Dimanche 21 juillet 2019

Sarkozy: un bilan globalement négatif

« Je ne vous trahirai pas, je ne vous mentirai pas, je ne vous abandonnerai pas ».

En 2006, les slogans du candidat Sarkozy, dans une France marquée par le chômage, faisaient mouche. Les petits, les obscurs, les sans-grade, se détournèrent du Front National et votèrent pour lui en masse.

On allait « travailler plus pour gagner plus« , et tout allait changer. Enfin, le volontarisme politique était de retour.

Cinq ans après, à la veille de l’élection présidentielle de 2012, est venu le temps du bilan. Et, factuellement, avec la meilleure volonté du monde, sans vouloir aucunement verser dans « l’anti-sarkozisme primaire », et en faisant abstraction du style du personnage pour se concentrer exclusivement sur le fond, force est de constater l’échec du quinquennat de Nicolas Sarkozy. Et ce, à tous les niveaux.
Des discours sécuritaires sans résultats sur la sécurité
 
Sur son propre domaine de prédilection d’abord, la sécurité des Français, dont tout le monde aujourd’hui s’accorde à dire qu’il s’agit d’un droit fondamental, Sarkozy a totalement échoué. L’UMP a beau mettre en avant une relative diminution de la délinquance, cette baisse globale masque une hausse significative des crimes et délits les plus graves – les violences faites aux personnes. En cause, la méthode Sarkozy, qui privilégie les effets d’annonce et les coups de menton au détriment du travail de fond. L’Etat a déserté les banlieues, et ce n’est pas d’avoir, le temps d’un soir, fait ressembler Grenoble à Kaboul en noircissant son ciel d’hélicoptères, qui y changera quelque chose; ni d’y avoir prononcé un discours incendiaire faisant le lien entre immigration et délinquance, qui restera dans les annales comme une provocation parfaitement contre-productive, au point d’embarrasser jusqu’à Henri Gaino, la « plume » du Président; ni enfin d’avoir empilé, depuis 2002, une quinzaine de lois sur la sécurité, au grée de l’émotion suscitée par les faits divers, dont la plupart attendent encore leurs décrets d’application, alors que tout l’arsenal juridique déjà disponible suffirait amplement à réprimer tous les crimes et délits envisageables, pour peu qu’il soit appliqué…
De même, les pathétiques débats sur l’Identité Nationale et la laïcité, ainsi que les petites phrases douteuses de Brice Hortefeux et Claude Guéant,  n’ont fait que dresser les Français les uns contre les autres; le traitement infligé aux Roms, le temps d’opérations musclées ponctuelles, n’a strictement rien changé au problème et n’a fait que dégrader l’image de notre pays.
Une bonne gestion de la crise ? faux…
 
Sur l’économie, le résultat est tout aussi affligeant. Contrairement aux idées reçues, ce n’est pas la Gauche qui a fait exploser la dette: elle s’est surtout creusée depuis 2007, pour atteindre aujourd’hui un niveau record; Le Président qui « n’a pas été élu pour augmenter les impôts » a crée une vingtaine d’impôts nouveaux; il a fallu des mois de bras-de-fer entre le Président et sa majorité pour qu’elle le contraigne à retirer le bouclier fiscal, pourtant absurde en temps de crise. Rappelons que ce bouclier, réforme phare du quinquennat, avait été justifiée par sa supposée présence dans la constitution allemande, qui n’y fait pas la moindre référence, et a été supprimé au nom de la convergence fiscale avec cette même Allemagne…
Le chômage atteint des taux inégalés et la croissance est en berne; D’aucuns, à l’UMP, objecteront bien sûr qu’une crise est passée par là; il décréteront avec assurance que le Président a bien géré la crise, qu’il a protégé le pays, et que tout aurait été bien pire sans lui. Outre qu’aucun argument scientifique ne vienne étayer ces affirmations péremptoires, notons ce qui aurait pu être fait et qui est resté lettre morte: Dans un très beau discours, à Toulon, Nicolas Sarkozy avait dressé les bases d’une « moralisation du capitalisme« .  Pourtant, rien n’a été fait pour mieux encadrer les activités bancaires. Les excès de rémunération et des bonus sont repartis comme au bon vieux temps; l’Etat a beau mettre en avant les milliards rapportés par les prêts consentis aux banques, aucune prise de participation à leur capital n’a été effectuée. Pourtant les Britanniques, peu connus pour leur bolchevisme, l’ont bien fait… aujourd’hui les banques ne remplissent pas leur rôle de financement de l’économie. Le robinet à crédits est coupé, les taux bas auxquels les banques empruntent ne sont pas répercutés sur les individus et les entreprises; aucune séparation n’est faite entre banques de dépôt et banques d’investissement. L’Etat à même réduit les taux de Crédit-Impôt Recherche pour les entreprises en phase de démarrage, asséchant un peu plus leur financement; et ce n’est pas la défiscalisation des heures supplémentaires qui y aura changé grand-chose…
La réforme des retraites, « mère de toutes les réformes », faute de crédibilité morale de ceux qui l’ont portée, aura réussi le tour de force de déclencher l’hostilité populaire tout en ne réglant pas le problème, qui devrait être examiné de nouveau en 2017.
Enfin, la politique de développement durable, qui avait pourtant bien démarré avec le Grenelle, a été de-facto gelée. Après tout, comme a dit le Président, « L’environnement, cela commence à bien faire« ….
Un drôle de chef de guerre
 
