Mercredi 12 mai 2021

Le foot: seulement un jeu ?

La classe politico-médiatique française est-elle totalement vampirisée par le foot ?

 

Au delà des clivages politiques, rendons grâce ici aux quelques hommes politiques, ultraminoritaires, qui ont eu le courage de refuser la subordination de la politique à l’hystérie collective:

Jean-Luc Mélanchon, gêné par le spectacle des « smicards applaudissant des millionnaires« ; François Bayrou, pour qui on « en fait trop » avec le football en France, qu’il y a  »trop de communication et trop d’argent« ; Martin Hirsch, dont la courageuse intervention, qui résume bien le malaise, mérite d’être citée quasiment in-extenso: « Il faut donner aux jeunes d’autres passions, pas la passion de s’identifier à des stars ». « Quand tout d’un coup on est dans une émission politique publique où on parle de pauvreté, et qu’on vous demande qui vous mettriez comme avant-centre etc. et qu’on se croit obligé de répondre , je trouve ça assez ridicule ». « Je n’aime pas la récupération du foot (…). Je trouve que c’est un jeu, mais à partir du moment où ce n’est plus un jeu, où ce n’est plus le ballon qui compte mais les responsables politiques qui font des commentaires d’un côté, et de l’autre l’argent qui circule, je trouve qu’il ne faut pas prendre ça au sérieux ». Mais la médaille du courage politique en la matière revient peut-être, étonnamment, au ministre de la culture, Frédéric Mitterand, seul à oser s’attaquer au mythe de la France Back-Blanc-Beur de 1998, dans une interview qui a eu curieusement peu de retentissement médiatique: : « Aujourd’hui, explique-t-il en substance, on a perdu, alors on montre du doigt cette équipe métissée; en 1998, on avait gagné, et cette équipe était le reflet de la France; dans les deux cas, c’était faux ».

Osons une insolence inouïe: et si l’identité nationale française allait se nicher ailleurs que dans le football ?
Si nous savions redonner un peu de fierté intrinsèques aux peuples, par l’exemplarité de leurs démocraties, l’équité de leurs lois, la richesse de leurs cultures, le tout mis en valeur et transmis par une éducation de qualité, alors le foot pourrait peut-être redevenir ce qu’il n’aurait jamais dû cessé d’être: un jeu. Comme peut l’être le tennis: lorsque Roger Federer se fait éliminer, il sert de bon coeur la main de son adversaire, on en parle un peu autour de la machine à café, les Suisses sont un peu déçus, et puis la vie continue. N’est-ce pas là la juste place d’un sport – fût-il universel ?
On note que les deux pays finalistes de 2006, la France et l’Italie, aujourd’hui éliminés au premier tour, sont précisément ceux qui se sont dotés de gouvernements « néo-conservateurs » à l’intégrité contestée, sur le mode « faites ce que je dis, pas ce que je fais ». D’aucuns y voit un lien de cause à effet: les équipes de France et d’Italie seraient le reflet, respectivement, du sarkozysme et du berlusconisme. A moins que cela ne soit l’inverse, et que la France de Sarkozy soit tout simplement à l’image de son équipe de football: ayant perdu le sens des valeurs et de la décence, sans pain à offrir au peuple, elle a essayé les jeux. Mais cela n’a pas marché. Est-ce un désastre national ? ou au contraire, une opportunité d’ouvrir les yeux sur les vrais problèmes et de retrouver une fierté d’être français qui doive plus à notre riche passé qu’au ballon rond ?

 


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