Mercredi 2 décembre 2020

L’Europe, droguée au pétrole ?

La débâcle de la plate-forme pétrolière au large de la Louisiane va enclencher très probablement un ralentissement des prospections et exploitations de pétrole en haut-mer. Le temps de se poser quelques questions :

Où en est l’Europe de sa dépendance au pétrole ?

La bonne nouvelle, car il y en a une, est que l’Europe, qui voyait sa consommation de pétrole augmenter continuellement jusqu’en 2006 à 14,5 millions de barils/jours, a vu cette consommation diminuer à 14,32, 14,25 et 13,6 millions de barils pour 2007,2008 et 2009. Hausse des prix, crise économique furent deux facteurs essentiels. Cette évolution est donc à suivre. 7% en 5 ans, c’est sensible.

Côté mauvaises nouvelles, il faut regarder la production européenne : l’Union Européenne a 2 producteurs importants de pétrole, le Royaume-Uni et le Danemark, 3 en incluant la Norvège. Les Pays-Bas sont devenus quantité négligeable. Le Royaume-Uni a vu sa production passer de 2 millions de barils/jours en 2005 à 1,5 millions en 2009, le Danemark de 0,4 à 0,27. Soit des baisses de 25 % en 5 ans. La Norvège, autre bouée de secours européenne, connait la même tendance, passant de 3 millions à 2,5 en 5 ans.

La production européenne (Norvège incluse) a donc diminué de en gros 6 millions à 4,5 millions de barils/jours en 5 ans, soit -25% ! Le pic de production de pétrole en Europe est atteint depuis plus de 10 ans.

La dépendance de l’Europe aux autres pays producteurs de pétrole, malgré une consommation légèrement réduite, s’est donc accrue significativement.

Dépendants, et alors ?

Le lecteur n’est pas étonné d’apprendre que l’Europe dépend des autres pour le pétrole. L’Europe dépend bien des autres pour les bananes, le cacao, le café, les vêtements, etc. C’est la beauté de la mondialisation, n’est-ce pas ? L’Europe est aussi dépendante de l’extérieur pour la gaz, le charbon et l’uranium, qui composent 90% de notre consommation d’énergie.

S’il est aisé -quoique- d’imaginer se passer de bananes ou de café (aie !), se passer d’énergie et de pétrole est aujourd’hui impossible !

Et si l’Europe connait une diminution actuelle de sa production de pétrole, comme les USA, le Mexique ou le Vénézuéla, la physique* veut que cette évolution atteigne tous les autres pays, alors même que la consommation mondiale de pétrole est tirée par la Chine et l’Inde.

Dans ces conditions, où l’Europe ira-t-elle chercher son pétrole ? Au prix de quelle récession ? Avec quels moyens, militaires notamment ?

Il est plus que temps de rentrer dans l’ère du post-pétrole en Europe, car nous serons les premiers touchés.

*la physique dit : Quand un réservoir se vide, le débit est plus faible dès lors que la moitié du réservoir est vide. Essayez avec une bouteille !

Sources : Agence Internationale de l’Energie, ASPO dont le Oilwatch de Mai : http://www.peakoil.nl/wp-content/uploads/2010/05/2010_May_Oilwatch_Monthly.pdf



2 Commentaires

  1. Comments  Rodrigue   |  Jeudi 10 juin 2010 à 14 h 59 min

    L’évidence même. Surtout quand on songe que l’essentiel des réserves est en haute mer…qui veut d’une nouvelle catastrophe à la BP

  2. Comments  Marie-Amélie   |  Vendredi 11 juin 2010 à 14 h 20 min

    En effet, Rodrigue.
    Sans compter les gisements de pétrole en Antarctique, sous la banquise, dont on n’ose pas imaginer les effets d’un accident du type deepwater, s’il devaient un jour être exploités.

    En vingt ans, on a réellement changé d’échelle du pire en terme de risques écologiques.

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