Mercredi 12 mai 2021

La fin de l’Histoire (bis)

C’est l’histoire d’une guerre mondiale pour les ressources naturelles. C’est ce que montre l’analyse des programmes d’armement des BRICs.

Pour Marx, la fin de l’Histoire devait advenir avec la prise du pouvoir du prolétariat, elle risque en fait de se faire tout simplement par la guerre armée, globale. Cette conséquence ultime de la mondialisation transparaît de manière flagrante par l’analyse des programmes d’armements des BRICS, le club des puissances émergentes, futures puissances mondiales. A l’opposé de la situation du monde occidental « classique » où les États touchés par la crise économique rognent sur leur budget de l’armement, les BRICs s’arment dans des proportions remarquables. Ils justifient implicitement cet état par le besoin de concrétiser une position mondiale, que l’Occident leur a refusé depuis des siècles, mais de manière plus pragmatique. Affuteraient-ils leurs lames en prévision de futures guerres énergétiques ?

Les budgets de l’armement explosent partout sauf en Europe

Le budget officiel Chinois de l’armement est  devenu en quelques années supérieur à 160 milliards d’euros, soit plus de quatre fois celui de la France. Du côté russe, Vladimir Poutine avait dans ses cartons, avant même sa ré-élection, la mise en place d’une agence très fortement financée dont l’objectif est la réactivation du complexe militaro-industriel russe, avec à la clé le lancement de programmes structurants. En réaction, tout l’Asie du Sud Est est sur le qui-vive. La Malaysie  accélère la modernisation de ses flottes marine et sous-marine, le Viet-Nam cherche de manière active à nouer des relations industrielles entre son industrie de l’armement et celles du monde occidental. L’Indonésie profite d’un certain renouveau économique pour moderniser une armée un peu vieillissante quant à ses structures, la Corée se dote de destroyers surpuissants de conception américaine.

La réaction de l’Inde à cet état de fait est superlative. Elle investit des sommes qui donnent le vertige dans la revitalisation de son complexe militaire industriel, elle vient d’acquérir un porte-avion, des sous-marins de frappe nucléaire modernes dotés de missiles de conception indienne et ce n’est pas fini. Un deuxième porte-avion est probable. A ce sujet la Chine vient de recevoir le sien. De l’autre côté du globe le Brésil, annonce clairement la couleur, en souhaitant se doter d’une flotte d’aéronefs de quatrième génération de type Rafale, il souhaite se doter de porte-avion, bâtiment de projection,…bref d’une flotte complète plus dimensionnée à terme que la flotte française. Aujourd’hui quelques états dans le monde sont capables de se doter de missiles balistiques, potentiellement nucléaires, ils seront plus de 30 dans moins de quinze ans.

Pendant ce temps, le monde Occidental, directement touché par la crise, est forcé de diminuer ses budgets de l’armement. Plus de 300 millions ont été économisés dans la marine française en 2011 et la tendance va s’amplifier en 2012, David Cameron a renoncé à la possession d’un second porte-avion par la Grande-Bretagne dont la conception est pourtant lancée. Celui-ci sera vendu à peine produit. Incapable de s’entendre entre eux pour mettre en commun leurs ressources, les Etats européens font le choix non assumé de réduire le format de leurs armées, et donc le risque de peser moins que de par le passé dans les futurs tournants politiques mondiaux. Sans changement de cap radical sur ces sujets, c’est la fin annoncée de l’Histoire du monde Occidental.

Course à l’armement ou course à l’énergie ?

De manière officielle, le Brésil souhaite s’armer pour protéger ses ressources pétrolières offshore, et prévenir toute tentation de ses voisins de vouloir leur discuter ces ressources. L’Iran continue de diversifier la production d’équipements militaire de conception iranienne exclusive, souhaitant devenir à terme complètement autonome de tout support russe ou chinois pour se protéger d’une agression Occidentale.

Du point de vue iranien, les velléités d’invasion de l’Iran par l’Occident qui resurgissent occasionnellement peuvent apparaître comme une vue sur les ressources énergétiques fossiles iraniennes.

Du point de vue de la Chine, l’un des faits impliquant sa montée en puissance militaire sur la scène internationale militaire, ces dernières années, est relative  à la recrudescence des actes de piraterie dans l’Océan indien, et dans le Golfe. A cette occasion la Chine a senti ses approvisionnements menacés, et plus largement son commerce et s’est vue obligée de s’impliquer militairement dans le maintien de l’ordre dans cette région. Elle ne fait aujourd’hui qu’amplifier cette politique dans l’Océan Indien, la mer de Chine, le Pacifique. L’Inde qui ne dispose pas de ressources énergétiques en propre, suffisante à son développement est sur ce point de vue dans une position indentique à celle de la Chine. Elle s’arme également en conséquence.

Mais pour ces deux États, l’importance de l’effort militaire, apparaît disproportionné dans  un contexte défensif strict, et il suggère de le questionner sur un plan plus impérialiste…les ressources énergétiques diminuant, il va falloir se doter des moyens d’aller les chercher partout où elles sont,  d’autant plus que  pour ces états, dont les besoins sont colossaux… Force est de constater que ces pays, et plus globalement les BRICS souhaitent revenir sur le devant de la scène politique mondiale en basant leur puissance sur une croissance économique forte, elle-même fondée par l’emploi des énergies fossiles. Le monde Occidental actuel envisage quant à lui, avec des maturités différentes selon les États le recours à l’innovation pour acquérir des énergies nouvelles, alternatives.

En fait, il semblerait qu’il y ait une corrélation pour les États entre le désarmement, ou tout du moins le non armement et l’investissement sur les énergies renouvelables du futur pour une part, et l’armement extrême combiné au recours aux énergies fossiles d’autre part. Si cette corrélation est avérée, il apparait que l’avènement d’une pensée politique à la fois écologiste, qui dénonce l’insuffisance des ressources énergétiques, et humaniste, centrée sur l’Homme et soucieuse d’alerter et de prévenir les risques de conflits mondiaux devient une absolue nécessité. En d’autres termes, les Européens peuvent être amenés à rentrer le jeu des conflits armés globaux, dans lesquels ils ne sont plus suffisamment armés, sauf à mettre en avant une nouvelle idéologie écologiste.

Pour conclure, à l’heure des restrictions énergétiques mondiales, chaque État cherche à assurer son avenir, ses approvisionnements. Cette logique semble conduire au surarmement, particulièrement flagrant pour les BRICS, mais moindre dans le monde Occidental et surtout Européen. A plus d’un titre les Occidentaux sont sur le point de sortir doublement de ce jeu. Ils n’ont plus les moyens financiers de tenir leur rang sur le plan politico-militaire, et en plus ils tardent à enclencher la révolution énergétique. La fin de l’Histoire Occidentale…


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