Jeudi 21 octobre 2021

L’étrange gouvernance de l’Etat français

Il y a dans ce gouvernement comme un petit air de musique qui nous laisse un son étrange à nos oreilles. Une musique d’un nouveau style où tout pourrait s’entremêler, où on accepterait tout et son contraire.

Un mélange des genres et des rythmiques. Car au-delà des affaires d’Eric Woerth, ministre plus que fragilisé, c’est tout un pan du gouvernement, et de la politique française en générale, qui se fissures jour après jour. Un escamotage jusqu’à l’écroulement de l’architecture ? Nous n’en serions pas bien loin. Et dans ce capharnaüm musical une voix se dessine au-dessus de toutes les autres : la voix du soutien au pouvoir épuisé. Celle de gouvernants qui préfèrent se féliciter jusqu’à dire tout leur talent plutôt que de reconnaître l’implosion et l’incompréhension de citoyens médusés par ces petits arrangements entre amis.

L’affaire Bettencourt est devenue une affaire d’Etat. Elle est aujourd’hui le coeur même d’un système où le conflit des intérêts et la machine à fric sont légions. Pas de chance pour un ministre qui cristallise tous ces petits mensonges contre lui. Car ce gouvernement n’en est pas à son coup d’essai. Combien de voix se sont élevées dès 2007 pour dénoncer le cumul d’un poste de trésorier du parti au pouvoir et de celui de ministre du Budget ? Combien de ramdam pour demander des explications entre un bouclier fiscal et les grandes réunions d’un cercle privé de gentils donateurs au parti majoritaire ? Et maintenant, combien de raffut pour crier une colère autour d’un soupçon de lien avec la fraude fiscale présumée de la plus grande fortune de France ? La liste est longue pour ces dirigeants qui se retrouvent aujourd’hui avec en plus sur les épaules une affaire de radio où Madame Woerth est actionnaire… Radio qui détient le record de rapidité en obtention et en nombre de fréquences FM pour émettre ses émissions et une affaire de courses hippiques que Mme aurait créé à l’instant même où la réforme de son mari sur les jeux et paris en ligne entre en vigueur. Car ainsi va la vie médiatique : à chaque jour son lot de révélations.
Face à une politique devenue indigeste, beaucoup demandent des comptes. La seule réponse servie au peuple avide de couper la tête du roi : tout va bien dans le meilleur des mondes. Circulez il n’y a rien à voir. Mais là où tout s’affole c’est quand ces défenseurs du théâtre grotesque gouvernemental dénoncent à leur tour ce qui se fait ailleurs. Dernier exemple en date avec ce champion de judo devenu député médiatique de droite qui arrive à faire mettre en examen une ex-juge convertie à la grande messe écologiste. Ainsi David Douillet arrive bille en tête face à Eva Joly sur fond de diffamation car l’eurodéputée aurait dénoncé l’imposant judoka sur une affaire… de fraude fiscale et de comptes en banque détenus à l’étranger ! Nous ne serions pas bien loin d’imaginer Eric Woerth demander réparation devant la justice face à l’ensemble d’une presse encore un peu libre qui a osé révéler son lot d’affaires… comme sa femme a osé le faire dernièrement.

Ce qui devient certain dans cette politique quotidienne réside dans un constat simple : le conflit d’intérêt n’a rien à voir avec le conflit avec soi-même. Car c’est finalement l’imposteur qui est érigé en exemple et soutenu par ses pairs. Car c’est finalement celui qui devrait se sentir le plus mal qui s’en sort avec les lauriers du Président. Car c’est finalement le système de la triche qui prend le dessus sur celui de l’honnêteté. Il est vrai que frapper sur les fraudeurs d’allocations familiales est bien plus simple et vendeur que d’aller s’intéresser aux autres fraudes de ses plus proches amis.

Alors qu’il promettait une République irréprochable et à l’heure où l’on se dirige de plus en plus vers un plan de rigueur, Nicolas Sarkozy osera-t-il tirer les leçons de ce chaos d’affaires financières ? Est-ce toujours aux citoyens de se serrer la ceinture ? La fin du mythe « deux poids, deux mesures » n’est décidemment pas pour demain.

Crédit photo : REUTERS/Charles Platiau



1 Commentaire

  1. Comments  Herlock   |  Vendredi 2 juillet 2010 à 9 h 56 min

    Très bien dit…
    Rajoutons que la défense du Gouvernement consiste à répondre aux questions non posées afin d’éviter d’avoir à répondre aux questions posées: ainsi, il est facile de se drapper dans la vertu de la présomption d’innocence pour dénoncer la « chasse à l’homme » qui serait « livré aux chiens » (c) (Tonton 1993), alors qu’Eric Woerth n’es PAS, à ce stade, mis en cause personnellement, pour éviter de répondre à la question toute simple des conflits d’intérêts….

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