Mercredi 12 mai 2021

Comment nourrir les gens ?

Il n’est pas seulement possible d’alimenter les habitants de la planète à travers une agriculture respectueuse de la nature et durable. Contrairement à ce qu’affirment les ténors de l’industrie mondiale (ci-contre Hugh Grant, CEO Monsanto), c’est même le seul moyen d’y arriver.

« Les Moissons du Futur » de Marie-Monique Robin sur ARTE le 16 octobre 2012 à 20h40.

Entre les producteurs industriels et les consommateurs, ce sont les enseignes de distribution qui opèrent le blanchiement. Quand un produit est vendu par une enseigne connue, les consommateurs que nous sommes, faisons confiance. Pour les produits alimentaires, la vente dans un grand magasin ou dans l’épicerie du coin donne une sorte de crédibilité au produit, et à plus forte raison s’il est frais. Pendant des années, à de rares exceptions près, aucun consommateur ne s’est méfié de cette pomme ou de ce steak, vendus sous cellophane : nécessairement, ils étaient bons à manger.

L’explosion technologique dans le domaine de l’agro-alimentaire, qui se développe avec une intensité croissante depuis le début des années 70, pose cependant un problème de santé publique tellement structurel, qu’il en devient un problème de démocratie.

Les efforts des ingénieurs chimistes et biologistes de l’industrie agro-alimentaire sans discontinuer et sans règlementation appropriée depuis 40 ans ont produit à un niveau de variété et de complexité élevé des pesticides, des graines OGM, des graines sélectionnées, des imitateurs de goût permettant de fabriquer du fromage sans lait, des hamburgers sans viande, des méthodes de fabrication pour liquéfier les carcasses, des produits chimiques en tout genre.

Cette profusion de produits chimiques depuis 40 ans comporte trois caractéristiques relevant de l’atteinte à la démocratie :

1. Les conséquences sur la santé à long terme de ces produits n’ont pas été testées avant leur mise sur le marché. L’espérance de vie ne cesse de s’accroître à ce jour, mais elle n’est calculée que pour des personnes nées en majorité dans les premières décennies du xxe siècle et qui ont grandi et se sont nourries dans leur jeunesse avant la révolution agro-alimentaire des années 70. Qu’en sera-t-il des génération nées dans les dernières décennies du siècle dernier ?

2. Le manque d’information, voire l’absence, en très lentement compensé par la règlementation. La règlementation exigeant la publication exhaustive des ingrédients n’a commencé que dans les années 80. Les consommateurs, peu habitués à se méfier et à tout lire, ne prêtaient que peu d’attention au petit texte en police 6 sur le fond du paquet où s’égrenaient des Exxx incompréhensibles. Aujourd’hui encore, l’affichage est déficient. Par exemple, de très nombreux plats cuisinés affichent « fromage » car il y en a effectivement une faible partie, le reste n’étant qu’une imitation de fromage sans une goutte de lait. Côté OGM, l’information, même après un âpre combat législatif, est aussi incomplète car elle omet les apports indirectes dans l’alimentation animale.

3. Les produits issus de l’industrie alimentaire chimique sont de beaucoup les plus courants à disposition des familles. Le consommateurs n’a longtemps pas eu le choix de consommer des produits issus d’une autre agriculture, et depuis une petite dizaine d’années, d’autres produits sont disponibles, mais ils restent rares. Cette généralisation importante des pratiques du marché appliquées à l’agriculture n’est pas sans conséquences irréversibles. Elle a abouti à la disparition de certaines espèces végétales et animales qui n’avaient pas été sélectionnées par l’industrie, mais qui pouvaient rendre des services précieux aux agriculteurs dans le renouvellement des sols et qui résistaient mieux aux insectes.

Dans un domaine aussi sensible que celui de l’alimentation humaine, on a laissé les citoyens dans une ignorance qui devient aujourd’hui dramatique. Marie-Monique Robin est, selon ses propres termes, un « passeur ». Convaincue que l’information des citoyens est la clé pour les protéger et les affranchir de décisions dirigées en premier lieu par la recherche du profit, elle consacre son énergie à faire le tour du monde pour connecter des milliers d’informations entre elles provenant de personnes qui ont une partie de la réponse, mais qui sont isolées.

Le résultat de son dernier ouvrage, Les Moissons du Futur, est saisissant : il n’est pas seulement possible d’alimenter les habitants de la planète à travers une agriculture respectueuse de la nature et durable, contrairement à ce qu’affirment les ténors de l’industrie mondiale, c’est même le seul moyen d’y arriver.

« En faisant le tour du monde pour accumuler les témoignages sur les agissements de l’industrie agro-alimentaire, j’ai multiplié les contacts avec des collectifs et des militants dont le sort n’était pas seulement d’être les victimes de la pollution et de l’exploitation capitaliste de la terre : ils étaient également les acteurs de la résistance et de l’innovation, porteurs d’expériences positives et d’espoir. Aux côtés des experts en agronomie ou en économie, ils seront les principaux personnages du film à venir car en matière d’agriculture, ils sont les mieux placés pour dire ce qui marche et ce qui ne marche pas. »

L’agroécologie, n’est pas l’agriculture traditionnelle. Aux quatre coins des terres émergées, de nombreuses innovations techniques permettent d’adapter l’agriculture aux contraintes locales, sans tomber dans la dépendance à l’égard des solutions toutes prêtes et coûteuses que propose l’industrie.

Au plan économique comme au plan écologique, ces solutions sont durables, parce qu’elles construisent entre les éléments et entre les hommes des flux circulaires et des relations équilibrées. Contrairement à ce que répètent les tenants d’une industrialisation intensive de l’agriculture, ces solutions locales peuvent constituer une alternative globale, plusieurs études internationales concluent dans ce sens. Outre les avantages environnementaux (concernant notamment les rejets de gaz à effet de serre), ces études soulignent les bénéfices sociaux d’un développement agricole qui maintient dans les campagnes un grand nombre d’actifs.

Le webzine Écologie Démocrate s’associe pleinement à la diffusion et à la promotion de ce film qui oeuvre magnifiquement à rétablir un éclairage démocratique sur l’alimentation.

1e diffusion publique du film « Les Moissons du Futur » sur ARTE le 16 octobre 2012 à 20h40.

Crédit photo : Tim Boyle/Bloomberg


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