Mercredi 12 mai 2021

Le plan Fillon compromet le modèle social français.

Le plan Fillon est d’abord un plan d’austérité.

On connaît les vertus du modèle français en temps de crise : par son système de redistribution, la France amortit avec moins de difficultés le choc des crises économiques…

les plus démunis bénéficiaient jusqu’alors d’un filet de protection efficace grâce aux revenus sociaux. On sait ce que le bilan du quinquennat Sarkozy a fait de ce modèle directement issu des assises du CNR, élaboré aux heures les plus sombres de l’Histoire de France : il le sacrifie au gré des injonctions des agences de notation, du FMI et du vent néo-libéral qui balaie toujours les économies capitalistes en cette période de crise financière.

 

Le plan de rigueur et d’austérité de François Fillon, salué de « courageux » par les parlementaires UMP, ne déroge pas aux sacro-saints principes d’orthodoxie budgétaire : c’est effectivement « l’un des budgets les plus rigoureux depuis 1945 » qui fait suite au précédent plan d’août 2011 : cette rallonge d’économies supplémentaires devrait permettre au gouvernement de dégager 6 à 8 milliards d’euros ; cette mesure a pour principal objet de rassurer les marchés financiers, depuis que l’agence de notation Moody’s a mis la France sur la sellette en la menaçant de lui supprimer son triple A :  privé en la matière de toute souveraineté substantielle dans un contexte de gouvernance budgétaire européenne bien discrète, l’Etat français a peu de temps devant lui pour calmer les inquiétudes de ses créanciers ; la dette souveraine du pays représente pas moins de 87% du PIB, soit près de 1800 milliards d’euros ; rivés à un choix politique de modèle de croissance productiviste, les dirigeants auront par devers eux des marges de manœuvre bien faibles pour mettre ce budget en équilibre : les prévisions de croissance ont en effet été revues à la baisse pour 2012, passant de 1,75% à 1%. Certains milieux autorisés n’hésitent d’ailleurs pas à parler d’une possibilité réelle de récession pour l’économie française ces prochains mois.

Les ménages payent la crise au prix fort.

En réalité, ce sont les ménages, ceux des classes moyennes et des classes populaires qui vont faire les frais de ce plan d’austérité. Les plus riches (retraités aisés, épargnants …) seront une fois de plus mis à l’abri de ces mesures injustes car ils constituent le principal fonds électoral de la droite. Ce plan va ainsi avoir de vraies conséquences sur les revenus des ménages et accélérer au passage la réforme des retraites : par exemple, avec le gel du barême de l’impôt sur le revenu, des dizaines de milliers de foyers vont, par le jeu de l’inflation, basculer dans la première tranche d’imposition et perdront au passage le bénéfice de certaines aides sociales. Qu’on ne s’y leurre pas ! L’impôt sur le revenu va augmenter par le bas alors que des niches fiscales injustes seront maintenues. Autre conséquence pour le porte-monnaie : la hausse de la TVA, réduite, de 5,5 à 7% dans le domaine  des livres, de la restauration et des transports en commun : les prix vont ainsi augmenter partout. Privilégiant l’austérité à l’investissement et à la relance de l’emploi, ce plan va exercer des effets très négatifs sur l’économie réelle de la France ; le secteur de l’artisanat et des TPE-TPI sera par exemple particulièrement visé : le secteur devrait rapidement enregistrer une perte de 1 milliards d’euros.

Cependant, il y a peut être plus grave : le comble de la perfidie risque d’être atteint avec la désindexation partielle des prestations sociales. Jusqu’à présent, le montant des retraites, des allocations familiales, des minima sociaux ou des aides au logement étaient indexées sur l’inflation. Le gouvernement veut désormais s’interdire d’augmenter ces dépenses plus vite que le PIB et ainsi les ménages vont faire directement les frais de l’inflation à venir, sans compter un coup de rabot supplémentaire d’environ 500 millions d’euros sur les dépenses d’assurance-maladie.

Les élites politiques ne donnent pas l’exemple.

A rebours de ces mesures, il faut au contraire améliorer le modèle social français et non pas le supprimer car ce dernier a pour vertu principale d’amortir le choc de la crise. Hélas, à défaut de donner l’exemple, les élites installées au plus haut sommet de l’Etat ne donnent pas le meilleure illustration de la rigueur : la suite royale de Nicolas Sarkozy aura ainsi coûté la bagatelle 37 000 euros la nuit à Cannes à l’occasion du sommet du G20; le coût hebdomadaire du transport de François Fillon dans la Sarthe lorsqu’il doit rejoindre sa résidence personnelle en avion est de 21 000 euros. Nos élites n’assurent donc plus la promotion de l’équité et de la justice sociale ; l’alternance de 2012, grâce à ses nouvelles équipes dirigeantes, devra y remédier en profondeur.


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