Lundi 11 décembre 2017

Guyane, pour quelques barils de plus

À haut risque pour la faune marine guyanaise, les forages ultra-profonds au large de Cayenne ont finalement été autorisés…au prix du départ de Nicole Bricq du ministère de l’Écologie.

Face aux pressions des pétroliers intéressés , Shell et Total ,  mais aussi de nombreux élus guyanais, de toutes tendances confondues, il n’a visiblement pas été possible d’attendre la refonte du code minier pour délivrer ces autorisations de forage d’hydrocarbures non conventionnels, à plus de 6000 mètres sous le niveau de la mer dans une zone à très forts courants marins.
Pourquoi ne pouvait-on pas attendre? Les impacts et risques environnementaux de ces forages d’exploration sont-ils si graves que Shell et Total ne peuvent se permettre de se conformer à un nouveau code minier qui intègrerait, enfin, l’environnement? Les pétroliers craindraient-ils que soient purement interdit les forages offshore ultra-profonds  comme le proposait un projet de loi déposé par le groupe parlementaire socialiste et écologiste, en pleine polémique sur les gaz de schiste en 2011? A-t-on une fois de plus hypothéqué notre avenir pour quelques barils d’or noir?

Un nouvel Eldorado pétrolier en Guyane?
Le premier permis quinquennal de recherche de Guyane maritime date de 2001, est s’est révélé infructueux, avant d’être racheté en 2006 par une filiale française de Tullow Oil, basée au Surinam voisin, à laquelle se sont  joints Shell et Total. Et ce n’est qu’en toute fin de permis en 2011 qu’un premier puits d’exploration sera foré, le Zaedus, à 150 km de Cayenne, où l’on a découvert une poche pétrolière de 72 mètres de haut. Pour autant, même si des estimations ont été avancées dans la presse par Tullow Oil en 2011, 700 millions de barils, ou par Shell très récemment, 300 millions de barils, il est encore impossible de fournir des estimations précises sur la localisation et le volume du réservoir: d’où la demande d’autorisation faite pour réaliser quatre autres forages exploratoires couplés à une nouvelle grande campagne sismique de cartographie 3D. Une aubaine semble-t-il pour les collectivités territoriales  de  Guyanne via les (maigres) royalties versées par les pétroliers, mais aussi pour la France qui importe 99% du pétrole qu’elle consomme. Pourtant, 300 millions de barils de réserve sont très peu au regard de notre consommation d’or noir: ce volume pour l’heure très hypothétique équivaut à la production cumulée  des gisements d’Ile de France et ne représente que 6 mois de consommation de pétrole pour la France.

Pas de quoi transformer la Guyane en nouvelle Arabie Saoudite!

Pourtant, d’après Total ce forage  serait « à fort risque mais à fort enjeu“. De sorte que l’on peut se poser des questions quant aux motivations réelles de Shell et Total sur le pétrole offshore guyanais, très coûteux à extraire, car ultra-profond à 4000 mètres sous les fonds océaniques eux-mêmes sous 2000 mètres d’eau, qui plus est dans une zone de très forts courants marins. Ne s’agit-il pas tout simplement pour les deux géants pétroliers Shell et Total d’acquérir  une précieuse expérience dans les forages offshore ultra-profonds pour préparer l’exploitation future  de grands gisements off-shore de l’extrême, ailleurs? Les risques écologiques de cette aventure pétrolière »aux limites“ sont pourtant immenses.

Or bleu contre or noir.
Les marées noires  en Louisiane après l’accident de la plateforme offshore en eaux profondes Deepwater Horizon dans le Golfe du Mexique,  il y a deux ans et puis la marée noire au large du Brésil, l’année dernière  inquiètent.  Car la côte guyanaise fait partie de la plus grande mangrove du monde; un environnement particulière fragile en cas de marée noire, qui abrite une faune très variée et joue  aussi essentiel dans la lutte contre les changements climatiques, du fait de sa grande capacité à capturer le  dioxyde de carbone par les palétuviers. Véritable nurserie pour de nombreuses espèces, la mangrove se révèle un casse-tête à nettoyer en cas de marée noire, comme en Louisiane, il y a deux ans. Pour Patrick Roméo, président de Shell France, désormais opérateur des forages, le problème ne se pose pas puisque les courants reflueraient le pétrole loin de la côte en haute mer, où il serait naturellement dilué. Pourtant, selon le collectif guyanais « Orbleu contre ornoir“ constitué en mai dernier contre les forages offshores ultra-profonds en Guyane et ailleurs, pendant quelques mois dans l’année les courants marins s’inversent et renverraient le pétrole sur les côtes.
Mais, l’impact des campagnes d’exploration pétrolière, elles-mêmes, fait aussi controverse, d’autant plus que ces eaux tropicales sont particulièrement riches tant  pour la pêche que pour leur diversité exceptionnelle.
D’une part, les campagne sismiques de cartographie 3D sont  nuisibles à divers degrés à la faune marine voire même mortelles pour les cétacés qui s’orientent et se nourrissent au son. Shell s’obstine par exemple à ne pas vouloir reporter sa campagne sismique après la période de ponte des tortues de mer, qui selon les associations de protection de la nature pourrait être perturbées par le bruit, 300db tout de même, et  détournées de la côte où elles viennent pondre.
Les forages d’explorations ont aussi un impact négatif  quotidien sur l’environnement marin, outre l’usage  incontournable, de  « boues à huiles“  pourtant interdites par le code de l’environnement pour leur toxicité. Ainsi, selon l’association Robin des Bois qui a eu accès à l’étude d’impact présentée par Shell,  l’opérateur «n’a pas trouvé d’autre moyen que de rejeter en mer ses déchets liquides et solides d’exploration et de pompage expérimental» , de sorte que pour un seul puits de forage, rappelons que quatre puits sont prévus, « la première phase dispersera autour de la tête de puits 200 tonnes de déblais et l’auréole de contamination sera visible jusqu’à 500 m». L’ONG note également  que  le navire de forage,  en l’occurrence le Stena Icemax conçu pour les forages en Arctique, procèdera ensuite à des lâchers successifs de centaines de kilos de déblais et fluides usagés contenant du baryum, du mercure et du plomb. Enfin, les essais de pompage d’hydrocarbure, devraient émettre chaque jour pendant cinq jour,  l’équivalent en  CO2 des émissions de 265 mille voitures…

Un panorama particulièrement inquiétant pour la vie marine au large des côtes guyanaises, et donc pour l’économie locale: après l’orpaillage, tourisme et pêche sont les deux principales ressources économiques de Guyane.

 

Crédit photo: Le Monde, navire de forage Stena Icemax en route pour la Guyane | Stena Drill

 

À lire aussi:

Enfin sur les risques pétroliers en mer dus à l’offshore en général:



1 Commentaire

  1. Comments  Marie-Amélie Bertin   |  Jeudi 12 juillet 2012 à 19 h 54 min

    Forages en Guyane: il est possible de faire autrement! Par Aline Archimbaud et Jean-Jacob Bicep sur médiapart.
    À lire absolument:
    http://blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart/article/110712/forages-en-guyane-il-est-possible-de-faire-autr

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