Mercredi 3 mars 2021

L’Europe à deux vitesses

La crise financière, économique, puis politique et sociale des États européens est aux portes de la France. Le soutien des pays européens endettés serait l’une des vocations de la zone Euro, mais au prix fort : celui de faire vaciller l’ensemble de la zone et de mettre les Européens face à leurs contradictions.
Il n’y a hélas plus rien d’original à affirmer que la crise des dettes européennes montre les limites de l’Europe, mais il est par contre intéressant de constater qu’à la suite de ces évènements, la petite musique de l’Europe à plusieurs vitesses se fait entendre à nouveau.

Un constat accablant

A la création même de la Communauté Européenne préside ce principe fort d’une union faisant la force. Par l’affirmation de la volonté d’une destiné commune, les vieux états européens se placent sous la protection de la Communauté Européenne et de l’Euro, lequel en plus d’être un symbole politique fort nous a été proposé comme un rempart face à la spéculation, l’inflation, les dévaluations et toutes les autres menaces venant de l’extérieur…La vérité est qu’à la première crise venue le système montre ses limites. Les états du Sud de l’Europe n’ont jamais voulu jouer le jeu de la responsabilité financière. Ils ont fait montre d’errements de gestion des finances publiques qui sont flagrants aujourd’hui, avec la complicité des états du Nord et de l’Allemagne lesquels étaient trop content de pouvoir vendre leurs biens manufacturés sur des marchés captifs. Dans ce sens, il ne faut surtout pas d’une Europe politique perçue par tous comme une limitation des prérogatives nationales, dont aucun peuple européen n’a jamais voulu, à commencer par l’Allemagne et la France, et pour laquelle aucun de nos responsables politiques en activité ces vingt dernières années n’a voulu se battre…En bref, l’édifice a toujours été un jeu de dupes, qui n’a tenu que parce que tous les gouvernants européens étaient conscients du jeu à jouer, et surtout grâce à l’endettement qui a servi de variable d’ajustement, et qui a permis de pallier toutes les contradictions de ces mécanismes…jusqu’à aujourd’hui. La situation actuelle montre l’Europe telle qu’elle est, à savoir que ce soit les états, les peuples, tous jouent une partition individuelle, inquiétante, car tous les personnages de ce film sont braqués les uns contre les autres…Aujourd’hui personne ne veut payer la facture, et pour la première fois depuis longtemps des économistes et sociologues installés évoquent avec assurance la possibilité d’un conflit armée majeur en Europe…Pour ne pas en arriver là, il est frappant de constater aujourd’hui qu’en France, toute la classe politique des partis de gouvernement envisage comme un seul homme l’Europe à plusieurs vitesses. En bref, l’édifice européen repose sur des faux semblants, la dette est un de ceux-là, elle apparait comme telle aujourd’hui.

Une Europe à la carte

Ainsi, le Premier Ministre Français, en pleine période pré-électorale, n’hésite pas à proposer une mesure particulièrement impopulaire à propos des retraites. A la suite, il explique de la manière la plus explicite qui soit qu’il s’agit bel et bien de commencer à harmoniser le fonctionnement de la société française avec celui de la société allemande…Ne nous y trompons pas, nous ne sommes plus dans cette tendance à l’admiration béate du système allemand par les classes dirigeantes françaises qui a prévalu ces dernier mois, mais dans un rapprochement à marche forcée des fondamentaux des deux pays d’outre-Rhin. Nous sommes à la veille de la constitution d’un noyau dur Allemagne France, et le fait que l’annonce soit faite en ce moment montre bien qu’il y a un agenda caché qui dépasse les agendas locaux. S’il fallait ouvrir une parenthèse, il s’agit peut-être aussi d’un indice qui montre que la droite sait de manière plus ou moins consciente qu’elle va passer son tour à l’occasion des élections présidentielles à venir. En fait l’Europe à deux vitesses semble déjà en cours de construction

De l’autre côté de l’échiquier politique français, la gauche au travers de personnalités comme Claude Allègre n’hésites pas à justifier et théoriser l’Europe à plusieurs vitesses. Pour lui, il s’agit de créer pour tout pays de la CE se faisant aider, un Euro bis, à parité fixe avec un Euro principal mais de valeur inférieure, permettant de relancer les économies des états soutenus par une espèce de dumping monétaire…sans préciser bien sur les impacts sur le remboursement de la dette de ces états d’une telle mesure. Si Claude Allègre est une personnalité de gauche un peu particulière, la position de François Hollande, possible futur président de la France, est intéressante car elle va exactement dans le même sens en plaidant pour un rapprochement fort de la France et de l’Allemagne, et de la création d’une Europe à plusieurs vitesses laquelle d’ailleurs n’aura plus de problème à accueillir de nouveaux entrants, puisque ceux-ci ne risqueront pas de mettre en péril le noyau dur…

Pour finir, non seulement l’Europe à deux vitesses qui était un tabou il y a peu ne l’est plus, mais en plus le lancement de sa construction est déjà effectif. Cet avènement est possible par la peur…Les peuples français et Allemands voient bien que leurs économies sont mises en périls par les crises de la dette, péril accentué s’il s’agit en plus de mettre la main à la poche pour financer cette dette…De fait, tous les tabous relatifs à ce sujet ont volé en quelques mois, et même la gauche française, traditionnellement plus européenne que la droite emboîte le pas de cette nouvelle Europe sans questionnement aucun… La France et l’Allemagne se comportent comme ces sous-marins prenant l’eau et où il s’agit de condamner au plus vite les parties déjà immergées, que l’eau ne se propage pas plus…Personne n’ose évoquer ce sujet trop fort pour ne pas embarrasser nos concitoyens face à leur contradictions ( solidarité contre préférence nationale ), et la messe semble déjà dite…Cependant, l’installation de cette nouvelle Europe sera l’occasion de revoir les fondements fragiles de l’Europe actuelle pour en proposer d’autres. Il s’agit de ne pas rater le rendez-vous cette fois-ci.


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