Mercredi 12 mai 2021

Des populistes d’hier et des racistes d’aujourd’hui

« Les racistes d’hier sont devenus les populistes d’aujourd’hui.Notre formation politique, puis le Parlement doivent s’occuper de ces sujets ». Ainsi s’exprimait Nicolas Sarkozy, le 16 février, en annonçant

pour le mois d’avril un débat sur la compatibilité des religions en général, et de l’Islam en particulier, avec la laïcité républicaine.
Il n’est pas choquant, en soi, de se poser la question de la compatibilité des religions avec la laïcité et la démocratie. Il s’agit même d’un sujet fondamental pour l’avenir des principes laïcs sur lesquels ce pays s’est construit – liberté absolue des cultes, d’une part, séparation sans équivoque des Eglises et de l’Etat, d’autre part. L’extrême-droite n’a aucun monopole de ces questions – elles appartiennent à tout l’espace politique…

Un gouvernement illégitime pour mener un débat légitime ?

Sans vouloir préjuger du climat et des conclusions de ce futur débat, on est tout de même en droit de se demander, à la lumière des événements qui se sont passés depuis le 6 mai 2007, si, à l’inverse, les populistes d’hier ne sont pas devenus les racistes d’aujourd’hui. Et cette question dépasse largement les clivages politiques. La députée européenne Rachida Dati, peu suspecte de gauchisme, s’en est émue, le 18 février, dans le Parisien: « Le débat, je suis d’accord, mais attention de ne pas stigmatiser, attention de ne pas caricaturer une partie de nos compatriotes pour susciter de la peur chez les autres ».

Or, monter les Français les uns contre les autres, créer un climat de défiance peu propice au débat constructif, c’est bien ce que Nicolas Sarkozy, depuis son élection, a fait de mieux. Si le multirécidivisme était poursuivi, dans ce domaine, avec la même rigueur que dans les autres, une peine plancher exemplaire s’imposerait. Sans souci d’exhaustivité, on peut notamment citer: le fiasco mémorable du débat sur l’Identité Nationale, prédécesseur du débat annoncé, qui n’a eu pour tout résultat que le déchaînement des instincts les plus bas; la plaisanterie douteuse de Brice Hortefeux, qui a donné lieu à une condamnation en justice, pour injure raciste, du ministre de l’intérieur, pourtant toujours en place; les expulsions sommaires de Roms, sous les feux des caméras, faites dans l’urgence, sans humanité, et sans apporter la moindre réponse aux questions de fond; et, tout récemment, la phrase ahurissante du député UMP Christian Jacob reprochant à Dominique Strauss-Kahn de ne pas incarner « l’image de la France, l’image de la France rurale, l’image de la France des terroirs et des territoires, celle à laquelle je suis attaché ». La terre contre le parti de l’Etranger: ce n’est pas seulement une petite phrase politicienne, c’est la rhétorique des années 30… au point que, même dans la majorité, on en soit choqué.

Un tel débat, sur la place des religions dans notre société, est trop grave, trop important, pour être livrés à des apprentis-sorciers. Il requiert de la sérénité, de la hauteur de vue, de la création de consensus national, une crédibilité, toutes qualités qui font singulièrement défaut aux ténors de la majorité actuelle. « Marine Le Pen, elle, soulève les problèmes, mais travaille assez peu les solutions », déclarait tout récemment Jean-François Copé, le patron des députés UMP. Il n’est pas certain que l’UMP travaille beaucoup plus les solutions….

Quand la droite court après l’extrême-droite qui court après l’extrême-gauche…

Nous sommes, politiquement, dans une situation de confusion absolue des genres. Marine le Pen, faisant sans doute grincer fortement les dents de son père, a adopté le même discours que Jean-Luc Mélenchon:elle n’a plus à la bouche que la République, cette gueuse conspuée par ses amis depuis des décennies, et la laïcité, bête noire des catholiques légitimistes; elle se fait la championne du protectionnisme, de la sortie de l’euro, de la défense des petits contre les dangers de la mondialisation. Elle dénonce la barbarerie des camps nazis, ce qui est sans doute une évidence pour l’immense majorité des gens, mais qui ne va pas de soi au Front national…
Il n’y avait que regarder le débat qu’on eu ensemble les deux populistes, de droite et de gauche respectivement, le 14 février: indiscernables par le discours, ils en ont été réduits à s’attaquer sur leurs personnes, leurs passés, et leur intentions cachées supposées…

La droite dite républicaine, quant à elle, court éperdument après le Front National. Pour ne pas leur laisser le monopole des questions d’immigration, de sécurité, et d’identité, disent-ils. Cela a fonctionné pour l’élection présidentielle de 2007. Mais dès les régionales de 2010, les électeurs du Front, s’estimant, avec quelque raison, victimes de démagogie, ont commencé à rentrer au bercail.

Un 21 avril à l’envers ?

Pour 2012, même s’il faut prendre avec précaution les sondages d’opinions à 18 mois de l’échéance, on peut tout de même légitimement se dire que, selon le mot du père de Marine Le Pen, les électeurs « préféreront l’original à la copie »: un gouvernement qui souffle sur les braises, en exaltant les instincts les plus bas, sans apporter de solutions véritables; une femme jeune, moderne, débarassée des casseroles vychistes de son père, avec un discours policé pseudo-républicain, qui déculpabilisera les indécis: mettez tous ces ingrédients dans le shaker, agitez, vous obtenez un 21 avril à l’envers…

Mais peut-être, après tout, est-ce ce que souhaite Jean-François Copé ?


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