Mercredi 12 mai 2021

Le cri des économistes

« Travaille et tu seras récompensé. » Cette promesse du système économique occidental, est remise en question de manière de plus en plus structurée. Et c’est un Revenu Maximum Autorisé qui permettrait paradoxalement de la préserver.
Des figures mondiales comme le Prix Nobel Joseph Stieglitz, des organismes de référence comme l’OFCE ou des cercles de chercheurs CNRS comme les Économistes Atterrés élaborent, avec la même crédibilité que les monétaristes dans les années 80, une déconstruction systématique et argumentée de l’élan originel du libéralisme.

A l’origine de cette réflexion, les ruptures qui ont commencé à se produire à partir des années 80′. Celles-ci ont conduit en 2010 à la fissure du système social institué après guerre. Alors que les Trente Glorieuses avaient vu, après la remise à zéro de la Grande Guerre, l’enrichissement collectif et constant des pays occidentaux avec un écart de revenus stabilisé autour d’un indice de 40 et un recul du taux de pauvreté, un tournant s’est produit dan s les années 80′.

On a observé au début des années 80′ de manière concomitante :

- une inversion de la relation entre l’augmentation constante du PIB et la diminution du taux de pauvreté

- un décrochage de l’évolution de l’Indice de Progrès Véritable de celle du PIB

- une augmentation rapide de l’écart de revenus qui atteint aujourd’hui un indice de 130

- un déséquilibre de la répartition des richesses produites vers le capital au détriment du travail

- aux Etas-Unis, un arrêt du taux d’imposition élevé des hauts revenus sous l’administration Reagan

Le paradoxe pourrait s’ennoncer ainsi : la promesse de progrès individuel selon la formule « si tu veux, tu peux » aboutit, au bout de trois ou quatre générations, l’argent appelant l’argent, à l’explosion des inégalités, aux rentes de monopoles et à la situation contraire : « si tu veux, tu ne peux plus ». L’écart de revenus dans une société est une question non pas économique, mais éminemment politique. Dans quelle société souhaitons-nous vivre ? Une société solidaire, équitable, où l’essentiel est garanti pour chacun ? oui, et où il existe un espace pour les rêves individuels de progrès aussi…

Le principe proposé par les économistes et certains élus européens, est celui de fixer les écarts nationaux à un indice donné entre le revenu minimum et un revenu qui serait déterminé comme maximum (Revenu Maximum Autorisé), stock options, retraites et dividendes compris. Cette mesure est bien applicable au niveau national car c’est le niveau du marché des dirigeants. L’indice le plus consensuel se situerait autour de 40 fois le revenu minimum dans la mesure où c’était l’écart qui s’était installé de manière stable pendant les trente glorieuses. Et c’est aussi un écart suffisant pour permettre de rêver… Comme le montre l’expérience américaine, il est possible de taxer à plus de 80 % en moyenne, voire même à 91 %, les revenus supérieurs à 1,5 millions en euros d’aujourd’hui, ce qui fût le cas de 1932 à 1980, soit pendant un demi siècle, sans pour autant entraver la fameuse « liberté du marché ».

Fixer les écarts de revenus est une mesure à triple portée : sociale, écologique et politique. Sociale car elle permet de financer, par l’impôt, mais aussi par la création d’emploi, la disparition durable de la grande pauvreté qui grandit dans les pays occidentaux, écologique car elle rappelle que la richesse ne peut être déconnectée, contrairement à la spéculation, des ressources naturelles qui fondent l’économie réelle, politique car elle donne un sens à la démocratie en fixant les écarts acceptables dans la collectivité, tout en permettant aux rêves de développement individuel de se matérialiser. Nous savons de plus qu’elle n’a pas de conséquence économique préjudiciable : l’expérience pendant 50 a ns des États Unis, ou plus récemment les études économiques, montrent que l’arrêt de la surenchère des rémunérations des dirigeants permettra aux petites entreprises d’attirer aussi les meilleurs pour se développer et, aux grandes, d’investir dans l’emploi.

À lire : Thomas Piketty, Il faut taxer fortement les très hauts revenus, Alternatives Économiques

Pascal Kempf, Le Monde Diplomatique

Manifeste des économistes atterrés



1 Commentaire

  1. Comments  RSC   |  Samedi 27 novembre 2010 à 8 h 08 min

    http://www.larevuedurable.com/editions/36.1.php
    très structuré. Et réaliste.
    Appuyé par Tim Jackson (professeur de développement durable ; dirige le groupe de recherche Styles de vie, valeurs et environnement (Resolve) à l’Université du Surrey, Royaume-Uni ; commissaire à l’économie à la Commission britannique du développement durable)

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