Dimanche 21 juillet 2019

PS-EELV: le drôle d’accord.

Socialistes et écologistes ont inventé l’accord de coalition. Résistera-t-il à l’élection présidentielle?
Un mariage de raison entre la rue de Solférino et le faubourg Saint-Martin.
Né d’un long travail entre les deux formations politiques pour établir des points de programme commun, l’accord législatif si difficilement signé en novembre entre le parti socialiste et Europe Écologie – Les Verts, était pourtant quasiment finalisé avant les primaires socialistes; le plus dur, à savoir le détail des circonscriptions réservées aux écologistes restait à préciser. Initialement, quatre-vingt circonscriptions devaient être réservées aux écologistes contre cent-soixante réservées aux socialistes. Un accord électoral « gagnant-gagnant »: les écologistes pourraient enfin espérer obtenir un groupe à l’Assemblée Nationale, groupe qu’une toute petite dose de proportionnelle suffirait de toute façon à leur garantir. Les socialistes y gagneraient quant à eux une précieuse assurance électorale aux législatives face au Front National. L’accord législatif de 2002 entre socialistes et verts, qui devait permettre à Lionnel Jospin d’obtenir une majorité confortable à l’Assemblée, malgré la vague d’extrème droite, gelait déjà 58 circonscriptions aux verts contre 68 aux socialistes! Au final, l’accord législatif signé en nomvembre 2012, ne réserve que soixante-trois circonscriptions aux écologistes contre quatre-vingt-huit aux socialistes…Loin du prétendu laxisme des socialistes dans les négociations, les équilibres de l’accord de 2012 sont très proches de ceux de 2002. Les partisans de François Hollande s’en vantent d’ailleurs en privé: les socialistes ont négocié avec Europe Écologie -les Verts, comme ils ont toujours négocié avec les Verts depuis trente ans, sans tenir compte ni de l’émergence d’Europe-Écologie-les Verts dans les urnes, ni de la profonde mue de ce parti depuis les Verts. Une fois au pouvoir, les socialistes imaginent-ils leurs relations avec les écologistes, comme du temps des verts?

L’euphorie de la victoire…aux primaires citoyennes.
Le succès des primaires socialistes, conjugué à la victoire de François Hollande sur Martine Aubry fit voler en éclats le plan imaginé par les équipes de Martine Aubry et de Cécile Duflot: un grand accord de gouvernement entre le Parti Socialiste et Europe Écologie – Les Verts, à la fois législatif et programmatique. Or, ce que rendait nécessaire une victoire de la gauche enmenée par Martine Aubry, ne l’est plus après la désignation de François Hollande. La ligne politique de Martine Aubry plus marquée à gauche, lui imposait la contrainte de conquérir une très grande partie des électeurs de gauche ou écologistes, dès le premier tour de la présidentielle, comme l’atteste un programme socialiste, taillé sur mesure pour séduire l’électorat écologiste. À l’inverse, la stratégie de la voie du centre, choisie par François Hollande pour gagner la présidentielle le libère de cette contrainte; aussi cherche-t-il à se libérer de cet accord…et peut-être même du programme socialiste, comme Lionel Jospin l’avait fait avant lui.

De l’accord du siècle à l’accord de coalition.
Dès sa désignation officielle, François Hollande reprenait la main rue de Solférino: bureau politique élargi, doublement de toutes les instances nationales par des partisans du candidat…Au soir du second tour des primaires socialistes, les cadres écologistes avaient sans doute compris tout ce que la victoire de François Hollande signifiait: l’accord du siècle était enterré, pire le groupe parlementaire écologiste espéré depuis tant de législatures risquait de s’évanouir à nouveau. D’autant que le groupe parlementaire revendiqué par les écologistes est une double nécessité, à la fois politique et financière: les finances actuelles du parti interdisent aux écologistes toute stratégie de traversée du désert. De son côté, Eva Joly et son équipe, comprennent qu’ils disposent d’une fenêtre de tir inespérée pour reprendre la main et s’assurer une vraie campagne présidentielle, jusqu’à son terme. Daniel Cohn-Bendit, reconnaîtra lui-même dans une interview parue dans le journal Libération, quelques jours avant la signature de l’accord, « que l’attitude du PS justifie la candidature d’Éva Joly »!
Au premier coup de canif de Francois Hollande, « je préserverai la construction d’un EPR… » prononcé sur le plateau de télévision de France 2, la riposte des écologistes ne se fait donc pas attendre et les négociations sont suspendues; s’agirait-il d’une fin de non recevoir du candidat socialiste? L’annonce ressemble en effet à une intention de rupture du candidat: ne s’était-il pas opposé vigoureusement pendant une mandature à la décision de construction d’un premier EPR en France? Pourquoi refuse-t-il aux écologistes un moratoire, le temps qu’un audit sur la sécurité de l’EPR soit réalisé?

