Vendredi 23 août 2019

Le scandale de la viande plaide pour l’agroécologie

Pour mieux comprendre les enjeux de la crise alimentaire qui sévit actuellement en Europe avec le scandale alimentaire de la viande de cheval, un bref rappel des événements est nécessaire.

Substituer du cheval au bœuf dans les plats préparés du consommateur européen fut une vaine parade pour masquer la crise des coûts de production et de commercialisation que connaît l’ensemble de la chaîne agro-alimentaire. Ce scandale illustre brillamment l’impérieuse nécessité d’un retour à l’agro-écologie.

Chronologie d’un scandale alimentaire (voir chronologie le Monde)
17 septembre 1992 : un inspecteur sanitaire du comté de Newry (Irlande du Nord) constate un problème d’étiquetage et d’emballage sur un stock de viande surgelée. Il faut trois mois aux autorités irlandaises pour remonter la filière. Le scandale éclate finalement mi-janvier : jusqu’à 29 % de viande chevaline, animal « sacré » outre-Manche, se trouvent dans les steaks hachés supposés au bœuf des supermarchés Tesco, Iceland et Lidl. Des dizaines de millions de steaks sont retirés des étals.
7-11 février 2013 : l’Agence britannique de sécurité alimentaire (FSA, Food Standards Agency) annonce que des lasagnes distribuées par la marque de surgelés Findus, censées être au bœuf, contiennent pour certaines jusqu’à 100 % de viande de cheval. Findus retire certains produits incriminés en France et en Suède : des lasagnes bolognaises, du hachis parmentier et de la moussaka. Les regards se tournent vers le sous-traitant français, Comigel, qui a produit les plats surgelés pour Findus, mais aussi pour plusieurs marques de distributeurs. L’entreprise annonce le retrait de tous ses produits et met en cause un de ses fournisseurs, la société française Spanghero. Cette dernière indique que la viande provient de Roumanie. Paris dévoile les premiers résultats de l’enquête de la répression des fraudes, révélant un circuit commercial de la viande incriminée passant par des traders à Chypre et aux Pays-Bas ; Lasagnes, cannelloni, spaghetti bolognaise, moussaka et hachis parmentier vendus chez Auchan, Casino, Carrefour, Système U, Cora, Monoprix sont retirés de la vente. Des agents de la répression des fraudes inspectent plusieurs entreprises, dont le siège de Comigel à Metz (Moselle) et celui de Spanghero à Castelnaudary (Aude). A l’issue d’une réunion de crise entre le gouvernement et la filière agroalimentaire, l’exécutif décide aussi la mise « sous surveillance » de l’ensemble de la filière viande et poisson en 2013.
13 et 15 février 2013 : A Bruxelles, les ministres européens de l’agriculture tentent de réagir au scandale. Ils préconisent des contrôles ADN renforcés sur les produits à base de viande commercialisés dans l’UE et décident de coordonner les enquêtes, en faisant notamment appel à Europol. Ils s’engagent par ailleurs à accélérer les négociations visant à indiquer l’origine des viandes sur l’étiquetage des produits préparés. De la viande de cheval est trouvée dans des lasagnes surgelées en Suisse, en Allemagne et en Norvège. Les 27 Etats membres décident de procéder à 2 250 tests ADN dans les plats cuisinés censés contenir du bœuf. En France, l’affaire prend un tour social : les 360 salariés de Spanghero se disent « condamnés à mort » si l’agrément sanitaire est maintenu. Le maire PS de Castelnaudary et des élus de l’Aube montent au créneau. La découverte de cheval dans des pizzas au Danemark, des Tortellinis en Autriche et des lasagnes en Norvège motivent l’ouverture de nouvelles enquêtes.
La faillite du modèle de l’agro-business
Ces scandales à répétition iront se multipliant au travers de l’ensemble de l’Europe à la Russie jusqu’à la fin du mois de février 2013. Après ce scandale, qui a fait la une des médias français, l’inquiétude était de règle : même si leurs habitudes alimentaires ne se modifient que lentement et en profondeur, les Français ne sont ils pas traditionnellement un des plus gros consommateurs de viande en Europe ? Un grand débat national de santé publique sur la consommation alimentaire des Français aurait dû avoir lieu. Résultat : rien ou presque, les médias sont rapidement passés à autre chose, si ce n’est une intervention de circonstance de François Hollande au Salon de l’Agriculture sur l’impérieuse nécessité d’une meilleure traçabilité de la viande bovine utilisée dans les plats cuisinés. Ce scandale masque en fait la faillite du modèle de l’agro-business : les éleveurs français, concurrencés par leurs collègues-concurrents roumains, ne peuvent en fait pas faire face à ce qu’il est convenu d’appeler la dictature des rendements : les éleveurs doivent produire plus tout en s’appauvrissant davantage et corollairement les consommateurs doivent consommer plus tout en subissant les effets de la « malbouffe ». La financiarisation de la chaîne agro-alimentaire impacte négativement la santé publique lorsque les cas de cancer se multiplient partout en Europe, une tendance lourde renforcée par les évolutions en cours de ce modèle (OGM, farines animales …).
L’impérieuse nécessité de l’agro-écologie
La faillite du modèle productiviste, qui va au rebours d’une agriculture de qualité exercée aux deux bouts de la chaîne – celle des petits producteurs et des petits revendeurs comme les coopératives AMAP – met bien en lumière cette nécessité agro-écologique : il est désormais indispensable de revenir à une agriculture de qualité, celle des petits exploitants agricoles encouragée par des réseaux de distribution loin des grandes surfaces, plus proches des consommateurs. Il faut éviter ainsi à tout prix la raréfaction des matières premières agricoles en produisant mieux, au service d’une agriculture sans pesticide, soucieuse de l’état des sols agricoles (jachères, plantes fourragères). C’est à ce seul prix que l’on pourra préserver la santé publique des générations du futur.


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