Mercredi 12 mai 2021

Détruire les pôles, c’est détruire notre pays

L’Homme est le seul prédateur des Pôles. Il va faire disparaître la Banquise et en « profite » en exploitant le pétrole du Pôle Nord, désormais accessible à sa prédation. Les conséquences relèvent de la présence de l’être humain sur Terre.

Lorsqu’on examine aujourd’hui la situation très critique des mondes polaires, en particulier le Pôle Nord et  le monde arctique,  le phénomène de l’exploitation des ressources fossiles (pétrole et gaz naturel) dans ces milieux extrêmes prend des proportions totalement alarmantes, il y a une pression accrue sur les ressources devenue inacceptable.

Les pôles constituent en effet un environnement riche mais vulnérable : l’Arctique recèlerait, d’après l’agence gouvernementale américaine de recherche géologique, 22% des ressources énergétiques de la planète non encore découvertes, mais techniquement exploitables aujourd’hui à cause du réchauffement climatique. Cela représente environ 13% des ressources en pétrole et 30% des ressources en gaz naturel, sans compter les gisements d’or, de diamants, de nickel, de fer, de cuivre et d’étain.

Les réserves halieutiques (poissons, crustacés, coquillages) sont également importantes dans la zone circumpolaire. La nécessité d’inverser les logiques liées au réchauffement climatique – des logiques désormais dictées par l’impératif écologique et non plus par l’impératif économique – se heurte hélas aux appétits et aux convoitises des puissants groupes pétroliers soutenus par leurs gouvernements respectifs. Dans cette zone, un potentiel de 20 milliards de barils de pétrole et de 8 000 milliards de m3 de gaz a déjà été découvert. Les réserves totales sont estimées à 200 milliards de barils de brut et à 80 000 milliards de mètres cube de gaz, des réserves aux potentiels écologiques immenses si elles restent évidemment vierges de toute trace humaine prédatrice. Sachant que la consommation actuelle d’hydrocarbures est de 30 milliards de barils de pétrole et 3000 milliards de m3 de gaz par an et que le pic pétrolier a désormais été atteint depuis quelques années, l’exploitation pétrolière et gazière des pôles augmenterait d’à peine trois années les possibilités de production et de commercialisation des hydrocarbures sur le marché mondial, un report dérisoire face à la protection de l’empreinte carbone que fournit encore aujourd’hui les pôles ! La compétition en cours à des fins d’exploration, d’exploitation et de contrôle des territoires menace en effet directement l’équilibre de l’Arctique, son environnement et ses populations. Dans une nouvelle séquence de l’histoire de l’humanité, le respect des équilibres naturels et environnementaux rentre ainsi directement en conflit avec une exploitation anthropique et prédatrice des ressources de la planète. Malgré les cris d’alarme lancés par la communauté scientifique internationale, l’état des lieux est tout simplement catastrophique.

La banquise arctique : une perspective de disparition prochaine.

Comme les pôles constituent des observatoires privilégiés de l’état de santé de la planète, il convient avant tout de les préserver pour des raisons liées à la sauvegarde de l’humanité. Il ne faut en effet pas oublier que les pôles sont aux avant-postes du réchauffement climatique. C’est une véritable course contre la montre qui est désormais engagée pour le maintien de leur survie : depuis que les relevés de température y sont effectués, la température a augmenté en moyenne de 2,1 °C en Arctique et de 2,5°C dans la péninsule Antarctique contre 0,6 °C à la surface de la planète. Ce constat est ainsi très inquiétant dès lors que l’on sait que les hautes latitudes se réchauffent deux à trois fois plus vite que les zones tempérées. Une remarque scientifique s’impose pour comprendre ces enjeux climatiques qui vont se perpétuer à une très grande échelle : la banquise, de par sa couleur blanche, renvoie la majeure partie du rayonnement solaire vers la haute atmosphère, maintenant de la sorte des températures extrêmement froides (phénomène dit d’albédo). Or, lorsqu’elle fond, les rayons du soleil peuvent venir chauffer les océans, qui emmagasinent alors de la chaleur, contribuant ainsi à accélérer le processus de fonte de la glace restante. Ce processus va se poursuivre au cours des prochaines décennies. Alors que la planète manque déjà cruellement de glace arctique, la banquise pourrait même totalement disparaître totalement durant l’été d’ici 2040. Les milieux de vie traditionnels sont déjà sur place largement bouleversés.

La rupture des équilibres humains et naturels.

