Dimanche 23 septembre 2018

Présidence de l’UMP: une médaille en chocolat ?

La désormais fameuse polémique lancée par Jean-François Copé sur les pains au chocolats a au moins eu un grand mérite: amener un semblant de débat d’idées dans une campagne qui en manquait cruellement jusqu’alors.

 

Au lancement de la campagne pour la présidence de l’UMP, le 26 août, les deux discours simultanés de François Fillon et de Jean-François Copé avaient beau différer dans le style, le contenu, lui, était identique et en trois points. L’énoncé de la version courte en est simple: 1) Haro sur Hollande, 2) Vive Sarkozy et 3) Le seul véritable héritier de Sarkozy, c’est moi !

Personne n’a eu le courage d’oser un « droit d’inventaire », comme l’avait pourtant fait Jospin à propos de Mitterrand. Bien que Jean-François Copé ait pu dire pis que pendre de Nicolas Sarkozy en son temps, et que François Fillon ait, souvent en privé, parfois en public, exprimé les plus grandes réserves sur les valeurs de celui dont il fut le premier ministre pendant cinq ans, il n’y avait pas « l’épaisseur d’une feuille de papier à cigarettes », selon l’expression consacrée, entre Sarkozy et ses deux possibles successeurs; on ne change rien, et on continue !

Faute de débat d’idées, on se dirigeait donc vers un combat de coqs; exercice ô combien périlleux pour l’unité du parti; et ce, d’autant plus, que la démocratie interne était déjà sérieusement mise à mal: que Nathalie Kosciusko-Morizet ou Bruno Lemaire, des points lourds de l’UMP, n’aient pas été en en mesure de rassembler des parrainages en nombre suffisant pour présenter leur candidature, en dit long sur l’état de cette démocratie. Soulignons que ce délabrement ne touche pas que l’UMP: la manière dont la nomination de Harlem Désir au poste de Premier Secrétaire du Parti Socialiste a été effectuée, sur un coin de table, ou plutôt du bureau présidentiel normal de celui qui avait déclaré ne pas avoir vocation à être un chef de parti, n’est pas non plus exactement un modèle en matière de démocratie des partis politiques…

Grâce à Jean-François Copé et aux petits pains au chocolat, c’est le clivage latent de la campagne présidentielle à l’UMP qui est revenu par la fenêtre, autour de cette question centrale pour l’avenir de la droite: Y a-t-il eu trop, ou pas assez de Patrick Buisson ? Rappelons, pour mémoire, que ce personnage nourri des idées de Charles Maurras, ancien journaliste de Minute, conseillait Nicolas Sarkozy de manière plus ou moins occulte sur les questions liées à l’immigration et à la sécurité, et poursuit sa mission actuellement auprès de Jean-François Copé, qui considère que sa stratégie était la bonne, Sarkozy n’ayant perdu que de peu.La fameuse droitisation de la campagne, les appels du pied aux électeurs du Front National, c’était Patrick Buisson. Cela n’a pas été du goût de tout le monde. Malgré leur silence plus ou moins prononcé aujourd’hui pour ne pas diviser l’UMP, en leur temps, les Juppé, Fillon, Bachelot, Raffarin, et beaucoup d’autres, ont déclaré que reprendre les thèses du Front National, c’était les valider et renforcer le Front au détriment de la droite dite républicaine; à l’opposé, les soutiens de Buisson, dont Jean-François Copé, considèrent qu’il faut ramener dans le champ républicain les brebis égarées et ne pas laisser à l’extrême-droite le monopole du discours sur ces questions.

Sans prétendre ici trancher ce débat, quelques réflexions de bon sens s’imposent. Le sujet, sensible et miné, du rapport de l’Islam à notre laïcité, est trop grave pour souffrir d’approximations et d’imprécisions. Il doit certes être traité sans tabou, mais avec la plus grande rigueur; or, le fait divers rapporté par Jean-François Copé (un enfant se faisant arracher son pain au chocolat au sortir du collège par des voyous au prétexte qu’on ne mange pas pendant le ramadan) ne peut pas avoir eu lieu récemment, pour la simple et bonne raison qu’en 2011 et 2012, le ramadan a eu lieu… en pleines vacances scolaires d’été; Nadine Morano a depuis avoué qu’il avait eu lieu… il y a quatre ans, dans la ville de Meaux. Citer un fait divers vieux de quatre ans comme s’il s’agissait d’un événement non seulement récent, mais en plus récurrent et fréquent, n’est ni honnête ni adroit. C’est prendre ses concitoyens, et les électeurs internes de l’UMP par la même occasion, pour des imbéciles. Du propre aveu d’un membre de son équipe: « Plus Jean-FrançoisCopé fait du gros rouge qui tache et plus il a des chances de convaincre les militants ». L’expression « gros rouge qui tache » avait déjà été utilisée joyeusement par Nicolas Sarkozy en pleine campagne présidentielle. Le problème, c’est qu’on ne résout pas ce genre de problème explosif à coup de gros rouge qui tache. On prête ainsi le flanc à la parodie,à des critiques factuelles tout ce qu’il a de plus valide, et à des réactions en chaîne. Ainsi Marwan Muhammad, porte-parole du CCIF (Collectif contre l’islamophobie en France), qui a pu organiser avec succès une distribution pacifique de pains au chocolats, le 10 octobre: « Je mets M. Copé au défi en lui demandant d’avérer et surtout de quantifier ce phénomène ».

Aucun Français n’a envie que son enfant se fasse imposer, par la force ou l’intimidation, les codes d’une religion qui n’est pas la sienne. La défense de la laïcité est un sujet qui transcende la gauche et la droite. Il n’est, pour s’en convaincre, que de voir l’appel du Ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, aux Musulmans de France pour l’organisation d’un Islam de France, pour la clarification des questions de financement des lieux de cultes et de formation des Imams. Pour autant, ces questions méritent une précision, une rigueur et un tact qui peut difficilement s’accommoder des provocations faciles que l’on trouve habituellement au Front National. Il est un rien paradoxal, comme l’a fait Geoffroy Didier, le jeune « bébé Copé » co-fondateur, avec Guillaume Pelletier (ancien du Front National) de « La Droite Forte », de déclarer lors de l’émission On n’est pas couché du 13 octobre, n’avoir rien de commun avec le Front National, qu’aucune alliance avec lui ne sera jamais envisagée… tout en reprenant à son compte l’essentiel de son discours.Si vraiment la différence entre le Front National et la droite républicaine est dans les solutions concrètes, comme il l’affirme, alors il faut se focaliser sur les questions concrètes, et non sur les discours approximatifs qui exacerbent les peurs.

Le débat est donc lancé à l’UMP… mais il ne porte que sur ces questions de rapport à la la¨cité. Pour essentielles qu’elles soient, espérons que d’autres questions tout aussi fondamentales pour l’avenir de la droite, si elle a vocation à assurer un jour l’alternance, seront posées dans cette campagne. Il serait en effet assez surprenant qu’une opposition qui accuse le gouvernement de détourner l’attention des Français de la grave crise qui les frappe avec des questions de société, telles que le mariage homosexuel, ne soit pas meilleure que ceux qu’elle dénonce. Sinon, l’élection du 18 novembre risque fort de ne déboucher que sur une médaille en chocolat pour le vainqueur.

Crédits photo: REUTERS/Regis Duvignau


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