Un grand cirque médiatique pour cacher un divorce par consentement mutuel.

Nécéssité électorale faisant loi, pour les socialistes comme pour les écologistes, un accord législatif est finalement signé le 19 novembre: une soixantaine de circonscriptions seront réservées aux écologistes, dont la 6ème circonscription de Paris briguée par Cécile Duflot. Cet accord est décevant pour les écologistes, car clairement aux yeux des socialistes la dynamique des récents succès électoraux d’Europe Écologie -Les Verts ne suffira pas face à la logique du vote utile à la présidentielle. Alors que les responsables écologistes espèrent qu’Éva Joly puisse réussir à atteindre la barre des 10% aux présidentielles, les socialistes sont convaincu que le score de la candidate écologiste sera le score classique d’un candidat vert aux présidentielles: 5% au grand maximum. Avec comme conséquence, un fort effet de rabot sur le vote écologiste aux législatives qui auront lieu dans la foulée; ce qu’anticipe l’accord électoral.La véritable originalité de l’accord vient du fait qu’il s’agit d’un accord de future coalition parlementaire! Les points de programme de l’accord ne sont en aucun cas une sorte de plus petit dénominateur commun aux programmes présidentiels de François Hollande et d’Éva Joly; tous deux ont d’ailleurs fort logiquement déclaré ne pas être lié par l’accord signé par leur parti. Une subtilité qui doit permettre à chacun des deux candidats de mener une campagne présidentielle indépendante. Le vaudeville médiatique qui a entouré cet accord de coalition désoriente cependant l’opinion publique: coup de ciseaux de François Hollande dans le paragraphe de l’accord concernant le Mox et le retraitement, positions publiques impossibles à tenir des responsables écologistes conditionnant l’accord à la « sortie du nucléaire » puis à l’ « arrêt de l’EPR », intervention assumée d’AREVA dans les négociations…
Au point qu’une partie de l’opinion publique craint désormais que les divisions de la gauche ne prive François Hollande d’une victoire présidentielle, pourtant assurée sur le papier: le premier tour de la présidentielle de 2002, qui vit l’élimination de Lionnel Jospin, est dans toutes les têtes. De sorte que 59% des français interrogés dans un récent sondage BVA souhaitent qu’Éva Joly se retire de la course à la présidentielle; une option que ne peuvent plus se permettre les écologistes!

Le grand accord, voulu par Martine Aubry et Cécile Duflot et qui devait servir de base au rassemblement de la gauche et des écologiste pour battre Nicolas Sarkozy en 2012, n’aura pas lieu. François Hollande ayant fait d’autres choix politiques pour gagner l’Élysée. Reste le drôle d’accord de coalition signé en novembre, qui permet surtout aux deux partis de sauver les apparences. Si les intentions de vote pour le Front National sont sensiblement au même niveau qu’en 2002, la très grande impopularité du chef de l’État pourrait pradoxalement permettre à François Hollande de réussir son coup de poker: gagner le premier tour la présidentielle par le centre. Sans avoir à craindre donc qu’un bon score des écologistes ou du Front de Gauche, dont il aurait de toute façon besoin au second tour, ne le place mécaniquement en troisième position.

Crédit photo: P. Sterczewski/Wostok Press/ MaxPPP
A lire aussi:

http://www.lemonde.fr/politique/article/2011/11/29/ce-que-contient-l-accord-verts-ps_1610008_823448.html
http://www.liberation.fr/politiques/01012371580-hollande-est-en-train-de-se-segoleniser


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