L'emploi et la présidentielle
Les mandats passent et les taux demeurent : 9,7 % de chômage en 2010 en moyenne en France métropolitaine, soit plus de 4 millions de chômeurs. Auxquels il faut ajouter 700 mille chômeurs de longue durée qui ne reçoivent plus d'allocation chômage.
En 2006, au moment de la campagne précédente, le chômage en moyenne était de 9,1 %.
Personne n'a oublié le "Travailler plus, pour gagner plus". Cette promesse électorale censée flatter le travailleur méritant en échange d'un rêve de progrès matériel individuel, s'est révélée triplement trompeuse. Elle a freiné l'emploi de nouvelles personnes, diminué les entrées de cotisations sociales et affaibli la France pendant la crise économique de 2009. Mais les Français ont effectivement travaillé plus, donc produit plus, sans pour autant participer plus au partage des bénéfices. Les inégalités sociales se sont ainsi creusées.
Tandis que d'un air gourmand et court termiste, le patronnat français mettait en oeuvre la promesse présidentielle grâce à des heures supplémentaires défiscalisées, l'Allemagne lançait un programme de réduction de la durée de travail à grande échelle subventionné par l'Etat qui a permis des résultats comparés spectaculaires. Alors que l'Allemagne a été frappée durement par la crise avec une récession de 5 % et n'a connu (que) 400 000 chômeurs de plus, la France avec seulement 2,2 % de récession a produit 860 000 chômeurs de plus. Voir à ce titre l'article de Florian Chiron.
Sortie sans trop de dégâts de la crise, l'Allemagne a renoué avec la croissance. L'effet sur l'emploi a été démultiplié. En 2010, la moyenne du taux de chômage est de 7,7 % , soit moins de 3 millions de chômeurs en fin d'année, et vise les 2,5 millions en 2012, soit 5,9 % en moyenne. Pour la France, qui se compare toujours à son voisin d'outre-Rhin, la différence sera encore plus poignante.
Malgré les efforts soutenus par l'équipe politique au pouvoir pour détourner l'attention vers des sujets sociétaux liés au "vivre ensemble", la question que les citoyens vont poser lors des prochaines échéances électorales reste entière : comment réouvrir l'accès à l'emploi ? à des revenus réguliers, mais aussi et à une activité reconnue et choisie ?
Les enquêtes d'opinion placent l'emploi régulièrement en première position dans les préoccupations des Français. La dernière en date de Harris en janvier 2011 place la préoccupation liée à l'emploi en première position avec 81 % de réponses.
Sans idéaliser le cas allemand où la précarité augmente, même si le recul du chômage est incontestable, l'analyse doit être complétée par l'évolution démographique. La baisse de la population en Allemagne est un levier mécanique du plein emploi. L'Allemagne fait face désormais à une pénurie de main d'oeuvre et envisage de nouvelles mesures d'immigration. Ce n'est pas le cas en France où, grâce à une politique de la petite enfance soutenue depuis plusieurs dizaines d'années, la population croît. En janvier 2011 la population française a franchi le cap des 65 millions de personnes. Dans ces conditions, les ratés de l'éducation qui met tous les ans sur le marché plus de 150 000 jeunes d'une même classe d'âge sans qualification, accroît la tension.
D'incantations pour la croissance en affirmations utopiques, les équipes gouvernementales qui se succèdent depuis une trentaine d'années se retranchent derrière une complaisante impuissance. La faute à la mondialisation, quand ce n'est la faute à l'euro. pourtant, la conviction se renforce parmi les Français que l'emploi est une question que la responsabilité politique ne peut éluder. Le renchérissement des denrées alimentaires a mis le feu aux poudres en Tunisie et en Egypte pour déchaîner un soulèvement démocratique. Ce sera sans doute le cas avec l'accroissement structurel du chômage et du chômage de longue durée en France.
Sondage réalisé par l'institut Harris Interactive, du 27 au 29 décembre 2010, auprès d'un échantillon de 1226 personnes d'un panel représentatif de la population française.
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