Mercredi 12 mai 2021

EPR de Penly : vous avez dit débat public ?

Le réacteur EPR de Penly sera, après le site de Flamanville, le deuxième en France. Nous nous trouvons actuellement dans la phase de débat public, et de nombreux cahiers d’acteurs sont lisibles sur le site du débat public.

Il semble cependant bien, que, concernant l’EPR de Penly, les dés soient déjà jetés.

(photo : Sarkozy en 2008 expliquant aux salariés du site que c’est déjà plié).

Il suffit de jeter un oeil au cahier d’acteur de la Société Francaise d’Energie Nucléaire, qui porte un éclairage intéressant sur la filière. Il est intitulé « 5 raisons de l’approuver ».


Une absence de choix possible…

 

Ce cahier est en ce sens instructif qu’il démontre que malheureusement Penly devient obligatoire. En lisant le cahier d’acteurs du groupe Vert au Conseil Régional de Haute-Normandie, on sent la même résignation.

Les 4 arguments de la SFEN empêchant tout choix sont les suivants :

1) l’insuffisance des économies d’électricité en France.

2) le développement des renouvelables trop peu rapide.

3) l’impossibilité au titre des engagements CO2 de produire de l’électricité fossile.

4) la difficulté d’importer de l’électricité bon marché.

Tout ceci est exact et l’analyse fine. Attardons-nous donc sur ces 4 points.

… due à une politique uniquement centrée sur le nucléaire

Les points 3) et 4) sont exacts, même si la réalité est fausse. En France, à ce jour, on construit beaucoup de petites unités au gaz, car le parc nucléaire voit sa production diminuer (cet hiver, 18 réacteurs sur 58 étaient à l’arrêt pour révision, panne ou rechargement de combustible). L’absence complète de flexibilité du parc nucléaire rend obligatoire la présence de centrales thermiques pouvant réagir aux pics de production. Alternativement, nous sommes aussi obligés d’importer de l’électricité, d’Allemagne et de Suisse notamment.

Les points 1) et 2) sont intéressants car ce sont en effet les deux solutions aux problèmes évoqués par les points 3) et 4).

Il est de bon ton de rappeler l’insuffisance des économies d’électricité en France, quand dans le même temps c’est justement sa consommation qui : a été écartée des accords Grenelle ; n’était pas imposée par la taxe carbone (alors même que les pics de production consomment du CO2) ; dépend d’un prix de l’électricité faible car les coûts (recherche, investissement, retraitement) de la filière nucléaire ont été payés par le contribuable et ne sont pas amortis sur la facture EDF. Dans ce contexte, et en l’absence d’un signal prix fort, alors même que l’électricité francaise est la moins chère d’Europe, difficile d’inciter à consommer moins.

La situation concernant les renouvelables est elle-même catastrophique : alors même que les allemands ont fait passer le renouvelable de 3% à 16% de la production d’électricité en 10 ans (suite au choix d’abandonner le nucléaire), la France connait une évolution très faible. En effet, les législations, par exemple pour installer une éolienne, se durcissent. Du plus, les investissements publics continuent de se porter sur la filière nucléaire. Rien n’a été fait en France pour développer les renouvelables. Aucun acteur majeur du secteur dans le monde n’est francais.

Une stratégie claire : empêcher toute alternative pour imposer une solution

On peut donc aisément soupconner la filière nucléaire, au vu des points 3) et 4), d’avoir, à l’aide d’un surpuissant lobbyisme combiné EDF-AREVA-CEA , imposé les points 1) et 2) pour mieux proposer sa solution, c’est-à-dire l’obligation de réinvestir dans le nucléaire et présenter l’atome comme solution unique aux besoins francais. Comment se rendre indispensable en supprimant tout le reste…

Ce débat public est un débat sans alternative, à la francaise, où nous sommes dos au mur, à être obligés de construire un EPR, sans savoir notamment ni son prix définitif (au vu des problèmes à Flamanville et en Finlande) ni qui payera.

Il ne s’agit pas, pour les écologistes démocrates, de nous opposer systématiquement au nucléaire, mais bien à une politique unidirectionnelle en termes de choix énergétiques. Il est plus que temps de s’engager dans la réflexion énergétique en France, en termes d’alternatives au pétrole et au nucléaire, faute de quoi nous serons face à d’autres « débats » de ce type, probablement plus douloureux.

 


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