Jeudi 27 avril 2017

Les nationalismes, enfants naturels du libéralisme

L’Identité Française serait en péril, son concept du moins. D’aucuns prédisent un raz-de-marée au Front National et à ses thèses. Les émissions tournent en boucle sur la jeune Léonarda à qui François Hollande a concédé le retour en France sans sa famille.

Zemmour et Finkelkraut sont des invités permanents des fins de soirée télévisées. Ni phantasme, généré par une crise économique européenne qui n’en finit plus et entretenue par les opportunismes politiques, ni épouvantail politique, la montée des natinalismes semble relever d’une tendance de fond. Pour tous les républicains, il est important d’en connaître les fondements.

La mondialisation et la raréfaction des ressources planétaires
Quelques chiffres pour commencer. Les immigrés représentent 6 % de la population aujourd’hui, 7 % il y a dix ans. Lionel Jospin du temps où il était premier ministre expulsait entre neuf mille et dix mille étrangers, Manuel Valls en expulse trente cinq mille aujourd’hui. Les Roms sont quelques milliers en France et, pourtant, ils pourraient mettre en péril les équilibres nationaux. Comme si cela ne suffisait pas, la triste affaire Leonarda est prolongée par l’affaire de « l’ange blond » en Grèce, abondamment relayée par les chaînes infos dont le rôle est largement discutable à cette occasion. D’autres pays européens tels que la Suède et l’Allemagne accueillent bien plus d’immigrés que la France. Les populations européennes, à l’exception peut-être de la population française vieillissent et dans les dix années à venir, l’appel massif à l’immigration est incontournable en Europe.

Malgré tout le ressenti est là et il est fort. L’Education Nationale serait en train de se déliter, les jeunes ne connaissent plus l’Histoire de France, les immigrés viennent avec leur valeurs qu’ils perpétuent sans chercher à intégrer les valeurs françaises, la supposée méconnaissance de la langue chez certains cristallise toutes les rancœurs. Dans tous ces points, il s’agit bien de ressenti, à priori difficilement compréhensible, mais sa persistance pourrait s’expliquer par deux phénomènes à l’échelle mondiale.

La globalisation d’abord, qui met tous les peuples en concurrence les uns avec les autres. Il est difficile d’expliquer aux ouvriers sidérurgistes ou automobile qu’il faut être solidaires des ouvriers d’autres pays quand leurs usines ferment au profit d’autres avec des coûts salariaux associés plus faibles… C’est un euphémisme de dire que la libre circulation des capitaux et des personnes se résume dans les faits à celle des capitaux. Non seulement l’ultralibéralisme moderne met les peuples en concurrence, mais fragmente également les sociétés en interne. En plus des conflits de classe traditionnels, se greffe à la société un conflit générationnel puissant où les jeunes de plus en plus exclus de la société : insertion tardive dans la vie active, coût de plus en plus important de l’éducation, déclassement des premiers emplois… rejettent violemment les valeurs de leurs ainés, lesquels handicapent l’avenir des jeunes par l’endettement, le déséquilibre des retraites, monopolisent l’attention de tous les partis politiques y compris ceux au pouvoir tout simplement par clientélisme. De manière générale, le marketing global est en passe de réussir son pari, par la déstructuration de la transmission de la culture, de l’histoire de la solidarité nationale, leur remplacement par des valeurs consuméristes, l’isolement des individus.

Dans un deuxième temps nous sommes à l’aube d’une période de rareté. La courbe de production du pétrole s’inverse, l’émergence de nouveaux acteurs économiques puissants fait peser une pression phénoménale sur l’extraction des minerais de tout type. Les guerres irakiennes sont à plus d’un titre des guerres de l’énergie, l’une des premières décisions du président afghan a été l’autorisation de la construction d’un pipe-line gazier dans son pays, certains chuchotent que le conflit syrien est également affaire de pipeline, la scission du Darfour ne serait qu’un tripatouillage pour profiter de ses ressources, le conflit sino-japonais autour des îles de Shinkaku ne serait motivé que par la présence de ressources importantes en terres rares, pour la même raison, la Centrafrique n’est pas prête de connaître la paix…La liste de ces conflits liés aux ressources est tellement vertigineuse qu’il est étonnant de constater l’absence de prise de conscience. Sous couvert de lutte contre les fondamentalismes, les dictatures, certains tentent clairement de mettre la main sur les ressources planétaires, et si les guerres qu’ils entrainent ne sont pas encore complètement à nos portes, exception faite du terrorisme, elles sont malgré tout totales, sanglantes pour les populations qui les subissent.

La conjonction des pratiques ultra-libérales poussant à la maximisation des rendements et profits et la raréfaction des ressources forment un mélange explosif.

Le système productiviste actuel apparaît alors dangereux. Un partage plus équitable ou plus soutenable des ressources planétaires, salutaire, et, dans ce sens, une gouvernance mondiale, indispensable. Le problème de cette approche est qu’elle ne peut se réaliser sans l’adhésion des grandes puissances émergentes, lesquelles n’ont qu’une envie qui est de remplacer les anciennes puissances dominantes qu’elles accusent, avec raison souvent, de les avoir maintenues la tête sous l’eau. Par ailleurs, même s’il faut continuer à lutter, les discours d’adhésion systématique à la cause des immigrés paraissent clairement désuets. Le logiciel idéologique des personnes qui les tiennent est dépassé. S’ils ont raison de s’opposer violemment à toute pensée qui fustige l’autre, parce qu’il est autre, ils oublient que la mise en concurrence des peuples, des classes sociales, des générations est bel et bien réelle…Cependant, on peut se demander s’il s’agit d’un oubli réel ou d’un refoulement, d’une espèce de névrose sociétale : les personnes qui s’insurgent aujourd’hui contre les actes racistes, les exclusions, les renvois, sont les classes sociales dites moyennes ou supérieures qui ont favorisé l’avènement de la globalisation, qui elle-même a conduit à ces exclusions…Pour répondre à cette crise multiforme, un nouvel humanisme doit être pensé au plus vite, capable de concilier les contradictions évoquées plus haut, de fédérer les peuples et les sociétés. Qu’on le veuille ou non, cet humanisme ne pourra pas faire l’économie de la pensée de l’Homme dans son environnement, des rapports à celui-ci. Le projet apparait comme pharaonique, mais il semble en même temps indispensable.

Pour conclure, les débats sur l’Identité française se font aujourd’hui sur un mode excluant. Les arguments des tenants stricts de l’Identité Nationale peuvent paraître comme abusifs, faux, mais il ne faut pas s’y tromper, leur vitalité, leur écho dans la société, témoignent en fait d’un mal plus profond lequel indépendamment de tout discours politique met les peuples, les individus en concurrence les uns avec les autres et ne laisse aucune marge de manœuvre aux pensée politiques traditionnelles. Ces débats sur l’Identité sont une tendance de fond qu’il s’agit d’apprécier au plus juste et de traiter au mieux, dans la justice, et au plus vite.

CRÉDITS : AFP – Sécheresse en Chine


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