Mercredi 12 mai 2021

2012 : le nucléaire en boomerang

C’était inimaginable au royaume de l’atome, mais la question de la sortie du nucléaire devrait être un des thèmes majeurs de la campagne présidentielle de 2012.

Un rêve éveillé pour les écologistes, mais un imprévu de taille pour leurs partenaires potentiels socialistes, qui peinent à prendre clairement position pour une sortie progressive et programmée du nucléaire civil. C’est ce que souhaiteraient pourtant 77% des français selon un récent sondage Ifop. L’embaras des candidats socialistes à la primaire et la volonté affichée par le Président de la République de se faire réélire contre toute attente, comme le défenseur de l’atome, permettent d’estimer la puissance du séisme politique ouvert en France par la catastrophe nucléaire de Fukushima.

« C’est la dévalorisation du passé, le choix du Moyen Âge » avait répondu Nicolas Sarkozy aux associations environnementales qui lui demandaient un moratoire sur la construction de nouvelles centrales nucléaires. Profitant d’un déplacement très médiatisé à la centrale de Gravelines, début mai, le chef de l’État réaffirmait ainsi sa foi dans le « nucléaire et dans sa sûreté », ainsi que dans l’avenir du nucléaire civil, après Fukushima.

La renaissance du nucléaire n’a pas eu lieu. Depuis Fukushima, la longue liste des pays d’Europe occidentale qui ont décidé une sortie programmée du nucléaire ou de ne pas revenir au nucléaire s’allonge. Consultés par referendum il y a quelques jours, les Italiens ont décidé de ne pas revenir sur leur choix, post-Tchernobyl, de sortir du nucléaire, infligeant un camouflet à Silvio Berlusconi. La Suisse a décidé, il y a peu, de sortir du nucléaire en une vingtaine d’années et compte mettre l’accent sur les énergies renouvelables; « (…) l’augmentation prévisible du coût de l’électricité nucléaire lui fera perdre ses avantages concurrentiels de long terme face aux renouvelables », selon le Conseil Fédéral. Lorsque Nicolas Sarkozy se félicite de la décision allemande de fermer immédiatement sept réacteurs, car cela permettra à la France de vendre de l’électricité « nucléaire » à l’Allemagne, il raisonne à court terme.
Mais les choix énergétiques ne demandent-ils pas justement analyse et vision de long terme?

« Un candidat socialiste ne peut prétendre sortir du nucléaire », disait il y a quelques mois encore François Hollande. Le grand favori des sondages des primaires socialiste a depuis rejoint la ligne floue du programme du parti pour « réduire progressivement la part du nucléaire dans le mix énergétique français », sans calendrier ni objectifs chiffrés… En France, le parti socialiste ne semble en effet pas mûr pour oser proposer une sortie progressive du nucléaire, alors même que celle-ci s’inscrit actuellement en Europe dans le sens de l’Histoire et que l’opinion française y est majoritairement favorable.

Sans doute, un plan de sortie du nucléaire en France demanderait-il plus de temps, avec une part du nucléaire de 74% de l’électricité produite en 2010, contre 28% par exemple pour l’Allemagne. Europe-Écologie-Les Verts propose ainsi une sortie programmée du nucléaire en 25 à 30 ans. De son côté, Martine Aubry, qui pourrait bientôt annoncer sa candidature, s’est déclarée favorable à une sortie du nucléaire à l’horizon 2050 ? Pourtant, les lignes n’ont presque pas bougé au parti socialiste sur le nucléaire et la politique énergétique française.

« Le programme nucléaire sera limité aux centrales en cours de construction, en attendant que le pays, réellement informé, puisse se prononcer par referendum » (Mitterrand, 1981). La promesse d’un réferendum sur le nucléaire figurait, qui s’en souvient, dans les 110 propositions du programme commun de la gauche porté par François Mitterrand en 1981. Une audace dont ne semble plus être capable le parti socialiste aujourd’hui. Si le referendum promis n’a jamais eu lieu, passant par pertes et profits le plan de relance de Pierre Maurois, les rapports de force ont beaucoup changé depuis : de l’effondrement graduel du parti communiste à la récente montée en puissance d’Europe-Écologie aux dernières élections.

Les écologistes, qui conditionnent leur participation à un futur gouvernement de gauche à un calendrier détaillé de sortie progressive du nucléaire, ne relâchent pas leur pression sur un parti socialiste, encore très vague sur la question. Le futur accord sur les législatives, prévu pour octobre entre le parti socialiste et EELV pourrait en faire les frais…et Cécile Duflot de menacer de présenter 577 candidats en juin 2012. Nicolas Sarkozy, quant à lui, se positionne clairement en défenseur de l’industrie nucléaire française et se prépare à faire campagne sur le sujet. Pris en étau, les socialistes seront contraints d’éclaircir leur position sur la sortie du nucléaire au risque de voir la présidentielle leur échapper.

Non seulement le nucléaire s’invitera dans les futurs débats de la campagne présidentielle, mais les français en auront un avant goût dès l’automne, lors de la primaire socialiste. La question de la sortie du nucléaire obligera en effet les candidats à la primaire à personnaliser le programme commun, validé avant Fukushima, pour pouvoir se positionner avec clarté sur le sujet.

Crédit photo : © AFP / Xavier Leoty/ juin 2011



3 Commentaires

  1. Comments  Christelle   |  Lundi 11 juillet 2011 à 13 h 39 min

    Hollande s’engage pour l’alternative au tout-nucléaire : le clivage sera bien droite / gauche.

    http://www.lemonde.fr/politique/article/2011/07/11/nous-nous-engageons-avec-francois-hollande_1547335_823448.html#xtor=AL-32280184

  2. Comments  Albert   |  Lundi 4 juillet 2011 à 14 h 25 min

    La part du nucléaire ne cesse de diminuer dans la production d’électricité, comme dans celle d’énergie primaire et dans l’énergie finale. L’électricité nucléaire ne représente que 15,7 % de l’électricité produite dans le monde en 2004, soit 1,7 % de l’énergie finale et 2,5 % de l’énergie primaire. Précisions ici : http://futura24.voila.net/energie/electri_nucle.htm et aussi ce dossier complet : http://futura24.voila.net/nucle/nucleaire.htm sur l’énergie nucléaire.

    Le même site parle aussi beaucoup des énergies renouvelables.

  3. Comments  Marie-Amélie Bertin   |  Samedi 2 juillet 2011 à 6 h 41 min

    Manuel Valls a parfaitement compris que la primaire se jouerait entre autres sur le nucléaire:

    http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/07/01/nucleaire-trouver-l-energie-du-changement_1542920_3232.html

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