Dimanche 22 octobre 2017

Re-règlementer la finance : la première transition écologique

Finance mondialisée et crise écologique sont-elles liées ? La question est très rarement posée dans le débat public. Le webzine Écologie démocrate prend parti : oui, finance mondialisée et crise écologique sont liées, et la première contribue à l’intensification de la seconde.

La finance de 2013 est le fruit d’une déréglementation systématique initiée par l’administration américaine sous les années Reagan. Elle a été imposée à l’ensemble des places financières du monde de manière uniforme et poussée à l’extrême depuis une quinzaine d’années grâce à un regain de déreglementation rendue possible grâce aux logiciels et à Internet.

 

Que veut dire « déréglementation » ? Cela veut dire que les acteurs financiers sont presque totalement libres. La question n’est pas ici de montrer des banquiers et des financiers honnêtes ou malhonnêtes, il y en a comme dans tous les métiers. Le propos vise à souligner l’absence de contrôle légal dans lequel agissent les acteurs. En effet, ils peuvent acheter et vendre des millions de fois par seconde des actifs financiers dont ils ne connaissent que le prix. Déréglementation veut dire qu’ils peuvent désormais parier sur l’effondrement de leurs débiteurs,  et gagner plus que si leur dette était remboursée.

 

Cela veut dire qu’il est possible aussi de s’assurer un nombre infini de fois sur un risque qu’on ne porte pas (par exemple la faillite d’un Etat) et que le jeu des marchés contribue à précipiter les organismes (assureurs, banques, États, entreprises…) dans une faillite réelle, car cette faillite « rapporte » à une minorité d’investisseurs. Déréglementation veut dire enfin que les principales transactions se font sur des marchés non soumis à la surveillance des chambres de compensation. Pour les transactions soumises à surveillance, la directive européenne MIF s’est chargée d’en diminuer la portée en mettant en concurrence les chambres entre elles. Désormais, la concurrence oblige les chambres à baisser leur taux de surveillance et leurs seuils de tolérance pour rester « compétitives ». Pour compléter le triptyque, il faut ajouter à la variété infinie des actifs et à l’opacité des échanges, la possibilité bien réelle d’empocher des gains illimités pour quelques investisseurs et leurs brillants traders.

En quoi cette finance déréglementée et mondialisée contribue-t-elle et accèlere-t-elle la crise écologique ?

La création monétaire liée à l’augmentation des échanges financiers croît au rythme de 30 % par an. De fait, 97 % de la monnaie est dans le circuit des marchés financiers. Cela ne laisse que 3 % de la masse monétaire à l’économie réelle. C’est pourquoi le « credit crunch » (absence de crédit) est la principale corde au cou de l’économie passée par des banques à l’économie réelle. Le libéralisme financier en vigueur est un des premiers freins au financement de la transition écologique. Le moindre euro est aspiré par l’illusion de rendements 10 à 50 fois plus importants que ceux des investissements industriels, comme la réduction de la consommation d’énergie. Or la transition écologique ne représenterait « que » 1 % de rendement par an.

 

Autre raison, l’appât d’un gain facile et élevé, guide les décisions industrielles. Pour augmenter leur attractivité en termes de marges et écraser les coûts, les industries sont livrées au productivisme le plus poussé : réduction des embauches, économies d’échelle grâce à des super fusions, non prise en compte des coûts environnementaux de leur activité (ce qui rendrait la plupart des activités industrielles non rentables). La finance dicte aux industriels ses lois de rendement à court terme et de marges importantes. Dans ce système, il n’y a pas d’institution qui ait une vue d’ensemble sur le long terme. Le pillage des ressources naturelles n’a donc pas de frein effectif.

 

Le secteur agroalimentaire et le secteur clé pour comprendre le lien ente finance et crise écologique. Responsable de 40 % des émissions de gaz à effet de serre, le secteur de l’alimentation humaine est soumis au prix du pétrole déterminé par les marchés financiers. L’industrie agro-alimentaire, réagit comme toutes les industries, elle surveille son cours de bourse et ses marges. La finance, grâce à la titrisation qui transforme n’importe quoi en actif, a pu transformer des crédits immobiliers insolvables en portefeuilles boursiers attractifs et de la viande minerai (tout l’animal, os compris) de cheval en hachis de boeuf vendu à bon prix.

 

La récente réforme de la PAC signe le triomphe d’une vision financière de l’agriculture avec des méga-exploitations sans main d’oeuvre et avec arrosage automatique des pesticides. L’épuisement des sols déjà perceptible aujourd’hui, après 40 ans de ce traitement, réussira peut-être là où ceux et celles qui souhaitaient l’agro-agriculture ont échoué.


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