Samedi 16 février 2019

L’imbroglio syrien

La situation en Syrie est par bien des aspects insupportable. Des civils innocents continuent de mourir par grappe, l’exécutif  Syrien bafoue sans vergogne tous les principes les plus élémentaires de la Démocratie, se moque casi ouvertement de l’action de la Ligue Arabe, des mises en garde de ses alliés traditionnels Russie et Chine. Il s’en est fallu de moins pour que les Occidentaux interviennent  en Lybie, or ils ne font rien en Syrie. Cette approche serait d’une injustice incompréhensible, d’une espèce de deux poids deux mesures inavouable si la Syrie n’était pas une pierre angulaire du fragile équilibre géostratégique au Moyen-Orient…En fait une chute mal contrôlée du régime syrien pourrait purement et simplement entraîner une guerre généralisée dans la région.

Les intérêts du monde occidental

S’il fallait commencer par la France, il est important de rappeler que la Syrie a été un protectorat français, que le Liban a été sous influence française également. Il y a fort à parier que la Diplomatie française ne serait pas complètement hostile à l’idée de récupérer une partie de son influence dans la région. Cependant, une action armée, directe est difficilement envisageable pour les français. L’opération libyenne a de toute façon lessivé une large part du budget des OPEX (opérations spéciales militaires extérieures) pour le moment, les ennemis à affronter seraient la Syrie évidemment, mais aussi l’Iran, allié traditionnel de la Syrie, une recrudescence des actions terroristes sur le sol français serait à envisager…Les risques sont élevés, la France aurait beaucoup à perdre. En fait ne serait-ce que de ce point de vue, elle a intérêt à ne rien faire, en misant plutôt sur un affaissement du régime Syrien, de lui-même, voir peut-être quelque peu aidé par des actions occultes. Pour les autres états occidentaux, à commencer par les Etats-Unis, le plus important serait à priori d’affaiblir l’influence de la Chine et de la Russie dans la région, de renforcer les positions d’Israel, d’affaiblir et d’isoler encore plus l’Iran. Mais dans une doctrine d’action où il n’est plus question de montrer une Amérique interventionniste à tout va, ou des restriction budgétaires en viennent à frapper le cœur de l’armée américaine ( 500 milliards de dollars d’économie sur 10 ans ), et où le redéploiement des forces armées américaines se fait en Asie, voir en mer de Chine au détriment d’autres régions du monde, les USA pourraient aussi vouloir laisser venir, d’autant plus que le fruit semble suffisamment mur pour tomber de lui-même…Encore une fois, si les considérations du monde occidental sont bien celles évoquées plus haut, les civils Syriens peuvent être inquiets, ils ne sont pas prêts, tout du moins officiellement à sortir de leur isolement.

 

La position des géants de l’ex-bloc communiste et de l’Iran

Le parti du président Syrien est le parti Baas d’inspiration laique, panarabe, proche des appareils politiques successifs ,russes. Ce parti a été largement consolidé par le père du leader Syrien actuel, il verrouille l’ensemble des institutions du pays, en s’appuyant entre autre sur les services secrets et des relais puissants au sein de la population. Il est assez facile de comparer cette structure à celle de l’ex union soviétique et c’est tout naturellement que l’URSS initialement, la Russie aujourd’hui est un allié de la Syrie. Pour ce pays, il s’agit tout simplement de peser dans la région, de ne pas laisser libre court à la politique étrangère américaine, d’essayer de maitriser indirectement les approvisionnements mondiaux en hydrocarbures, de conserver son rang comme grande puissance auprès des autres puissances locales amies de ne pas perdre la face. Pour l’Iran, la situation est plus basique encore, il s’agit à la fois de ne pas perdre un allié précieux dans la région, de conserver une zone tampon avec Israel et le Liban, de disposer de frontières physiques avec ces deux états en cas d’action armée. Plus simplement, il s’agit également de ne pas perdre son influence dans la région à l’heure surtout où un bras de fer plus ou moins avéré est engagé avec les Etats-Unis dans le détroit d’Ormuz…Si la chose est moins évidente pour la Russie, l’Iran pourrait avoir des velléités d’interventions. Mais du point de vue également une intervention serait risquée car elle entrainerait immédiatement une réaction américaine, et il n’est pas du tout certaine que les gouvernements alternatifs conviennent à l’Iran…En fait, il semblerait que pour l’Iran également ainsi que la Russie, une  intervention directe parait très hasardeuse. Ces deux états pourraient également attendre et voir venir, pour intervenir dans un second temps.

 

Pour finir, la Syrie est au cœur d’enjeux internationaux, complexes et dangereux. Plusieurs camps s’affrontent dans le cadre du conflit syrien et tout interventionnisme extérieur mal pensé et maitrisé pourrait entrainer une réaction en chaine dangereuse. De nombreux facteurs concourent à repousser toute intervention évidente dans ce pays, l’un d’entre eux étant l’autodestruction apparemment inéluctable du pouvoir en place. Hélas pour les populations civiles syriennes, ce constat implique encore de nombreux morts, et de la manière la plus cynique qui soit, plus il y en aura et plus le régime syrien aura tendance à tomber de lui-même.


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