Mercredi 12 mai 2021

Les primaires de l’UMP

lls l’ont fait.

Malgré les embûches, les difficultés logistiques, la chronique d’un pugilat annoncé, les socialistes ont fait de la primaire un succès qui fera date dans l’histoire de notre démocratie.

Saluons ceux qui, à droite -ils sont nombreux-, ont été beaux joueurs, ont facilité localement l’organisation de la primaire, et qui ont trop de respect pour eux-mêmes et leurs valeurs pour imaginer un instant que cette honnêteté pourrait leur porter préjudice, et attardons-nous un peu sur les arguments de tous les autres, ceux qui sont apparus sur la défensive en dénigrant ces primaires, et qui n’y ont pas gagné en crédibilité.

Morceaux choisis :

Les primaires vont  ficher les gens en fonction de leurs opinions politiques, ce qui est contraire à la constitution et à la loi, a mis en avant le ministre de l’Intérieur, Claude Guéant. L’argument est absurde, et ce à plus d’un titre.

Tout d’abord, rappelons que la Commission Nationale Informatique et Libertés (CNIL), peu connue pour son laxisme, n’a rien trouvé à redire au processus : tous les citoyens, y compris donc les socialistes, ont le droit d’avoir accès aux listes électorales. A partir du moment où le PS s’engageait à détruire les fichiers juste après l’élection – ce qu’ils ont fait-, il était donc légal d’utiliser ces listes comme base pour ces fichiers.

Ensuite, quand bien même les socialistes auraient-ils eu des velléités inavouées de fichage, il est difficile d’imaginer, au vu de la relative faiblesse du nombre de votants par rapport au corps électoral (moins de 6 %), que l’on puisse en tirer une quelconque statistique sur les opinions politiques des 94 % des électeurs qui ne sont pas aller voter…. Cet argument du nombre de votants a pourtant été utilisé en boucle par l’UMP pour nous expliquer que ces primaires étaient un échec. On en est plus à une contradiction près.

Enfin, notons que dans certaines communes de droite, le fichage a bien eu lieu, mais pas dans le sens qu’on nous avait prédit. Car s’il est difficile de ficher les absents, il est en revanche très facile de le faire pour les présents, et de faire comprendre à tel ou tel agent communal qu’il s’expose aux pires ennuis s’il pointe le bout de son nez dans le bureau de vote…Tous les partis pratiquent cette forme de chantage: embauche municipale contre vote obligatoire et impératif. et la menace inverse.

Les primaires sont contraires à l’esprit de la constitution de la Vème République - ont martelé Henri Guaino, « conseiller spécial » du Président, et le Chef de l’Etat lui-même, qui a déclaré:
« La Ve République ne peut être l’otage des partis politiques et le candidat pris en otage par son parti, le général de Gaulle a voulu une élection à deux tours, pas à quatre tours« .

La encore, l’argument ne tient pas. Car si l’esprit de la présidentielle au sein de la Vème République se définit par la « rencontre d’un homme et d’un peuple », ne rencontre pas le peuple l’homme (ou la femme) qui veut; ce privilège n’est accessible qu’à ceux qui ont eu le bonheur d’être désigné candidat par un grand parti. Il est curieux de noter que ce même Sarkozy qui balaie d’un revers de main la république des partis, ait cru bon de prendre l’UMP au nez et à la barbe de Chirac; car il sait bien, à l’instar de tous ses prédécesseurs, que l’on ne peut être élu à la fonction présidentielle si l’on ne règne pas d’abord sur le parti, qui fait office d’écurie. Les partis, on peut le déplorer sans doute mais c’est comme cela, sont donc la clé de l’accession au pouvoir; et quitte donc à ce que les partis désignent leur candidat, quel mal y a-t-il à ce que ce processus soit démocratique plutôt que césariste ? A ce que les Français choisissent vraiment ceux qui pourront venir à leur rencontre, plutôt que de faire un choix par défaut parmi les candidats imposés par les médias et la cuisine politique des partis, justement ?

Et, quand bien même y aurait-il du vrai dans l’affirmation comme quoi ce processus des primaires est contraire à l’esprit de la constitution de la Vème République, ne pourrait-on pas élever le débat, en remarquant que, dans ce cas, c’est peut-être la constitution de la Vème République, qui porte encore l’empreinte de la Monarchie Française millénaire, qui est contraire à l’esprit de notre maturité démocratique nouvelle ? Peut-être serait-il enfin temps de passer à une VIème République ?

Les primaires ont mis en évidence les contradictions internes fortes du PS, qui n’a donc aucune cohérence, a assené, notamment, l’inénarrable Jean-François Copé: ainsi donc, le PS serait écartelé entre les idées « bolchéviques » (sic) d’Arnaud Montebourg (démondialisation, mise sous tutelle des banques) et la gauche prétendue molle de François Hollande.
Sans doute y a-t-il du vrai, ces fois-ci, dans ces affirmations. Pourtant, notons que le PS, au moins extérieurement, a réussi son unité: la Convention d’investiture du 22 octobre a vu l’ensemble des candidats malheureux à la primaire rangés derrière François Hollande; Arnaud Montebourg lui-même a reconnu qu’Hollande avait su intégrer ses idées, sans pour autant se renier. On attend avec gourmandise que l’UMP fasse une synthèse équivalente entre la Droite Populaire, qui lorgne vers le Front National, et les Centristes de la majorité, avec qui ils ne partagent presque aucune valeur. Si le PS est effectivement menacé d’implosion entre sa tendance réformiste et son aile révolutionnaire, l’UMP ne l’est pas moins, déchirée entre deux tendances incompatibles dont chacune est persuadée qu’il est nécessaire que ses idées prévalent pour que la majorité puisse l’emporter en 2012…

