Mercredi 12 mai 2021

La taxe financière de Nicolas Sarkozy

L’intégration économique et financière de l’Europe peut faire songer à l’Arlésienne de Bizet : on parle souvent beaucoup d’elle, elle se laisse généralement désirer, mais on ne la voit jamais venir.

Par delà les séductions électoralistes et populistes de certains de ses dirigeants, alors qu’une concertation européenne  qui répondrait aux attentes de ses peuples reste largement en panne, la honte laisse bien souvent la place au silence à Bruxelles, mais dans leur outrecuidance, force est de constater que tous les chefs d’Etat n’ont pas cette humilité. Alors que l’Europe, qui a bien du mal à faire avancer ses dossiers d’une voix unanime et efficace, reste toujours suspendue aux échéances électorales des grandes puissances qui la constituent, une voix bien solitaire et intéressée s’élève dans ce marasme politique général, celle de la France en la personne de Nicolas Sarkozy. A l’inverse des fonctionnaires européens, qui font silencieusement et d’une manière un peu hypocrite acte de contrition devant leur impuissance à régler les problèmes qui normalement devraient leur incomber, les propos de Nicolas Sarkozy, eux, sont toujours aussi tonitruants, pour ne pas dire démagogiques : Nicolas Sarkozy a désormais le projet, après la TVA sociale, d’une taxation sur les transactions financières (TTF), pour contribuer à rétablir les finances publiques nationales.

 

Cette manière très biaisée de parler à l’Europe et au monde entier pour traiter du cas particulier français, tout en complaisant par là-même à l’électorat qui lui reste encore fidèle, n’est pas nouvelle chez Nicolas Sarkozy. Totalement acquis à l’idée de faire accélérer son calendrier électoral pour mieux couper l’herbe sous le pied dans ce domaine à son adversaire n°1, François Hollande, le président de toutes les contradictions s’en prend désormais à la finance mondiale : dans son impuissance manifeste à « moraliser le capitalisme », Nicolas Sarkozy n’a pas trouvé de meilleure idée que de reprendre à son compte l’idée lancée en 1972 par le prix Nobel d’économie américain, James Tobin. Initialement destiné à reverser son produit en direction des pays en développement, ce projet reste le fer de lance de l’ONG Attac, mais ses buts ont été totalement dévoyés par le président français. La taxation sur les transactions financières, si elle est susceptible de rapporter quelques centaines millions d’euros dans les caisses de l’Etat, ne peut en fait être efficace que si elle est appliquée à un échelon global, européen, voire mondial.

La taxe Tobin consiste en fait à appliquer un faible prélèvement (dans le cas présent 0.01 %, à l’exception des obligations pesant sur le marché de la dette publique, très sensible aux turbulences de la zone euro) sur les transactions monétaires internationales, voire sur toutes les transactions sur les marchés financiers (bourse, marché obligataire, marchés dérivés…). Si la chancelière allemande Angela Merkel a affiché le 9 janvier 2012 à Berlin le principe d’une taxe sur les échanges financiers, la précipitation électoraliste du gouvernement français est restée largement contre-productive. Mettre son principal partenaire européen devant le fait accompli est une posture tout aussi nuisible car la montagne court en fait le risque d’accoucher d’une souris. Le projet est en effet inefficace s’il se fait seul. En prélevant 0,1% de toutes les ventes d’actions et d’obligations et 0,001% des autres échanges de produits financiers, la taxe représente un manque à gagner pour les investisseurs. Les banques, fermement opposées à tout projet de taxe, menacent de délocaliser leur activité de trading ; mais si la taxe ne s’applique qu’en France, les services financiers quitteront Paris au profit de Londres. Le problème est donc de taille : la cité anglaise, plus grosse place financière européenne, est opposée à tout projet. Or même sans l’adhésion du Royaume-Uni, les pays qui souhaiteraient mettre en place la taxe devraient obtenir sa coopération, afin que la City ne fasse pas tout pour récupérer l’ensemble des services financiers européens. Censée rentrer en application le 1er août 2012, la TTF est en réalité beaucoup plus modeste que ses ambitieux principes de départ : avec une menace conséquente de délocalisation de ses transactions financières, le remède paraît ainsi pire que le mal.

 


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