Mercredi 2 décembre 2020

Retraites, les générations sacrifiées

Après des mois de discussions et de débats, le parlement s’apprête à voter en septembre une nième loi sur les retraites. Ce qui, depuis maintenant près de 30 ans, anime la vie politique de façon régulière va pouvoir sommeiller pour une nouvelle petite huitaine d’années.

L’expression réforme des retraites est de ce fait abusive car elle s’apparente plutôt à un ajustement.

 

 

Pourquoi seulement des ajustements?

 

Le système des retraites actuel dit par répartition obligatoire fût adopté en 1941 pour être ensuite intégré à la sécurité sociale à la fin de la guerre. Dans une France qui comptait peu de personnes âgées et qui dans les années suivantes connut un formidable rajeunissement à l’instar du baby boom, avec des taux de croissance de près de 6% en moyenne, le système fonctionnait à merveille.

Puisque rien ne dure, cette dynamique finit par s’essouffler. Mais le retournement est rarement brutal et laisse toujours penser que les anciennes recettes pourront être à nouveau utilisées.

 

Le retournement démographique coïncida de plus avec les chocs pétroliers. Or démographie et croissance sont les deux piliers du système. La croissance, dopée aux stéroïdes de l’énergie bon marché, allait être le premier élément a montrer des signes de faiblesses graves tandis que celui de la démographie allait lui prendre effet plus progressivement (allongement de l’espérance de vie et baisse de la fécondité).

 

Ces simples considérations devaient conduire automatiquement à une réforme complète du système dans les années 80. Mais leurs effets n’allaient que trop lentement se faire sentir pour vraiment s’attaquer au fond du problème.

 

Solidarité intergénérationnelle et aliénation populiste

 

La première erreur fut donc de tenir une promesse électorale populiste que fut l’introduction de la retraite à 60 ans précisément en 1981. Comme pour remercier la génération de la reconstruction et des trente glorieuses et donner du baume au coeur à celle qui entrait dans les trente piteuses alors que progressivement la démographie se modifiait dans un sens qui plaidait contre cet ajustement. Génération qui n’ayant plus la chance du plein emploi, n’avait que le déficit pour maintenir son niveau de vie sans que rien ne change. Cette décision allait être lourde de conséquences tant du point de vue financier que culturel dans la recherche d’une solution consensuelle.

La solidarité intergénérationnelle et le chiffre rond des 60 ans devinrent alors les inhibeurs de pensée qui permirent aux plus anciens d’aliéner les jeunes générations dans le but de maintenir le plus longtemps possible une situation qui tournait lentement à leur désavantage.

 

Le développement durable passe par une économie durable

 

Les retraités de France sont aujourd’hui ceux qui ont bénéficié des Trente Glorieuses et ceux qui ont creusé la dette de l’Etat sans remettre en cause un système qui fait d’eux les retraités dont le niveau de vie est le plus proche de ceux des actifs de tous les pays de l’OCDE (95% contre 82% en moyenne du niveau de vie des actifs). Les actifs d’aujourd’hui doivent donc à la fois assurer le paiement des retraites d’une génération qui elle a très peu payé, porter le poids de la dette sociale émise par les générations nouvellement retraitées et sûrement revoir leurs exigences à la baisse (augmentation de la durée de cotisation et baisse des pensions en sus d’une prévoyance individuelle). Par ailleurs, l’explosion du nombre de personnes âgées contraint également l’accès aux soins médicaux des générations futures.

 

Nous sommes entrés par manque de prévoyance et de courage politique dans une phase où tout le système social est menacé. L’habitude de repousser à demain la résolution des problèmes d’aujourd’hui ne peut durer indéfiniment. Les chiffres du COR avancent même 100 milliards d’euros de déficit par an à l’horizon 2050 du régime de retraite (page 21 8ieme rapport du COR). A titre de comparaison, l’éducation nationale pèse en 2010 60,8 milliards d’euros, les 24 milliardaires français totalisent environ 87 milliards.

Par simple justice, il convient de mettre à contribution les générations qui n’ont pas pris leurs responsabilités et ensuite mettre en place un système qui vise à rattraper les décisions qui n’ont pas été prises dans le passé.

Comme piste de réflexion à envisager, une augmentation de l’impôt sur les successions ainsi qu’un impôt sur les retraites pourraient ensemble par exemple rétablir une forme d’équité vis-à-vis des générations à venir. Le produit de cette taxation permettrait de rétablir la justice intergénérationnelle et devrait être affecté à la réduction de la dette. Dette qui n’a permis ni la relance économique, ni le bien-être social, ni la réduction des inégalités. Bien au contraire.



1 Commentaire

  1. Comments  économie - démographie - écologie   |  Mardi 5 juillet 2011 à 18 h 31 min

    Des économistes (un peu neuneus certes) ont la solution : http://www.spac-actuaires.fr/publications/2011-05-05-retraites-et-demographie.html

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