Le nombre des votants aux primaires ne représente 6% du corps électoral, 94% des Français ne se sont pas sentis concernés - petite phrase qui a permis à Jean-François Copé, encore lui, de s’illustrer en boucle sur les plateaux de télévision, et de s’y ridiculiser. Car, comme dit sa marionnette dans les guignols de l’info, on pourrait tout aussi bien dire que cela ne représente que 0,04% de la population mondiale… Il s’agit d’un scrutin inédit, où donc se trouve le point de comparaison pour juger qu’il s’agit d’un échec de participation ? Notons que le chiffre -presque 3 millions de votants- a dépassé les prévisions les plus folles, et écrase d’un bon facteur 10 les estimations les plus optimistes du nombre de militants d’un parti politique, quel qu’il soit – c’est donc bien que ces primaires ont su passionner les Français bien au-delà de la sphère politique.

Les médias ont été trop complaisants, on n’a parlé que du PS, au détriment de la majorité - ont répété à l’envi les ténors du parti majoritaire. S’il est vrai que dans ce pays les médias font hélas preuve d’une grande servilité envers les puissants (on pense à l’objectivité de M. Elkabbach, o{u à l’interview de complaisance donné par Claire Chazal à son ami DSK), couvrir les débats des primaires -événement sans précédent en France- relevait de la juste information. On serait d’ailleurs tenté de dire que c’est de bonne guerre, avec un Président de la République en perpétuelle campagne omniprésent à la télévision… L’UMP a doit exercé son droit de réponse médiatique, et l’a bien mal fait, au cours d’une Convention sur le projet socialiste: longtemps, l’UMP a reproché aux socialistes, non sans raison, de n’avoir que l’antisarkozysme en guise de programme; et maintenant, l’UMP se définit… par rapport au projet socialiste, et par des attaques personnelles déplacées envers François Hollande, candidat à peine intronisé; un Jean-François Copé déguisé pour l’occasion en Jean-Pierre Foucault, selon le mot amusant d’Arnaud Montebourg; une Nadine Morano plus hargneuse et plus approximative que jamais; le tout dans une parodie de jeu télévisé visant à chiffrer le programme socialiste. Sans doute ce projet pose-t-il beaucoup de questions quant à son réalisme et à son financement; fallait-il pour autant, en guise de réponse, ne faire que des additions et oublier les soustractions, c’est-à-dire comptabiliser les dépenses mais non les recettes, ce qui est un peu gênant lorsque l’on prétend donner des leçons d’orthodoxie budgétaire ? fallait-il pousser la caricature jusqu’à inventer des mesures jamais proposées par les socialistes ? Ce spectacle n’a fait que renforcer François Hollande dans l’opinion publique.

M. Copé aurait-il voulu torpiller ainsi la candidature de Nicolas Sarkozy à sa propre succession, qu’il ne n’y serait pas pris autrement. Sans doute les accusations à son égard de « jouer perdant » en 2012 afin de mieux réussir 2017 ne sont-elles pas totalement infondées… A se demander pour quelle raison le Président lui a confié les clés de son parti. Il faut pourtant comprendre la nervosité de M. Copé : l’idée des primaires à droite pour 2017 fait son chemin, et lui qui se voyait déjà « candidat virtuel » de l’UMP doit réaliser que dans une primaire ouverte, il est loin d’être acquis que l’amour du peuple de droite se porte sur sa personne…

D’accord pour des primaires en 2017, mais pas pour 2012, ont argumenté, le premier ministre en tête, ceux qui à droite sont plus ouverts aux primaires, mais ne veulent surtout pas qu’elles soient appliquées tout de suite. Et de mettre en avant les institutions américaines, dans lesquelles le Président sortant ne se soumet pas à une primaire. Pourtant, aucune loi, aucun argument de bon sens, ne vient au secours de cette idée. Au vu d’ailleurs des sondages calamiteux pour Nicolas Sarkozy, on peut d’ailleurs se dire que l’UMP aurait tout intérêt à prendre son courage à deux mains, et à se trouver un autre candidat pour 2012; de préférence avant le mois de Mars, date présumée de la déclaration de candidature de Sarkozy, car un candidat à la présidentielle ne se construit pas vraiment en deux mois…

En résumé: Ces primaires ont contribué à dépoussiérer notre démocratie. On peut certes s’interroger sur l’intérêt qu’il y a eu de faire signer aux votants une « charte des valeurs de gauche », détruite avec les listes après le scrutin, qui n’a pas empêcher ceux des électeurs de droite qui voulaient venir troubler le jeu de le faire, mais qui par contre a fait reculer nombre de Français non étiquetés à gauche mais tentés par l’expérience démocratique de la primaire; Les socialistes se sont en cela inspirés des primaires américaines, dans lesquelles on doit se déclarer sympathisant démocrate ou républicain. A quand des primaires dans chaque parti, pour lesquelles tout citoyen choisira librement de participer à une, plusieurs, toutes, ou aucune élection, sans avoir pour autant à s’affubler d’une étiquette politique ?

 


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