Mercredi 12 mai 2021

Le prix de l’emploi en Allemagne

« Merkel peut nous remercier que nous ayons mis en place ces réformes ». C’est par ces mots que Gerhard Schröder, l’ancien Chancelier, a commenté la nouvelle du mois en Allemagne : le chômage est au plus bas depuis la réunification, avec moins de 3 millions de chômeurs !

Cette barre avait été franchie en novembre 2008, c’est-à-dire que l’emploi se porte mieux qu’avant la crise. De quoi faire rêver un gouvernement français aux abois.

Dialogue social et compétitivité, une efficacité éprouvée

L’Allemagne a bénéficié d’une excellente sortie de crise pour 3 raisons : les plans de relance en Europe ont d’abord servi l’économie allemande, structurellement exportatrice, qui a aussi bénéficié de la sortie de crise des économies émergentes ; la politique du chômage partiel avec réduction du temps de travail à court terme chez plusieurs millions de salariés a permis d’éviter les licenciements ; enfin une politique des ressources humaines intelligente dans la plupart des entreprises, faisant leur possible pour garder leur personnel qualifié pour ne pas être pénalisées pour la reprise.

C’est aussi le succès du système de négociations employeurs-salariés en Allemagne. A l’heure où la France a choisi de défiscaliser les heures supplémentaires, favorisant de fait les travailleurs intégrés sur le marché à l’emploi, l’Allemagne a réduit provisoirement le temps de travail.

Économiquement, l’Allemagne a trouvé la solution qui lui convenait et su profiter des erreurs de ses voisins qui ont cofinancé son redressement spectaculaire.

C’est surtout à une politique de long terme que le succès est dû : l’Agenda 2010 mis en place par la coalition rouge-verte de Schröder, pour autant critiquable soit-il, a réformé en profondeur les marchés du travail et de protection sociale en en améliorant la flexibilité. La réforme des retraites et celles de la santé ont permis dans le même temps de maîtriser les charges sociales payées par les employeurs. C’est donc par plus de flexibilité sur le marché du travail, une protection sociale plus durable et un coût du travail diminué que l’Allemagne a durablement su se placer sur la voie de l’emploi pour tous.

Un essor renforcé par le choix de l’Allemagne à l’époque de se tourner résolument vers les industries du futur (bio- et nanotechnologies, machines-outil de précision, technologies de l’efficience énergétique et énergies renouvelables).

Les défis de la démographie et du salaire minimum.

Une autre raison est liée à la démographie allemande : le nombre de personnes employables a pour la première fois diminué en 2010, le nombre de nouveaux retraités étant supérieur aux jeunes entrants sur le marchés du travail. Cette tendance va se prolonger et ne doit pas cacher un autre problème : le manque de main-d’oeuvre qualifiée.

Ce manque, jusqu’ici comblé en partie par l’accroissement d’activité des seniors (l’âge moyen de départ en retraite est de 63 ans) et des femmes, un emploi des jeunes en plein boom (le taux de chômage des jeunes est plus faible que celui du chômage), devra l’être de plus en plus par l’arrivée depuis l’étranger de ce personnel. Ce qui relance le débat actuel sur l’intégration et la volonté de pratiquer une immigration choisie, à la carte.

La baisse démographique en Allemagne est un enjeu majeur pour le maintien d’une économie compétitive.

Le chômage structurel de longue durée est un autre noyau qui pose des difficultés. Une frange mal formée, paupérisée, qui vit de petits boulots en temps partiel, d’aide sociale en travail au noir, pèse sur la société allemande, qui doit lui offrir des possibilités d’insertion et de formation.

Et c’est le dernier problème : l’Allemagne a connu une période longue de modération salariale, durant laquelle globalement les salaires ont peu augmenté. Le choix a été fait de l’emploi pour tous plutôt que du pouvoir d’achat pour les salariés les plus privilégiés, à l’inverse de la France.

La baisse du chômage va donner de l’eau au moulin aux syndicats qui demandent des hausses de salaire conséquentes pour 2011 : en effet leur rôle dans le redressement spectaculaire de l’Allemagne fut majeur, et il semble légitime que les salariés profitent de cet essor économique.

L’absence de salaire minimum est une grosse épine dans le pied qui montre à quel point le chemin est long : en effet, si le nombre de chômeurs diminue, celui des travailleurs pauvres augmente (phénomène qu’on retrouve aussi en France, cela dit). La question de la répartition des richesses est posée, à l’heure où les plus riches n’ont jamais été aussi riches, et notamment suite aux réformes de Schröder.

Le vieux modèle économique allemand, basé sur l’industrie et son puissant réseau de PME, a su prendre le chemin d’une économie moderne, adapté à la flexibilité de la société, pour permettre à chacun de travailler.

Il lui reste de nombreux défis qui, espérons-le, seront traités avec autant de pragmatisme que les précédents. Ce qui est loin d’être gagné.


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