Dimanche 21 juillet 2019

L’UMP aux limites du marketing politique

L’UMP est en miettes.

Une fois de plus, la montagne a accouché d’une souris.
Le grand débat de l’UMP sur l’islam, reconverti en catastrophe en mini-débat sur la laïcité,

devait dépoussiérer notre loi fondatrice de 1905, qui paraît-il. selon quelques esprits chagrins, en avait besoin. Il aura fait pschitt.
Non qu’il soit tabou de débattre sur ce thème: une démocratie apaisée digne de ce nom ne craint pas le débat, quel qu’en soit le sujet; non pas, même, qu’un parti politique soit illégitime pour le faire, comme le suggérait le communiqué oecuménique des représentants des six principales religions en France: après tout, n’est-ce pas la vocation d’un parti politique que de produire des idées, y compris (et surtout) dans l’optique d’un projet présidentiel ?

La cause de l’échec de ce débat est toute simple: son manque de sincérité  et ses ambitions bassement court-termistes étaient si flagrants, que personne de sensé n’a été assez fou pour s’exposer au ridicule de s’y montrer.

Puisque nous vivons dans un monde où domine la « culture du résultat », chère à Jean-François Copé, il n’est pas absurde de juger ce débat à la lumière de ses objectifs affichés et des résultats obtenus: Il s’agissait, d’une part de résoudre la question du vivre ensemble, et d’autre part, de couper l’herbe sous le pied au Front National. La réussite est éclatante sur les deux plans:

D’une part, puisque l’impression a été donnée d’une volonté de stigmatisation des musulmans, les intégristes ont a présent toutes les armes pour se refaire une santé auprès de l’immense majorité de ceux qui vivent paisiblement leur foi, en leur disant simplement: « vous voyez bien, la République laïque ne vous aime pas ». Certes, la réaction de l’ancien conseiller à l’intégration de Nicolas Sarkozy, Abderrahmane Dahmane, qui appelé tous les musulmans à porter une étoile verte, est très contreversée. Il n’en demeure pas moins que le malaise engendré est réel et profond.

D’autre part, en ouvrant la boïte de pandore du financement des lieux de cultes, alors même que personne le réclamait au sein des communautés religieuses, un tour de force sans précédent a été réussi: faire passer Marine le Pen, dirigeante d’un parti qui s’est toujours appuyé sur l’intégrisme catholique dans le but de légitimer un discours nationaliste, pour la défenseuse ultime de la la laïcité française. Il fallait tout de même le faire – chapeau l’artiste !

Point n’était besoin de toucher à la loi de 1905, pour régler, localement et au cas par cas, les problèmes logistiques de son application. Car, dans la Sarkozie, ce n’est pas nouveau: plutôt que d’appliquer les lois existantes, qui contiennent généralement déjà tout l’arsenal juridique nécessaire à la répression des comportements inacceptables, on en empile des dizaines de nouvelles, sans d’ailleurs se soucier davantage de leur application que de celle des anciennes.

Ce qui pose problème à l’UMP, ce n’est pas tant les idées, même choquantes, que l’absence totale de constance, de cohérence, de sincérité, et de vision à long terme: on fait feu de tout bois, au gré des sondages et des faits divers du jour, en jouant sur toute la gamme du clavier idéologique. « Faites dans le gros rouge qui tache », a conseillé, à plusieurs reprises, Nicolas Sarkozy a ses ministres. Avec les petites phrases de Claude Guéant, le nouveau « grand ministre de l’intérieur », selon le mot du chef de l’Etat, on est servi. Point de dérapage, mais une exécution sans faille de la stratégie présidentielle.  Et le rouge est tellement gros et tache à un tel point, que même les moins suspects de gaullisme social reculent,  apportant ainsi, ou plutôt retirant, leur pierre à l’édifice: Jean-François Copé, qui, la veille encore, appelait à l’unité de la famille, a pris ses distances avec les propos de Guéant sur la réduction de l’immigration de travail et du regroupement familial; Christine Lagarde lui a aussitôt emboîté le pas.

« On est en train de perdre sur les deux tableaux », a commenté en privé François Fillon. Tout ce que la droite compte de gens plus ou moins centristes, fidèles à ligne anti-pétainiste définie par De Gaulle en 1944, trouve (enfin) le courage de relever la tête; parallèlement, la stratégie de reconquête des électeurs du front national va dans le mur: comme l’avait si bien dit Jean-Marie le Pen, les électeurs préfèrent l’original à la copie. Mieux, on légitime l’original. Car si nos grands stratèges politiques de l’UMP ont bien pensé à appliquer les techniques du marketing (identifier le coeur de cible, et tenter de répondre à ses attentes),  ils n’en connaissent pas la règle d’or, celle qui passe avant toutes les autres, et que même le plus roublard des marketeurs n’oublie jamais: rester fidèle aux valeurs de la marque. Nicolas Sarkoy ressemble à ces constructeurs désespérés qui se dépêchent de sortir un clône de l’Ipod en catastrophe pour prendre leur part du gâteau, et qui ne réussissent qu’à donner l’envie d’acheter un Ipod à une population qui n’en aurait pas spontanément eu l’idée…

La majorité craquelle de toute part. Telle une grande entreprise multinationale qui a tourné le dos à ses valeurs historiques pour afficher 15% de rentabilité nette à la fin de l’année, et qui voit en conséquence ses collaborateurs les plus talentueux démissionner en cascade. Il ne fait aucun doute que le PDG sera bientôt limogé.

Dans l’espace béant du centre droit, laissé vacant, c’est le trop-plein. Jean-Louis Borloo, pour son soixantième anniversaire, est le premier a avoir pris son ticket. Sous des dehors débonnaires, affirmant ne vouloir de mal à personne, et certainement pas au Président, se dissimule un avocat calculateur. A ceux qui l’accusent de diviser la famille et de concourir à sa perte, il peut justement répondre que le diviseur, ce n’est sans doute pas celui qui est resté fidèle à ses valeurs… Pourtant, Borloo  est enfermé dans les contradictions auxquelles le condamnent les institutions de la Vème République: il reconnaît qu’il fait partie d’un « camp », celui de la droite. Il a infiniment plus en commun avec DSK qu’avec Eric Ciotti, et pourtant, c’est ce dernier qu’il soutiendra in fine !  A moins que ? quel sera le destin de l’ancien ministre de l’écologie ? rabatteur de voix pour un Sarkozy en perdition ? fossoyeur de la droite ? ou créateur d’une offre politique nouvelle et crédible, une véritable alliance sociale et écoologique, comme il l’affirme ?
Il n’est pas tout seul: Hervé Morin y pense encore, même s’il devra probablement se rallier à Borloo, faute d’audience et de troupes; François Bayrou proclame que lui seul représente le centre indépendant; Dominique de Villepin se pose en force de propositions désintéressée. Une chose est certaine: jour après jour, les partisans du chef de l’Etat tendent à se réduire au dernier carré.

Crédit image: Europe 1


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