Mercredi 12 mai 2021

Ciel, mon plutonium !

Plutonium et retraitement des barres de combustible irradié de nos centrales nucléaires étaient au coeur des discussions du sommet de Washington en avril dernier.

Le retraitement du combustible usé consiste en effet, à séparer chimiquement des autres produits de fission , le plutonium formé lors de la réaction en chaîne et l’uranium appauvri en isotope fissile. Or, de très faibles quantités de plutonium séparé, qu’il soit de qualité militaire ou réacteur, sont suffisantes pour fabriquer une arme nucléaire rudimentaire ou pour contaminer et rayer de la carte une ville entière par simple dispersion: la bombe larguée sur Nagasaki contenait 6 kilos de plutonium et quelques microgrammes de plutonium inhalés suffisent à provoquer un cancer léthal.

Alors que la guerre froide est finie depuis longtemps et que la production de plutonium à usage militaire a quasiment cessé, les stocks mondiaux de plutonium séparé continuent pourtant régulièrement d’augmenter d’une douzaine de tonnes par an du fait du retraitement: 250 tonnes de qualité militaire et plus de 220 tonnes de qualité réacteur dont environ 80 tonnes stockées à la Hague, 100 tonnes à Sellafield (Grande-Bretagne) et 40 tonnes au Japon.

Or, le retraitement du combustible irradié, cette foi inébranlable en un plutonium combustible de demain malgré le ruineux fiasco des surgénérateurs, est depuis 40 ans le coeur de la politique énergétique française, bien plus encore que le choix du « tout nucléaire ». Une spécificité que Nicolas Sarkozy se fit un devoir de défendre avec vigueur lors de ce premier Sommet sur la Sécurité Nucléaire, initié par Barack Obama dont la doctrine nucléaire est justement dit-on de « dénucléariser la planète » et donc de limiter l’usage des technologies civiles favorisant particulièrement la prolifération de l’arme atomique.

Si un accord fut trouvé pour peu à peu faire disparaître l’usage civil de l’uranium hautement enrichi comme combustible de centrale, la question ardue du plutonium et du retraitement fut finalement éludée; une concession qu’était curieusement prêt à faire le président des Etats-Unis, que l’on sait pourtant pugnace. Le retraitement aurait-il vraiment l’avenir économique radieux que nous promet Areva à longueur de spots publicitaires?

Crédit photo: flick korea.net (délégation sud corréenne)


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