Mercredi 12 mai 2021

L’énergie à contre-courant

En rattachant le Ministère de l’Energie à celui de l’Industrie, le chef de l’Etat replonge la politique énergétique de la France dans l’obscurité. Jean-Louis Boorlo a été remercié et son successeur à la tête du Ministère de l’Ecologie…

…Nathalie Kosziusko-Morizet se retrouve le parent pauvre d’un budget sérieusement rabaissé dans ses prétentions. En forçant à peine le trait, on peut parler d’une certaine régression politique avec un retour en force des paradigmes traditionnels : l’indépendance énergétique de la France repose sur ce même socle de valeurs, qui a sous-tendu un demi-siècle de politique industrielle continue, indépendamment des alternances gauche-droite. La prise de conscience actuelle des implications sur le long terme pour la croissance que l’on croyait infinie de la production industrielle et de la consommation d’énergie qui en résulte ne semble pas davantage préoccuper le gouvernement en 2010.

Plus de 50 ans de dogmatisme industriel

Cet immobilisme remonte à des préoccupations fort anciennes ; après la guerre, les choix stratégiques de l’indépendance énergétique ont largement soutenu la reconstruction et le développement industriel. La priorité était donnée aux industries de base et aux biens de consommation. Un cycle apparemment vertueux devait découler de ces choix fondamentaux ; en consommant plus d’énergie pour produire plus, la société française recherchait avant tout une prospérité économique que l’on croyait durable. L’Etat, en se rapprochant étroitement de la décision énergétique, n’a fait que renforcer ces habitudes de croissance industrielle : le colbertisme, privilégiant l’indépendance, a sacrifié les choix écologiques au profit du nucléaire, en invoquant la priorité de notre bilan énergétique : le taux de dépendance énergétique est ainsi passé depuis les deux derniers chocs pétroliers de 90% à moins de 50% aujourd’hui. Ce bilan trompeur élude en réalité des constats alarmants.

Restaurer l’empreinte écologique de la planète

Le caractère fini de nos ressources ne préoccupe ni les industriels ni les politiques. L’épuisement complet de l’empreinte écologique de la planète a cependant donné lieu en ce début de XXIe siècle, à une prise de conscience généralisée, ce qui n’était pas le cas après la Guerre. Avec le changement climatique en cours et les ravages écologiques créés par notre société de consommation, on devrait s’interroger sur une politique énergétique liée à l’écologie et non à l’industrie ; on pourrait aussi se demander pourquoi le département ministériel de l’énergie n’est pas resté à l’écologie. Quelques pistes peuvent être ici évoquées :

- d’une part, les contraintes liées à l’internationalisation de l’économie dévoile une explosion des besoins énergétiques à l’échelle mondiale. La libéralisation des marchés de l’électricité n’invite pas à une remise en cause du modèle productiviste. Le rapport de la commission Champsaur en 2008 montre bien que, par un souci de transparence des tarifs, les principaux opérateurs du marché vont jouer la carte des coûts de production de l’énergie nucléaire ; ce faisant, toutes les options sont ouvertes pour atteindre les niveaux de capacité de production historique des centrales, y compris ceux liés à leur développement.

- de même, la France exporte de l’énergie nucléaire vers les pays voisins ; lorsque l’on pense que certains opérateurs ont les yeux braqués vers une intégration régionale des marchés de l’électricité au sein de l’Europe du Nord-Ouest (France, Allemagne, Benelux), il y a de quoi rester dubitatif quant à la volonté qu’a l’Etat de remettre en cause les bases du modèle énergétique français.

Il faut avant tout restaurer l’empreinte écologique de la planète. Les catalogues de bonnes intentions ne suffisent pas.

Les insuffisances du Grenelle et les alternatives écologiques

Dans ce domaine, certains experts ont bien résumé les lignes de fragilité du Grenelle de l’Environnement, qui tend à devenir un événement pionnier de l’efficacité énergétique : instance de concertation et d’action et fruit d’initiatives multiples, le Grenelle initié en 2007 est en fait privé d’une certaine valeur d’ensemble, débouchant plus sur une réussite formelle que sur des mesures porteuses de transformations plus profondes ; le Grenelle constitue avant tout un ensemble de mesures très nombreuses, qualitatives et quantitatives, dont un certain nombre ne font que mettre la France en accord avec la législation européenne. La loi Grenelle 2 du 12 juillet 2007 se veut plus opérationnelle ; c’est un texte d’application, de territorialisation et de mise en œuvre de chantiers majeurs où la politique énergétique de la France est directement impliquée dans ses volets d’application : le bâtiment et l’urbanisme, les transports ; on peut toutefois s’interroger sur la participation des collectivités territoriales à ce processus lorsque l’on sait que les finances locales sont en train d’exploser.

Pour passer au développement durable, à la décroissance choisie et raisonnée, l’ancien responsable de Greenpeace Bruno Rebelle propose une solution innovante : « une réforme en 3 D » de la politique énergétique de la France privilégiant la déconcentration des structures industrielles, la décentralisation des autorités de décision et la diversification des sources énergétiques avec une priorité d’investissement donnée aux énergies renouvelables. Ces choix ont le mérite d’être radicaux et ils affichent leurs déclinaisons sur un axe fondamental : les décideurs et les citoyens doivent aujourd’hui se demander si l’on doit pérenniser ou non notre civilisation industrielle dont la croissance actuelle est liée à la croissance de la consommation énergétique. Repenser notre modèle de croissance et privilégier la sobriété énergétique sont des questions incontournables mais à ce jour éludées par le gouvernement.

Crédits photos : Reuters 2010/Charles Platiau.



1 Commentaire

  1. Comments  Dole Ecologie   |  Mardi 25 janvier 2011 à 0 h 37 min

    Non, nous ne sommes pas passés de 90 % à 50 % de dépendance énergétique. L’uranium est aussi entièrement importé (du Niger, par exemple, pour parler d’un autre problème). Et tout le monde oublie quelque chose de très important : des villes à taille humaine où les transports deviennent minimaux.

Ajouter un commentaire




*

Devenez Rédacteur !

L'actualité politique vous intéresse ?
Vous avez un scoop, un combat, un projet, une analyse à partager ?



Il sera publié dans les 24h

Newsletter

L'inscription à la Newsletter mensuelle vous permet de rejoindre le réseau Écologie Démocrate


Les flux