Mercredi 3 mars 2021

Le nucléaire toujours plus cher…

Comment garder un prix du kWh nucléaire compétitif face aux renouvelables? Un casse-tête pour les promoteurs du « tout nucléaire ».

Benjamin Dessus, expert indépendant de l’association Global Chance,  exprimait parfaitement ce dilemme pour la filière nucléaire dans les colonnes de l’Expansion: « L’EPR, c’est entre 75 et 90 euros le MWh. Et le nucléaire classique post-Fukushima, c’est 55-60 euros le MWh. Avec le rapport de la cour des Comptes, on va maintenant pouvoir challenger le nucléaire avec d’autres sources d’énergie, comme par exemple l’éolien dont le coût tourne entre 70 et 80 MWh ».
Notre facture d’électricité, à consommation égale, devrait donc fortement augmenter dans les années à venir: ainsi la Cour des Comptes estime, qu’après Fukushima, les seuls coûts de maintenance du parc devraient conduire à une augmentation de 10% du coût de l’électricité nucléaire en France.

 

Renouveler le parc nucléaire? Trop cher!

Une partie de ces surcoûts étaient prévus et connus bien avant la catastrophe de Fukushima. Le vieillissement de notre parc nucléaire, très homogène en âge et type de réacteurs, n’est pas un problème soudain. L’âge moyen des réacteurs français en fonctionnement est de 24 ans; ces réacteurs à eau pressurisée, ont été conçus pour durer 30 à 40 ans. Et dans dix à vingt ans seulement, à l’horizon 2020-2030 se pose donc la question du renouvellement complet du parc nucléaire français.
Il s’agit d’un investissement financier colossal, dépassant celui du plan Messmer, dont la Cour des Comptes estime qu’il a coûté 73 milliards d’euros 2010, pour la seule construction des centrales, hors coûts « overnight ».
A l’époque, EDF entreprise publique, adossée à l’État avait bénéficié de conditions d’emprunt particulièrement favorables,  à la fois une forte inflation et des conditions d’emprunt analogues à celles de l’État Français. En pleine crise financière, emprunter sur les marchés financier pour renouveler notre parc nucléaire semble une gageure!
D’une part les réacteurs à remplacer sont à peu près du même âge, il n’est donc pas vraiment possible de jouer sur un grand étalement dans le temps des investissements. D’autre part, depuis les années 70, les coûts de construction des nouveaux réacteurs n’ont cessé d’augmenter, en euro constant: ainsi, toujours selon la Cour des Comptes, il s’agirait de construire onze nouveaux EPR, dont le coût de construction, qui n’a cessé d’augmenter, est pour le moment de l’ordre de 6 milliards d’euros, par EPR, pour un coût du kWh, nettement supérieur au coût actuel.

Sans vision claire de la stratégie nucléaire à adopter, EDF choisit visiblement de ne pas choisir!
« C’est la logique et la philosophie du groupe: nos investissements sont destinés à gérer l’extension de la durée de vie des centrales à 60 ans » disait Henri Proglio l’année dernière.
La construction de onze nouveaux EPR est-elle en effet un investissement judicieux pour EDF? Rien n’est moins sûr. Il s’agit nous dit-on d’un investissement de 60 ans pour l’EPR; or quinze à vingt ans après ce renouvellement hypothétique du parc nucléaire français, la question de l’approvisionnement en uranium à un prix raisonnablement accessible se pose. L’objectif de déploiement, à cet horizon 2040, des réacteurs de génération IV, des surgénérateurs de type Superphenix, est justement de répondre à cette pénurie annoncée. Or, comme le souligne justement la Cour, nul ne sait, si cette technologie sera alors au point; rappelons que Superphenix, qui a coûté au total 12 milliards d’euros 2010, n’a fonctionné, épisodiquement, que douze mois sur dix ans, pour un coût très élevé du kWh.

Pour prolonger la vie des centrales de dix ou vingt il faut déjà payer très cher
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EDF avait annoncé l’année dernière un plan  exceptionnel de doublement des investissements de maintenance pour 2011-2015,  pour permettre, disait-il, l’allongement de la durée de vie de nos centrales nucléaires,  jusqu’à 60 ans! D’après la cour des comptes, l’investissement annuel à prévoir sur quinze ans par EDF, en incluant les mises à jour de sécurité préconisées par l’Autorité de Sûreté Nucléaire après Fukushima, doit encore être doublé, pour atteindre au total 55 milliards d’euros, soit environ 3,7 milliards d’euros par an.  Une somme, dont l’ordre de grandeur n’est pas très éloignée du coût initial de construction notre parc nucléaire actuel, mais qui couvre des travaux de maintenance, dont il n’est pas démontré qu’ils aient pour objectif principal de prolonger la durée de vie de nos centrales: « EDF n’est pas en mesure d’indiquer la part des dépenses prévues qui permettraient spécifiquement d’obtenir un allongement de la durée d’exploitation de 40 à 50 ans ou de 40 à 60 ans » note ainsi la Cour des Comptes, page 214.
Précisons que certaines parties dont l’usure est particulièrement sensibles pour la sûreté de nos centrales nucléaires, comme les enceintes de confinement ou  les cuves des réacteurs ne pourront-être changées, pour des raisons évidentes. Ainsi, compte tenu de la radioactivité de la cuve, il faut attendre des années après l’arrêt d’un réacteur pour envisager de la démanteler, ce qui constitue l’étape ultime et particulièrement délicate d’un démantèlement de centrale nucléaire…

Commandé par Nicolas Sarkozy, peu de temps après le choc planétaire de la catastrophe nucléaire de Fukushima, le rapport de la Cour de Comptes présenté en janvier dernier, jette un pavé dans la mare.
Loin de confirmer les poncifs sur le coût, supposé très faible, de la production d’électricité nucléaire, le rapport jette un pavé dans la mare et redonne des couleurs et des arguments de poids aux partisans de la transition énergétique vers les énergies renouvelables. Espérons, comme Nicolas Hulot qui a annoncé son souhait de lancer, avec sa fondation, un grand débat national sur la transition énergétique, que la question de l’énergie trouve en fin sa place au coeur des débat de la présidentielle de 2012.

Crédit photo: le Nouvel Observateur

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