirigeants occidentaux, dans la foulée des marchés, nient l’expression de la Démocratie en Grèce, qu’ils sacrifient sur l’autel de la stabilité financière.

En Italie, si les chocs sociaux, économiques, financiers ne sont pas encore complètement là, le choc politique est vécu comme un uppercut. Les sourires complices de Merkel et Sarkozy devant les caméras à l’évocation de la situation italienne ont été vécu par les italiens comme une insulte profonde, Berlusconi n’a eu le droit de vivre avec l’incertitude des marchés que quelques jours, cela fait une semaine que sur tous les médias, le mot Italie est associé à perte de confiance…Comme en Grèce, le Premier Ministre italien a traîné des pieds pour appliquer certaines des mesures décidées par la France et l’Allemagne ( démission non obtenue du président de la Banque Centrale italienne)…Bien mal lui en a pris, il a du envisager sa démission dans la foulée…Encore une fois, il est évident que les marchés sont aux commandes, les parlementaires du parti de Berlusconi crient leur opposition à l’arrivée du nouveau Premier Ministre, cette décision n’est pas complètement politique…

L’état de la France pour être, parait-il plus stable, est inquiétant. La soit disant erreur de Goldman Sachs relative à l’annonce de l’abaissement de la note de la France a suscité des réactions épidermiques à la tête de l’UMP et du gouvernement, les autres responsables politiques tels que François Hollande, communiquent sur le fait que la messe est déjà dite, la France emprunte déjà à des taux plus important que l’Allemagne, le triple A est creux. En communiquant dans ce sens, François Hollande met en évidence que Sarkozy et l’UMP nous mentent en annonçant vouloir sauver le triple A, il prépare l’opinion à l’austérité sous son éventuelle présidence. La Commission européenne a sèchement rappelé à l’ordre le Gouvernement français en expliquant que le plan de rigueur en court est insuffisant. En fait, un deuxième plan beaucoup plus dur est probablement en préparation pour Janvier. L’Allemagne attend la France au tournant. La France sera-t’elle membre de du futur noyau dur européen, est-elle un allié fiable, Sarkozy aura-t’il le cran de prendre les décisions drastiques pour la France, que les Allemands souhaitent voir,…ou l’Europe sera-t’elle l’Allemagne. Dire que Sarkozy joue sa présidence et sa ré élection en Janvier-Février, à l’annonce de ce nouveau plan est une évidence…Il pourrait vivre ce que Papandréou a vécu, et par analogie, les Français à vivre une part de la mésaventure des grecs.

L’Europe filiale des banques

Ainsi ce n’est ni l’administration désinvolte des deniers publics par les différents dirigeants grecs, la corruption endémique qui s’y est installée, ou le bunga-bunga et les relations mafieuses de Berlusconi qui ont déstabilisé ces dirigeants après plusieurs années d’exercice, mais les impératifs de visibilité et de stabilité des marchés qui ont raison d’eux en quelques jours. Les dirigeants grecs et italiens ont été jugés, peu obeissants, peu fiables, peu lisibles…Les marchés sont les lieus de la prise de risque mais que pour les petits porteurs apparemment, les grands investisseurs se mettent en dehors de cette logique. A la suite ils ont fini par mettre leur salarié à la tête de l’Italie et de la Grèce. Les deux nouveaux premiers ministres sont anciens de Goldman Sachs, et il ne faut pas se tromper quant à leur probité. Le premier ministre grec avait participé en son temps comme salarié de Goldman Sachs au maquillage des compte grecs avant l’entrée de la Grèce dans la CE, le premier ministre Italien a mis en place la dérégulation totale des bourses européennes…Dans cette aventure, rien ne change, si ce n’est que les marchés se seront calmés quelque peu, la démocratie et nos institutions n’en sortent pas grandies. A la création des Etats-Unis d’Amérique, la France Moderne, de l’URSS, de la Chine maoiste prévalaient les révolutions populaires, aujourd’hui les marchés décident des bouleversements des états.

En fait il est évident que l’Europe ne sera plus ce qu’elle est aujourd’hui. Les Français seraient bien inspirés d’imposer ce sujet comme un sujet de campagne à nos politiques. Il pourrait d’ailleurs s’imposer de fait en Janvier-Février. Dans la nouvelle Europe qu’il faudra reconstruire, et sans qu’il s’agisse de reprendre intégralement les thèses du NPA, la Banque Centrale devrait peut-être avoir un rôle d’investisseur plus important qu’elle ne l’a aujourd’hui dans les économies européennes, prendre à sa charge, à un niveau supra national donc, les dettes qui sont nationales en Europe, aujourd’hui. Elle doit peut-être dépasser son rôle d’outil simplement monétaire.

Pour finir, même si les dirigeants européens ont beaucoup à se reprocher, s’ils se font balayer aujourd’hui ce n’est pas par les peuples, mais par les organismes financiers. Le fait financier prend définitivement le pas sur le politique, ce qui n’est pas une surprise en soi, mais étonne quand même par son importance. Malgré ce qu’on pourrait croire, malgré les story telling qu’on nous sert, la France n’est pas à l’abri de ces mouvements, la structuration de sa dette est en tout point comparable à celles de la Grèce et de l’Italie, les Français pourraient être contraints à des sacrifices très forts dans les mois à venir. Encore une fois, nul doute que les cartes vont être redistribuées en Europe, ce sera aux peuples d’être attentifs à l’avenir qu’on leur construit.


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