Lundi 11 décembre 2017

Le Cheval de Troie était Chinois

En Juin 2010, la Chine confirme sa participation au renflouement de la dette grecque. En effet la Grèce est en situation de banqueroute. L’avènement récent au pouvoir du gouvernement Papandréou a coïncidé avec la découverte par le reste de l’Europe de l’état calamiteux des finances du pays, et la mise en danger de son avenir et de celui de l’Europe. Aujourd’hui la Grèce, à l’image de n’importe quel citoyen sur-endetté se raccroche aux branches, et cherche par tous les moyens à financer sa dette y compris par un accord avec la Chine.  Si le principe est positif à moyen et court terme, l’est-il à un horizon lointain ?

 

La Grèce a accepté le pacte avec la Chine

Les évènements d’abords. A la fin du mois de Janvier 2010, la Grèce sollicite de manière explicite la Chine pour racheter des bons du trésor à hauteur de 25 milliards d’euros. A cette proposition, la Chine accepte le principe mais pour un investissement de 5 à 10 milliards d’euros d’ici 2015, le président de la banque d’investissement américaine Gary Cohn sert d’intermédiaire dans ce deal. La concrétisation de cet accord en Juin 2010 est le point culminant d’une suite de discussions entamée en 2008 et précipitées probablement par la crise grecque et qui mène donc à la signature de deux accords cadre pour définir les principes d’investissements de la Chine en Grèce et onze accords commerciaux privés. La Chine acquiert à cette occasion une concession sur une partie du port du Pirée pour plusieurs dizaines d’années, et des ententes commerciales privilégiées avec les armateurs grec, parmi les plus puissants et efficaces du monde. Aujourd’hui la société chinoise Cosco (China Ocean shipping Company) gère directement une partie du premier port grec, le Pirée, également le principal point d’entrée extra-européen vers les Balkans, et le reste de l’Europe.

Les ports grecs, une aubaine pour la conquête chinoise du marché européen

Pour la Chine, il s’agit très clairement de sécuriser et de maîtriser directement un débouché pour ses produits en Europe. Elle s’assure à la suite que rien ni personne ne pourra entraver, au sens économique en tout cas, la commercialisation efficace de ses produits (gestion directe de la logistique et des taxes portuaires, association privilégiée avec la première force commerciale maritime du monde : la marine grecque ) . De tout temps la possession des ports en Europe et ailleurs a constitué une arme économique et politique déterminante, et dans ce cas de figure c’est comme si la Chine avait son port en Europe et une force de frappe commerciale de poids pour l’exploiter. Il s’agit clairement d’un coup de maître, agressif  et impérialiste, et on peut se dire que la Grèce paie très cher les 8 milliards d’investissements qu’elle reçoit. Cependant à y regarder de près, le vrai dindon de la farce n’est pas la Grèce mais le reste de l’Europe t. La Grèce, pour ce qui touche à l’importance de son marché intérieur est bien trop insignifiante pour intéresser  la Chine. Elle est définitivement et uniquement  un point d’entrée, et même si le deal avec la Chine est  déséquilibré, la vérité est qu’elle ne risque pas grand-chose. En fait c’est l’Europe qui va voir inondé son marché de produit chinois dont elle aura du mal à maitriser le flux.

Avant d’aller plus loin il s’agit  également d’équilibrer le propos en rappelant qu’après tout l’attitude de la Chine n’est rien de plus que la bonne compréhension de comportements agressifs mondialisés, inventés par les Occidentaux, et que par exemple l’industriel Français Bolloré n’a eu de cesse que de privatiser à son profit une bonne partie des ports d’Afrique Noire francophone, au détriment bien sur des intérêts nationaux….Parfois il faut faire le ménage devant sa porte avant de donner des leçons.

L’Europe se rend avant que la Chine n’ensanglante sa lame

Ainsi, dans ce contexte la Grèce est désarmée pour faire face aux appétits chinois, et à dire vrai elle n’a pas non plus une terrible envie de le faire. L’attitude de l’Europe est elle beaucoup plus étonnante. En effet, elle subit une invasion économique en règle à cette occasion, sans broncher en apparence. Au contraire le peu de solidarité intra-communautaire qu’elle a montré ( hésitations d’Angela Merkel au moment d’accorder un financement à la Grèce ), qui finalement ne s’est fait qu’à la dernière seconde et pour sauver l’euro ( alors que jusque là on nous présentait l’Europe comme un paravent automatique à l’instabilité monétaire ) est à mon sens un signal négatif envoyé au reste du monde. L’Allemagne confirme qu’elle considère les pays du Sud européen comme étant, je cite, « les pays du club Med », ne méritant pas de faire partie de la CE et ne s’y intéressant que par à coups. D’autre part, par dogmatisme libéral sans doute, elle s’interdit à cette occasion d’intervenir dans les échanges sino-grecs  en prenant des mesures protectionnistes par exemple( alors que les Etats-Unis et la Chine le font en permanence ) ; et certains financiers amers n’hésite pas à dire que c’est l’Europe qui en investissant  113 milliards d’euros dans la Grèce, qui a permit à celle-ci de redevenir quelque peu crédible sur les marché internationaux, et c’est la Chine qui en profite pour y investir sereinement…(En quelque sorte, l’Europe garantit les investissements qui vont se retourner contre elle. )

Pour finir, les investissements chinois en Grèce constituent clairement un cheval de Troie que la Chine positionne en Europe…L’apparente paralysie des autorités européennes à cette occasion montre encore une fois les faiblesses de l’Europe engluée dans ses contradictions, ses dogmatismes …et globalement se faisant piéger à son propre jeu néo libéral mondialisé. Elle montre à cette occasion, qu’elle n’est pas dans sa définition actuelle  un paravent apte à contrecarrer les guerres économiques mondiales, et que se faisant elle manque à la première des missions que les citoyens européens lui ont confiée. Les européens sont en droit de s’en inquiéter.



1 Commentaire

  1. Comments  Ahmed   |  Samedi 7 janvier 2012 à 21 h 39 min

    bonjour Christos
    es tu chrstos de l’IUT d’Orsay ?
    Cdlt.

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