Reste les affaires étrangères. Sarkozy, dans sa stratégie de « représidentialisation«   (sic) essaie, comme d’autres avant lui, de retrouver à l’extérieur la crédibilité perdue à l’intérieur. Et de mettre en avant les succès de l’opération militaire en Lybie en se posant en chef de guerre. S’il est vrai que le retour d’Alain Juppé a redonné à la France un peu de sa dignité perdue sur la scène internationale, il faut pourtant relativiser fortement ces succès: tout d’abord, cette politique d’intervention apparaît bien soudaine, après les égarements de la France avec le régime tunisien de Ben Ali; ensuite, l’intervention militaire a bien du mal à faire oublier le temps, pas si lointain, où la France, en recevant Kadhafi avec une pompe bien au-delà du minimum exigé par la diplomatie, se comportait comme « un paillasson sur lequel [il] peut venir s’essuyer les pieds du sang de ses forfaits« , pour reprendre le joli mot de Rama Yade.  Enfin, sur le fond, rappelons que des rapports militaires établissent aujourd’hui clairement que la France et le Royaume-Uni ne sauraient s’attribuer les succès en Lybie, la logistique américaine ayant été déterminante dans le conflit…
L’éducation, chantier sacrifié
 
Investir dans l’avenir, sortir un pays de l’ornière, cela ne se peut que si un grand projet à long terme pour l’Education est porté directement par l’action présidentielle. Or, rien de tel n’a eu lieu depuis 2007. Les soutiens du Président mettront en avant l’autonomie des universités. Cela ne constitue pas un projet éducatif. Ils mettront en avant le fait qu’on peut faire mieux avec moins, pour justifier les suppressions de poste; mais ceux-ci ont atteint de telles proportions, les problèmes d’effectifs sont tellement criants en cette rentrée 2011, que ce discours sans vision de l’avenir ne passe pas. Seul résultat tangible: avoir réussi à réunir le public et le privé dans l’hostilité envers le gouvernement, une première…
Une crédibilité perdue
N’y aurait-il donc rien de positif dans ce bilan ? Mettons tout de même au crédit de Nicolas Sarkozy deux réformes utiles: la rupture conventionnelle des contrats de travail, qui a mis fin à une hypocrise, et le divorce par consentemetn mutuel, la loi similaire dans le domaine privé. Voilà pourtant bien les seules « ruptures » réussies.
Aujourd’hui, Nicolas Sarkozy, en plus de son bilan négatif, est miné par les affaires qui touchent ses proches: Woerth-Bétancourt, Karachi… De quoi mettre à mal la « République irréprochable » tant vantée, et dont se voudrait la vitrine la réformette de la Constitution, qui ne limite nullement le pouvoir du Président, contrairement à ce que l’on voudrait nous faire croire. On répondra qu’il y a toujours eu des affaires, sous Mitterand notamment; certes, mais cela ne constitue pas une justification. On dira qu’il faut respecter la présomption d’innocence. En effet. Pourtant, aujourd’hui, l’image du Président est bel est bien abîmée. C’est celle d’un chef de clan plus qu’un chef de guerre, d’un diviseur plus que d’un rassembleur. Ce quinquennat, qui avait démarré sur le yatch de Vincent Bolloré, ne s’est jamais remis de son péché originel. Au-delà des soupçons de connivence avec les puissances de l’argent, c’est bien la méthode Sarkozy qui est en cause: diviser, « cliver » comme il dit, dresser les français les uns contre les autres, les immigrés contres les « Français de souche », les fonctionnaires contre les ouvriers, les chômeurs contre les travailleurs, les salariés du public contre ceux du privé. C’est le contraire qu’il faut faire: jamais les Français n’ont autant eu besoin de rassemblement.
La France, pays qui porte encore largement les marques de son passé monarchique millénaire, n’arrive pas à se défaire du mythe gaullien du sauveur. Elle veut se donner à un homme ou une femme charismatique, volontaire, qui la fasse rêver. Pourtant on assiste aujourd’hui à l’échec flagrant du charisme en politique, dont Nicolas Sarkozy est indéniablement pourvu. Peut-être est-il temps de confier les rennes de la France, non au plus charismatique, mais a celui qui saura le mieux s’entourer, écouter, faire émerger les personnalités les plus éclairées de la société civile, bref, à celui ou celle qui saura enfin nous faire accéder à la maturité démocratique…

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