Mercredi 12 mai 2021

Egypte, Libye, quand le pétrole est devenu une drogue

Il a suffit de soulèvements populaires en Egypte et en Libye pour faire flamber les prix du pétrole. Pourtant, la Libye n’est que 17è producteur mondial de pétrole avec 2% de la production mondiale en 2007.
L’Egypte est le pays par lequel transitent 5% du pétrole mondial via le canal de Suez.

Depuis les événements nord-africains, le prix du baril de pétrole est pourtant passé de 80 à plus de 100$. C’est clairement le signe que nous sommes dans une situation de tension extrême sur la production de pétrole d’une part, et que les risques d’embrasement social de la région sont importants (en Algérie, Iran,
voire pourquoi pas Arabie Saoudite ?). La montée des prix des produits pétroliers qui s’ensuivra en Europe nous montre à quel point l’Europe est droguée au pétrole, comme nous l’avons plusieurs fois rapporté sur notre blog .

La montée inéluctable du prix du pétrole : un risque majeur pour l’Europe

Le pic pétrolier, qui est le moment où la production de pétrole ne peut plus augmenter, est une réalité géologique et physique . Cette réalité transforme la moindre des tensions internationales sur un producteur d’or noir en une poussée violente des prix à la hausse. Aucun producteur, hormis marginalement l’Arabie Saoudite, ne peut plus remplacer la production défaillante d’un pays en crise ou choisissant de garder son pétrole pour sa consommation intérieure.

Les conséquences pour l’Europe sont d’ordre économique, social et politique. Du point de vue économique, l’inflation du prix de l’énergie casse la
croissance économique, dans la mesure où 95% des industries et services ont besoin d’hydrocarbures pour leur chaîne logistique, leurs productions, le chauffage de leurs bureaux, les transports de leurs salariés. L’augmentation des prix a une répercussion immédiate sur les marges et, à moyen terme, elle est un facteur majeur de chômage. Les pans de l’économie vivant du pétrole peu cher tombent les uns avec les autres.
Du point de vue social, l’inflation pétrolière a un impact majeur sur le pouvoir d’achat des Européens, qui se chauffent au fioul ou tout simplement prennent leur voiture pour aller travailler. Cette baisse du pouvoir d’achat contrainte ajoutée à l’impact de la baisse de l’activité économique, renforcée par le fait que les ménages vont se priver d’autres biens et services pour financer leur énergie, est une bombe sociale.
Du point de vue politique, les nouveaux slogans populistes devraient exploiter ce filon. Ainsi, un candidat promettant une baisse des taxes sur le pétrole afin de maintenir les prix bas aurait l’écoute de l’électeur. Mais cette mesure priverait l’Etat des ressources nécessaires à entamer le changement de structure de la société indispensable pour entrer dans le monde post-pétrole, tout en ne réglant pas le problème, qui est physique.

Face à cette situation explosive, que font les gouvernements européens
pour entamer leur cure de désintoxication ?

Un sevrage doux ou à marche forcée

Là où le prix du pétrole évolue en temps court, l’adaptation de la société nécessite 20 à 30 ans. Si le prix du pétrole peut augmenter de 20% en un mois, la capacité de l’économie, des ménages et finalement de chaque individu de diminuer sa consommation de produits pétroliers de 20% en un mois est proche de
zéro. Il est tout autant impossible aux industriels de produire dans ce laps de temps court des produits moins énergivores.

Certains intellectuels comme Alain Grandjean ou le think tank The shift project défendent une actiond’accompagnement en douceur de la hausse inéluctable des prix des produits pétroliers, y compris en administrant les prix. Une politique visant à adapter les taxes pour ainsi faire monter progressivement les prix à la pompe et de manière annoncée à l’avance. Parmi les mesures préconisées, on peut citer : + 10 centimes par an pour l’essence pendant 20 ans, idem pour le fioul et l’électricité, l’augmentation des droits de douane sur les produits consommant beaucoup d’énergie… afin de donner une vision à long terme aux agents
économiques pour s’adapter et lutter contre lutter contre les mouvements erratiques des prix accentués par la spéculation.. En effet, il est nécessaire d’effectuer des transformation profondes dans nos équippements : isolation des bâtiments, relocalisation des productions, changements des modes de transport, refondations urbaines, énergies renouvelables. Une telle taxe carbone modulable serait basée sur le modèle de la TIPP flottante mise en place par Lionel Jospin en 1997.

La transformation écologique de nos équippements et outils deproduction demande des investissements collectifs considérables. Si l’Europe a réussi à créer un fonds pour sauver ses banques, elle peut le faire pour financer ces changements profonds à l’aide des crédits accordés aux entreprises et aux particuliers. Il est donc indispensable que les Etats et l’Union Européenne accompagnent cette adaptation, notamment en utilisant le produit des taxes carbone pour financer oucofinancer ces changements.

Agir maintenant, une chance pour l’Europe

L’Europe est, face aux difficultés évoquées, étonnamment la mieux placée dans le monde. Les structures sociétales (proximité zones de vie – zones de travail, relative proximité producteur / consommateur) issues d’une époque où le pétrole n’était pas utilisé massivement, ainsi qu’une déjà lourde imposition des produits pétroliers, la rendent beaucoup moins sensible aux chocs que les Etats-Unis ou la Chine, dont le développement est plus récent.
Cet avantage historique, l’Europe a la chance de pouvoir le conserver et l’amplifier en inventant en premier la société post-pétrole, qui sera réalité dans 30 ans. Véhicules basse consommation, énergies renouvelables, Internet haut débit permettant le travail à domicile, technologies d’isolation des bâtiments : tous ces secteurs d’avenir peuvent permettre à l’Europe de regagner un réel potentiel industriel.
De plus, la fin du pétrole, comme le décrit l’économiste canadien dans son excellent Why Your World Is About to Get a Whole Lot Smaller: Oil and the End of Globalization, va mettre fin à la mondialisation telle que connue actuellement. Les longues chaines logistiques, les délocalisations de production, l’agriculture mécanisée, toutes ces manifestations d’une période durant laquelle le pétrole était quasi gratuit, subiront un lent déclin.

Ce n’est pas le fin du monde qui s’annonce, c’est un monde aux modes de vie différents. Il s’agit seulement de réaliser une transition supportable. Le temps presse, pourtant rien ne bouge. Si l’Europe continue la politique de l’autruche sur la question énergétique, la thérapie de choc imposée par les hausses de prix éruptives du pétrole sera extrêmement douloureuse.



2 Commentaires

  1. Comments  Florian   |  Lundi 7 mars 2011 à 21 h 19 min

    l’économiste canadien s’appelle Jeff Rubin, le lecteur averti l’aura deviné…

  2. Comments  Marie-Amélie Bertin   |  Mercredi 2 mars 2011 à 8 h 31 min

    Le pétrole lybien, même s’il ne représente pas un gros volume de production, est un pétrole très pur.

Ajouter un commentaire




*

Devenez Rédacteur !

L'actualité politique vous intéresse ?
Vous avez un scoop, un combat, un projet, une analyse à partager ?



Il sera publié dans les 24h

Newsletter

L'inscription à la Newsletter mensuelle vous permet de rejoindre le réseau Écologie Démocrate


Les flux