Lundi 11 décembre 2017

Obama II : la transition énergétique n’aura pas lieu

La campagne américaine est finie, Obama a été réélu avec un score relativement large. Cependant, il doit composer avec une opposition politique forte. En premier lieu, la campagne a montré que le pays est idéologiquement coupé en deux, le clan conservateur profitant des déçus de la politique économique d’Obama.

Celui-ci doit en tenir compte, d’autant plus que le Congrès, majoritairement Républicain ne manquera pas de le lui rappeler.

Côté politique intérieure, il ne devrait donc pas avoir les mains libres, les aura-t-il sur le plan international ? Rien n’est moins sur, tant pour la première fois depuis longtemps le destin du monde ne semble pas dépendre des décisions américaines. Cependant, l’homme a des ressources, des atouts pour appliquer ses choix politiques, il s’agit de les identifier.

La politique américaine intérieure

Le principal écueil « Obama 1″ est le bilan de sa politique économique. L’économie peine à redémarrer, le chômage stagne pour la première fois durablement autour de 8 %. Aux Etats-Unis, sauf période exceptionnelle telle que la Grande Dépression, le chômage ne s’est jamais maintenu à un niveau aussi important, aussi longtemps. Il est vrai que la crise est mondiale, Obama n’a pas tous les leviers en main. Cependant les État-Unis, conserve une des plus grandes souverainetés pour influer directement sur son propre destin économique.  À cela s’ajoute, pour la première fois depuis longtemps également, le moral des ménages américains qui est au plus bas, ils ne croient plus en l’avenir, et le Congrès qui est opposé aux principes politiques d’Obama. Il va devoir vaincre ces deux dynamiques.  L’un de ces premiers discours après sa réélection, étonnement combatif, a réaffirmé sa volonté de taxer les plus riches pour relancer l’économie. Le ton, étonnement déterminé a montré qu’Obama est conscient de l’ampleur de la tache qui l’attend, peut-être aussi a-t-il marqué le terrain en vue des négociations très dures avec le Congrès.

Ses marges de manœuvre sont faibles. Les États-Unis n’ont plus tant de moyens d’action que par le passé, d’autant plus que la relance de l’économie américaine passe par un maintien d’un certain niveau de consommation en Europe, à ce titre, il ne faut pas s’étonner d’entendre les Présidents des Etat-Unis et du FMI plaider pour un assouplissement des politiques de rigueur en Europe et regarder avec une crainte certaine le ralentissement de l’économie chinoise.

L’un des axes vers lequel s’oriente Obama semble être l’exploitation tout azimut des ressources énergétiques fossiles. Les Etats-Unis sont devenus premier producteur du monde de pétrole, en partie grâce à l’exploitation des roches de schiste, Obama a autorisé l’exploitation des ressources du sous-sol de l’Arctique… La transition écologique souhaitée pour préserver les ressources terrestres et les équilibres géopolitiques mondiaux n’est pas prête d’advenir, au contraire même Obama pourrait voir le début de la course à l’énergie, de la guerre diraient certains.

La politique étrangère américaine ou l’huile sur le feu

Les Etats-Unis semblent maîtriser de moins en moins le destin du monde.

L’Europe joue obstinément la carte de la rigueur pour la mise à flot de ses finances publiques. Ni les préconisations de certaines instances internationales, ni les soulèvements des peuples européens ne parviennent aujourd’hui à détourner les politiques de rigueur. Seul peut-être un changement de majorité politique au sein de l’exécutif allemand pourrait infléchir cette tendance… Le capitalisme européen est adepte de l’évolution par la destruction, il profite des états de choc des peuples pour libéraliser encore plus les économies.

La Chine joue définitivement sa carte, elle dispose de la force de frappe financière pour le faire, les fonds souverains chinois mettent en jeu des sommes démesurées. Même si la Chine doit faire face à des mutations sociétales intérieures, mettant potentiellement en cause ses équilibres.

Le monde arabe est également en pleine mutation, il est d’autant plus difficile pour les Etats-Unis d’essayer de l’influencer, qu’il est difficilement lisible aujourd’hui, bien qu’en fait les Etats-Unis sont plus prompts à discuter avec l’Islam politique que les européens.

Plutôt que de raisonner en terme nationaux, ils pourraient être amenés à analyser la scène internationale sur des sujets transverses, telle l’énergie. Cette approche aurait une cohérence avec l’approche intérieure. Une guerre contre l’Iran aurait comme intérêt de mobiliser le peuple américain, de conquérir l’un des plus importants gisements de ressources mondiales en énergie fossile, de relancer l’économie américaine mondiale par un « choc destructif » qui semble être la tendance du capitalisme actuel : les possibilités de développements économiques étant dorénavant limités, il s’agit de détruire les anciens équilibres pour en créer d’autres plus favorables… Si ce scénario terrible a lieu, dans la mesure où Obama ne souhaite pas apparaître comme un président va-t-en guerre, il ne pourra advenir que par le truchement du soutien des Etats-Unis à Israël, qui se serait senti menacé par l’Iran.

Le deuxième mandat d’Obama s’annonce comme un mandat de combat, que ce soit sur le plan intérieur ou du point de vue de la politique étrangère. S’il estime ne pas avoir le choix, ou le pouvoir de changer de paradigme, ce combat va provoquer des victimes collatérales. L’exploitation anarchique des dernières ressources énergétiques de la Terre sera dans ce cas l’irréversible drame.

Si le scénario évoqué ici est pessimiste, catastrophiste sans doute, il est plausible. Il faut espérer que dans ce cas, Obama répondra à son destin, celui d’une figure qui, par sa seule volonté, et une forme de grandeur, saura s’opposer aux inclinaisons mortelles auxquelles la préservation de « l’american way of life » veut le conduire.


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