Samedi 24 juin 2017

Repenser l’islam politique.

La « deuxième révolution égyptienne » est en cours, l’ancien Président Egyptien subit en ce moment-même un procès pour avoir autorisé des tirs à balles réelles sur les manifestants, ce à quoi s’expose d’ailleurs le maréchal Tantaoui également, l’ancien président Tunisien est tombé, le roi du Maroc a du rééquilibrer certaines de ses prérogatives politiques au profit du peuple.

L’ensemble des dirigeants arabes soutenus jusque-là par les Occidentaux, Russie incluse pour la Syrie, afin de parer à l’instabilité politique et la montée des islamismes politiques extrémistes sont tombés. La vision diplomatique qui nous a conduit à les soutenir a complètement failli. Il est temps aujourd’hui de la changer si nous souhaitons demeurer des partenaires politiques, économiques, des pays arabes, et de leurs peuples.

 

La nécessité de dépasser les faux semblant, de dissiper les malentendus.

Que ce soit Ben Ali ou Moubarak, les deux dirigeants ont été maintenus en poste jusque là pour protéger les intérêts des Occidentaux. Ben Ali a représenté les intérêts économiques des Français dans son pays, il a été l’une des pierres angulaires de la politique étrangère française en Afrique du Nord. Moubarak quant à lui a permis aux Américains de maintenir un équilibre géostratégique régional avec Israel, l’Egypte étant un des rares états Arabe de la région à avoir des relations normalisées avec l’état hébreu jusque là. La justification de leur maintien comme verrou face à la montée des islamismes politiques est un leurre. Les dirigeants Occidentaux se sont méfiés de ces mouvements uniquement parce que ceux-ci remettaient en cause leurs intérêts économiques directement ; la protection des droits de l’Homme, ceux des femmes, ou plus sensible encore, la montée du terrorisme leur importe peu. Au contraire, de la manière la plus cynique qui soit, le terrorisme s’avère être un argument électoral des plus efficace pour museler une opinion et lui faire accepter un peu près tout ce qu’elle refuse en temps normal, en témoigne le Patriot Act aux USA et les deux mandats de Georges W. Bush…

Aujourd’hui cette vision craque de partout. Les peuples arabes en ont assez de leur misère économique et politique et ce sentiment est d’autant plus exarcerbé que nous sommes à l’ère d’internet et que de ce fait, ils sont les témoins frustrés de la Démocratie occidentale. Quant à ces dernières, si elles semblent avoir réagi avec retards à ces évènements, elles les anticipent aujourd’hui. La France soutient les opposants à Khadafi, alors que très probablement elle savait que ceux-ci allaient imposer la Charia, les Etas-Unis ont complètement lâché Moubarak et n’auront certainement aucun problème à discuter avec les Frères Musulmans, les français soutiennent officiellement l’opposition syrienne, future administration de ce pays. Puisque le mouvement est inéluctable autant tenter de s’entendre au mieux avec les nouveaux maitres de ces états.

Pour ce qui concerne ces nouveaux pouvoirs, la plupart d’entre eux se disent d’inspiration islamique mais au-delà du débat sur le terrorisme et le droit des femmes, ils n’ont qu’une ambition qui est d’advenir politiquement. Ainsi le Fatah Palestinien, organisation considérée comme terroriste dans les années 70, est aujourd’hui la structure modérée, palestinienne, avec laquelle les occidentaux voudraient discuter, alors que le Hamas est identifié comme un mouvement terroriste…Bien que , celui-ci, depuis son accession au pouvoir n’a eu de cesse que de profiter économiquement de son status, et alors qu’il est en passe de normaliser son fonctionnement, il est dépassé dans l’action terroriste par les Salafistes…

 

Repenser l’Islam politique

Au-delà, de l’opportunisme des dirigeants arabes qui occidentaux, qui pour une fois pourraient influer sur l’histoire des états dans le bon sens par le ré – équilibrage des échanges, il me semble illusoire pour les citoyens français de vouloir conformer l’Islam politique et social au concept de laicité. Si en tant que Français il est légitime d’être fier de cette valeur, force est de constater qu’il s’agit d’une étrangeté y compris dans le monde occidental. Ainsi le Président des Etats-Unis prête serment sur la Bible à son investiture, certains länder Allemands forcent leur concitoyens à payer les deniers du culte lorsqu’ils se déclarent catholiques au moment d’un vote, les monarchies du Nord de l’Europe, pour être parlementaire sont de droit divin…Ce qui ne les empêchent pas d’avoir un fonctionnement sociétal où les femmes y ont bien plus leur place que dans la société française. Ce dernier exemple d’ailleurs, montre qu’il est possible de concilier ce qui apparait à nos yeux comme une contradiction par la tolérance des opinions et personne ne pourrait nier que des pays comme les Pays-Bas ont fait de la tolérance une de leur valeur fondamentale. En fait l’Islam politique est incompréhensible si on refuse de le considérer comme une réaction identitaire. Son avènement, pour une large part orienté contre le monde occidental n’est ni plus ni moins que le symbole de la lutte des peuples arabes pour conserver leur identité et cultures face à la mise au pas du monde occidental, relayé par les dirigeants arabes. On leur a pris leur richesse, on a voulu mettre sous contrôle leur histoire, leur langue…l’affirmation religieuse est leur dernier recours. Au fondement de cet avènement politique, il y a cette lame de fond et finalement les mouvements islamistes extrémistes ne font que surfer sur cette vague. Il faut parier, que le terrorisme cessera quand les peuples et leur dirigeants élus, quels qu’ils soient pourront s’exprimer librement et équitablement, et que les occidentaux calmeront leurs appétits en énergies fossiles ou nucléaires. Dans ce sens, l’Ecologie et la pensée Démocrate ne sont pas que des utopies de doux rêveurs mais aussi le seul moyen combattre l’instabilité des relations Occident-Monde Arabe.

Il demeure le sujet épineux de la place des femmes dans ces sociétés. Les femmes arabes ont raison d’être inquiètes, leur position, leur rôle sont clairement menacés. Dans la mesure où tous les dirigeants occidentaux s’en moquent complètement, il appartiendra aux sociétés civiles occidentales d’être vigilantes, d’en faire un enjeu électoral s’il le faut. Le traitement de cette situation ne peut passer que par une forme de globalisation, ou tout du moins par le refus de laisser les femmes arabes seules face à leurs sociétés.

 

Pour finir, il semble possible de repenser des relations équilibrées et juste avec l’Islam politique et ce malgré les valeurs de laicité de la France. Il ne faut pas se tromper de combat; l’Islam politique est avant tout une réaction de survie. Une coexistence pacifique de la religion et de l’état si elle est impossible en France, existe déjà ailleurs et fonctionne avec un certain succès. De manière plus pragmatique, les peuples arabes, de toute façon ne nous consultent pas, prennent leur destin en main, et sont en passe de faire advenir cet Islam politique qui nous fait si peur. Il faudra apprendre à composer avec lui et il y a fort à parier que si les relations entre états sont établies sur la base du respect, elles se normaliseront progressivement. Parions également qu’il n’y aura pas de retour en arrière quant au status des femmes dans ces pays et pour reprendre le mot du ministre des affaires étrangères français, s’il s’agit de rester vigilant à ce sujet, ce sera avant tout aux sociétés civiles de l’être, avant les politiques.


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