En danger immédiat, les communautés du Grand Nord encore en vie vont plus que jamais pâtir de l’exploitation économique de leur environnement naturel ; pour prendre un exemple assez significatif, de petites populations de Sibérie doivent faire face à des problèmes matériels graves, dans des domaines aussi cruciaux que la médecine, l’éducation et les transports, au point que leur existence même est aujourd’hui menacée. Observateurs de ces évolutions, les anthropologues annoncent qu’une partie du patrimoine de l’humanité (cultures et langues) est en train de disparaître sous nos yeux. Le changement climatique en Arctique a par ailleurs un impact sur les écosystèmes terrestres : certaines espèces emblématiques, comme le renard arctique ou la chouette harfang, sont désormais en voie de disparition en Scandinavie, et l’on pourrait hélas multiplier les exemples sur d’autres types d’espèces (renard blanc, lemming, ours affamés …). Pire encore, la fonte des glaces arctiques provoquera une montée globale du niveau des océans de plus d’un mètre, ont prédit en 2010 les experts de la WWF, avec une menace directe sur des parties entières de l’humanité. Localement,  L’action anthropique des grands groupes spécialisés dans le trafic maritime et l’exploitation des gisements en hydrocarbures sur ces milieux très fragiles pourrait enfin avoir des conséquences dramatiques et incalculables à l’échelle de la planète. Avec la fonte du permafrost et des pergélisols, des quantités considérables de méthane vont se dégager dans l’atmosphère, menaçant ainsi directement  la vie humaine.

Des menaces accrues de pollution et de catastrophe écologique.

Outre les quelque 50 000 touristes privilégiés que des tours opérateurs opportunistes déversent chaque année aux pôles, la densification du trafic maritime dans ces régions lointaines du globe constitue un enjeu de lourde portée, malgré les risques de navigation qu’elle comporte; l’ouverture mesurée des passages du Nord-Ouest est une première qui attise les appétits des Etats-Unis et du Canada dans leur course aux ressources naturelles ;  quant à la fréquentation du passage du Nord-Est en longeant la côte sibérienne en direction de l’Est asiatique, elle constitue une véritable aubaine commerciale pour la Russie, qui assure la traversée maritime grâce à ses brise-glaces. Au lieu de scander les promesses de croissance économique liée à l’apparition de ces nouvelles routes maritimes,  il serait en fait plus pertinent de parler là d’un véritable cercle vicieux, auquel il conviendrait de mettre un coup d’arrêt définitif: un rapport du Programme des Nations unies pour l’Environnement sur le carbone noir et l’ozone troposphérique paru en 2011 souligne les risques d’un type de rétroaction redoutable : plus la glace fond sous l’action anthropique, plus il est possible et rentable de développer les activités de forage et de transport en Arctique, plus cela impacte encore davantage sur la fonte des glaces. Une pollution locale qui a des effets globaux désastreux. Cette course folle au pétrole non conventionnel n’a par ailleurs aucun sens : c’est un pétrole plus difficile et plus cher à extraire. Il est également plus sale et plus émetteur de CO2 : sables bitumineux, pétrole de schiste, offshore profond … Les conduites de gazoduc en Sibérie posent également des problèmes d’entretien et de maintenance redoutables. Mais la menace de prédation est immédiate : l’année dernière, les forages de la compagnie écossaise Cairn Energy au large du Groenland s’étaient avérés infructueux. En 2012, c’est Shell qui explore les eaux bordant l’Alaska. Le géant français Total a déjà un pied en Russie aux côtés d’autres compagnies nationales. Exxon, Chevron, Statoil lorgnent également sur les réserves polaires. Enfin, les accords financiers passés en octobre 2012 entre le géant pétrolier russe Rosneft et BP ne laissent présager rien de bon pour la préservation de l’Arctique. Il faut enfin savoir qu’en cas de marée noire au pôle, aucune solution n’existe : d’après un haut responsable d’une entreprise canadienne spécialisée dans des interventions post-marées noires, « il n’existe, à l’heure actuelle, aucune solution ou méthode qui permettrait de récupérer du pétrole en cas de marée noire en Arctique ». L’écosystème de l’Arctique est aussi l’un des plus vulnérables.

Pour freiner la course au pôle nord, il est indispensable d’établir une gouvernance mondiale de la zone arctique, actuellement inexistante, tellement les membres du Conseil de l’Arctique (dont les membres permanents sont le Canada, le Danemark-Groenland et îles Féroé – Etats-Unis, Finlande, Islande, Norvège, Suède et Russie) opèrent un repli sur eux-mêmes. Même s’il est difficile de se montrer résolument optimiste sur ce chapitre fondamental que constitue la préservation des ressources naturelles de la planète dans les mondes polaires, tellement l’appétit des grandes puissances demeure insatiable, il est maintenant indispensable d’obtenir le classement du pôle Nord  en territoire protégé, à l’image du pôle Sud.


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