Lundi 10 mai 2021

Le mirage de l’austérité

Après avoir opté pour de bien timides plans de relance de l’économie, les gouvernements européens annoncent désormais, les uns après les autres, des plans d’austérité budgétaire plus ou moins drastiques:

baisse de salaires des fonctionnaires, report de l’âge de départ à la retraite, diminution des prestations sociales, hausse de la TVA, etc.

L’objectif affiché est un retour à court terme des déficits budgétaires sous la barre des 3% du PIB, voire pour les plus ambitieux, l’équilibre budgétaire afin de pouvoir envisager une résorption des dettes publiques, une fois la crise passée et la croissance revenue.

Prises en pleines crise économique, ces mesures d’austérité risquent paradoxalement, au mieux d’être inopérantes au pire d’aboutir à l’effet inverse sur les comptes publics. Soumises directement aux aléas de l’activité économique, les recettes publiques baissent en effet mécaniquement alors que les dépenses sociales augmentent; ce qui avait conduit la politique d’austérité et de déflation de Hoover, en quête d’un impossible équilibre budgétaire, à la spirale de la Grande Dépression. Aussi, interviewé dans les colonnes du Monde, du 22 mai 2010, Joseph Stiglitz, nous met-il en garde contre cette tentation: «Et aujourd’hui, elle [l'Europe] veut un plan coordonné d’austérité. Si elle continue dans cette voie-là, elle court au désastre. Nous savons, depuis la Grande Dépression des années 1930, que ce n’est pas ce qu’il faut faire.»

Les ministres des finances européens se sont en effet réuni à huis clos, le 21 mai dernier, pour renforcer les règles de discipline budgétaire et élaborer un système de soutien aux pays européens aux finances fragiles. Les propositions discutées lors cet embryon de « gouvernement économique » de la zone euro dessinent sans équivoque un plan coordonné d’austérité qui tait encore son nom: examen en amont des projets de budgets nationaux, suspension des subventions européennes ou même privation temporaire du droit de vote pour les Etats qui ne respecteraient pas les contraintes budgétaires du pacte de stabilité, et même possibilité de mettre en faillite et d’exclure de la zone euro un Etat trop endetté comme le souhaiterait l’Allemagne.

Il s’agit pour l’Europe de revenir au respect rigoureux du pacte de stabilité, que la crise économique a fait voler en éclats, afin de contrer la baisse de l’Euro, jugée néfaste. Un jugement que ne partage justement pas Joseph Stiglitz: « C’est la meilleure chose [la baisse de l'Euro] qui puisse arriver à l’Europe. C’est à la France, et plus encore à l’Allemagne qu’elle profitera le plus. Mais la Grèce et l’Espagne, pour qui le tourisme est une source de revenus importante, en seront également bénéficiaires. »

Crédit photo: European Parliament


Ajouter un commentaire




*

Devenez Rédacteur !

L'actualité politique vous intéresse ?
Vous avez un scoop, un combat, un projet, une analyse à partager ?



Il sera publié dans les 24h

Newsletter

L'inscription à la Newsletter mensuelle vous permet de rejoindre le réseau Écologie Démocrate


Les flux